Haïti : Ban Ki moon appelle le prochain président à faire de l'état de droit sa priorité

Haïti : Ban Ki moon appelle le prochain président à faire de l'état de droit sa priorité

Le Président élu Michel Martelly d'Haïti, lors d'une conférence de presse à Port-au-Prince.
Alors que les résultats préliminaires du second tour de l'élection présidentielle en Haïti ont été publiés lundi, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé le prochain président à ériger la consolidation et la réforme de l'état de droit comme priorité.

« L'état de droit doit être la priorité pour le prochain président d'Haïti », a déclaré mercredi le Secrétaire général de l'ONU lors d'une présentation de la situation du pays devant les membres du Conseil de sécurité.

« Le peuple d'Haïti attend que les prochains gouvernement et parlement agissent. Comme signal d'engagement pour le changement, le nouveau parlement doit terminer le processus d'amendement de la Constitution avant que le prochain président ne soit investi », a-t-il souligné.

Selon la presse, le chanteur populaire Michel Martelly a remporté l'élection présidentielle haïtienne avec 67,5% des voix contre 31,6% à sa rivale Mirlande Manigat. Selon la Mission des Nations pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), les résultats définitifs doivent être publiés le 18 avril prochain et l'investiture du nouveau président doit avoir lieu à la mi-mai.

« La communauté internationale doit également saisir l'opportunité d'effectuer un nouveau départ. L'assistance doit autonomiser les acteurs haïtiens et les institutions, et non pas prolonger leur dépendance », a souligné le Chef de l'ONU devant le Conseil de sécurité.

Pour Ban Ki-moon, la reconstruction est l'une des priorités les plus importantes. A ce jour, plus de 20% des 10 millions de mètres cubes de gravats ont été déblayés. Le nombre de personnes dans le besoin suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010 a diminué, passant de 1,5 million de personnes en juillet dernier à environ 680.000 personnes actuellement, a-t-il indiqué.

« Cependant, uniquement des investissements de grande ampleur dans le domaine de l'eau et de l'assainissement pourront protéger Haïti contre les épidémies. Et le retrait d'agences humanitaires des centres de traitement du choléra et des camps risquent de créer un manque dans les services de santé », a expliqué Ban Ki-moon en soulignant que l'appel de fonds humanitaire pour le choléra est financé à 45% et que l'appel de fonds général pour Haïti n'a réceptionné que 10% des fonds nécessaires.

« Des fonds supplémentaires sont nécessaires immédiatement. Une bonne coordination entre les agences de l'ONU, la Commission intérimaire du rétablissement d'Haïti et le nouveau gouvernement sera également crucial », a-t-il estimé.

Le Chef de l'ONU a aussi noté que l'économie haïtienne était « à genoux ». « Des millions d'Haïtiens restent dépendants de l'assistance des organisations non gouvernementales afin de satisfaire leurs besoins essentiels. Trop de femmes et de jeunes filles ont peur des violences sexuelles. Sans état de droit, la paix et la prospérité resteront exclusive », a-t-il martelé.

« Les Nations Unies vont continuer de travailler côte-à-côte avec le gouvernement haïtien et le peuple dans son travail noble et pour un futur plus juste et prospère », a-t-il conclu.

Présent à la séance du Conseil de sécurité, l'Envoyé spécial de l'ONU pour Haïti, Bill Clinton, a pour sa part recommandé que le nouveau président et la nouvelle administration conservent le même système de coopération avec la Commission intérimaire pour le rétablissement d'Haïti comme interface entre les bailleurs et le gouvernement.

« Cette commission va fonctionner mais seulement si elle est financée », a insisté l'ancien Président américain.

L'actuel Président haïtien, René Préval, a également prononcé un discours devant le Conseil de sécurité. "A mes compatriotes qui vivent avec une douleur légitime la présence de militaires étrangers sur notre sol, je dirai que les opérations de maintien de la paix des Nations Unies ont été à chaque fois rendues nécessaires par l'instabilité qu'eux-mêmes ont créé. Les interventions de troupes étrangères sur notre sol ont toujours été précédées soit en 1993 par un coup d'Etat militaire, soit en 2004 par des luttes internes qui ont mené à la rupture du processus démocratique par le renversement du Président constitutionnel », a-t-il dit.

« J'invite donc les futurs dirigeants haïtiens qui sortiront des dernières élections à pratiquer une gouvernance d'apaisement, d'ouverture, d'inclusion, de dialogue, de respect des droits d'association et d'expression ; et l'opposition à adopter une attitude positive de collaboration fut-elle critique par rapport au pouvoir », a-t-il conclu.

Dans une déclaration, le Conseil de sécurité a réaffirmé mercredi « son ferme attachement à la souveraineté, à l'indépendance, à l'intégrité territoriale et à l'unité d'Haïti, et souligne que c'est au gouvernement et à la population haïtiens qu'il incombe au premier chef d'instaurer la paix et la stabilité et d'œuvrer au relèvement d'Haïti ».

Le Conseil a salué « la contribution apportée par la communauté internationale au processus de stabilisation en Haïti, notamment au renforcement des institutions législatives, judiciaires et exécutives du pays » et s'est « félicité du processus électoral qui se poursuit en Haïti ».

Il a également souligné qu'il est important « que ce processus soit mené à bien d'une manière pacifique, crédible et légitime afin de contribuer à la consolidation de la démocratie, de faciliter l'achèvement de la réforme constitutionnelle et de constituer une base solide pour la poursuite des activités de relèvement ».

Mardi, après l'annonce des résultats des élections, la MINUSTAH a invité « tous les candidats ayant des contestations relatives à ces résultats préliminaires à les introduire dans le strict respect des prescrits de la Loi électorale ».

« Considérant le large écart entre les deux candidats et alors que ces résultats préliminaires peuvent faire l'objet de contestations, il semble difficile d'imaginer que le processus de contestation des voix puisse inverser ce résultat provisoire », a indiqué la porte-parole de la MINUSTAH, Sylvie Van Den Wildenberg, au Centre d'actualités de l'ONU.