Côte d'Ivoire : Ban Ki-moon rappelle la nécessité de protéger les civils

Côte d'Ivoire : Ban Ki-moon rappelle la nécessité de protéger les civils

Alassane Ouattara, Président de Côte d'Ivoire lors du vote pour l'élection présidentielle en 2010.
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est entretenu samedi par téléphone avec le Président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, afin de discuter de la situation dans le pays.

Les deux hommes ont « réaffirmé l'importance du mandat de l'Opération des Nations Unies pour la Côte d'Ivoire (ONUCI), afin de protéger les civils », a fait savoir dimanche le porte-parole de Ban Ki-moon par communiqué.

Le Secrétaire général de l'ONU a exprimé « son inquiétude » et a prévenu le président ivoirien « que des forces pro-Ouattara aurait tué des civils dans la ville de Duékoué dans l'ouest du pays ». Le Secrétaire général a réaffirmé que les responsables devront rendre des comptes.

Le président Ouattara a nié l'implication de ses forces dans de tels actes et a signifié au Chef de l'ONU qu'une enquête a été lancée et qu'une mission d'enquête internationale serait la bienvenue.

Alors que les forces loyales au Président ivoirien Alassane Ouattara continuent leur avancée dans la capitale commerciale de Côte d'Ivoire, Abidjan, le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme les a exhortées vendredi à ne pas s'engager dans des actes de vengeance à l'égard des partisans de l'ancien Président Laurent Gbagbo. Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a pour sa part de nouveau exhorté vendredi M. Gbagbo à transférer le pouvoir à Alassane Ouattara.

« Faisant écho à l'appel du Secrétaire général de l'ONU d'hier, nous exhortons les forces pro-Ouattara à faire preuve de retenue et à ne pas commettre de violations des droits de l'homme et à ne pas s'engager dans des actes de vengeances. Ils doivent garder à l'esprit que le Conseil des droits de l'homme a déjà établi une Commission d'enquête pour la Côte d'Ivoire qui va examiner les abus perpétrés de tous les camps et que la Cour pénale internationale est également impliquée en Côte d'Ivoire », a indiqué Rupert Colville, le porte parole de la Haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay.

« Nous recevons des informations non confirmées mais préoccupantes sur des allégations de violations des droits de l'homme commises par les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), les forces pro-Ouattara, lors de leur avancée dans Abidjan ainsi que l'ouest du pays dans les zones de Guiglo et Daloa », a-t-il expliqué.

Les Casques bleus de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), ont été attaqués à plusieurs reprises par les forces loyales à Laurent Gbagbo.

Les combats qui se déroulent depuis plusieurs jours ont compromis gravement la sécurité des personnes à Abidjan, dans l'Ouest et le Centre du pays où des massacres ont eu lieu. Des centaines de personnes ont été tuées à Duékoué et Guiglo, et les investigations en cours rapportent d'autres lieux d'exactions et de tueries, a indiqué le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) par communiqué.

A Abidjan, la situation sécuritaire s'est gravement détériorée ces dernières 48 heures, empêchant les populations de se mettre à l'abri, entrainant la suspension de l'assistance en cours auprès de plus de 90.000 personnes déjà déplacées, et rendant pour l'heure presque impossible toute assistance aux nouvelles victimes.

« De graves violations des droits de l'homme ont été commises ces derniers jours. La protection des civils demeure une priorité urgente. Les agences humanitaires des Nations Unies et les organisations non gouvernementales nationales et internationales exhortent les parties en présence à tout faire pour éviter de nouvelles violences, garantir le respect du droit international, assurer la sécurité des populations, et permettre aux acteurs humanitaires d'accéder aux populations en détresse », a déclaré aujourd'hui Ndolamb Ngokwey, le Coordonateur humanitaire en Côte d'Ivoire.

Les services de base ne sont plus assurés dans une grande partie du pays, alors que des milliers de déplacés, plus de 500.000 selon le Haut commissariat aux réfugiés, ont quitté Abidjan les derniers jours pour trouver refuge dans d'autres régions. A Duékoué et dans plusieurs villes de l'Ouest, les déplacés ont fui soit dans les forêts avoisinantes, soit se sont refugiés sur des sites ou dans des familles d'accueil, elles-mêmes déjà fragilisées par la situation.

Plus de 30.000 personnes vivent sur deux sites d'accueil à Duékoué, tandis que de nombreux corps sans vie jonchent les rues de la ville, augmentant les risques d'épidémie. On estime à plus de 250 le nombre d'enfants refugiés dans les forêts avoisinantes que les soldats de la mission de paix tentent de secourir depuis lors. Près de 10.000 personnes qui ont fui la localité de Péhé et ses environs sont totalement démunies. Des investigations sont en cours pour permettre une évaluation approfondie de la situation et des besoins, a souligné OCHA.

Les populations déplacées, composées majoritairement de femmes et d'enfants, ont besoin de vivres, de non-vivres, d'abri, de soins de santé et de mesure d'hygiène et d'assainissement.

Les organisations humanitaires ont commencé à distribuer des vivres, améliorer les services d'assainissement, fournir des soins de santé et assurer l'approvisionnement en médicaments, tandis que l'identification d'autres sites pouvant accueillir les déplacés est en cours.

« Nous sommes face à une grave crise humanitaire, comportant de sérieux défis de protection. Nous sommes prêts à apporter l'assistance nécessaire mais ne pouvons le faire sous la menace des armes ni en l'absence d'ordre et de droit. Nous appelons les parties au conflit à cesser le feu, afin d'épargner les civils et nous permettre de secourir les vies », a déclaré a Abidjan M. Ngokwey.

Vendredi à Cocody, une patrouille de l'ONUCI a été attaquée par les forces loyales à Laurent Gbagbo. Il s'en est suivi un échange de feu au cours duquel environ cinq éléments des Forces Spéciales ont été touchés. Il n'y a pas eu de blessés au sein des troupes de l'ONUCI, a indiqué samedi la mission par communiqué.

Samedi, une patrouille d'escorte de l'ONUCI a une fois de plus été la cible de tirs des forces spéciales de Laurent Gbagbo dans les environs du Plateau, alors qu'elle effectuait une mission humanitaire.

L'ONUCI a condamné « cette vague d'attaques ciblées des forces spéciales de Laurent Gbagbo contre le siège » et a réaffirmé « que ceux qui en sont responsables ne resteront pas impunis ».

L'ONUCI rappelle « que les Casques bleus déployés dans le pays agissent sur la base le chapitre VII de la Charte des Nations Unies et sont autorisés à riposter à toute attaque dirigée contre eux ».

L'ONUCI a réaffirmé « qu'elle ne souhaite pas la confrontation avec les forces ivoiriennes de quelque bord qu'elles soient mais ses soldats riposteront avec détermination si elles sont attaquées ».