Côte d'Ivoire : l'ONU appelle les forces pro-Ouattara à ne pas se venger

Côte d'Ivoire : l'ONU appelle les forces pro-Ouattara à ne pas se venger

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Alors que les forces loyales au Président ivoirien Alassane Ouattara continuent leur avancée dans la capitale commerciale de Côte d'Ivoire, Abidjan, le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme les a exhortées vendredi à ne pas s'engager dans des actes de vengeance à l'égard des partisans de l'ancien Président Laurent Gbagbo.

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a pour sa part de nouveau exhorté vendredi M. Gbagbo à transférer le pouvoir à Alassane Ouattara.

« Faisant écho à l'appel du Secrétaire général de l'ONU d'hier, nous exhortons les forces pro-Ouattara à faire preuve de retenue et à ne pas commettre de violations des droits de l'homme et à ne pas s'engager dans des actes de vengeances. Ils doivent garder à l'esprit que le Conseil des droits de l'homme a déjà établi une Commission d'enquête pour la Côte d'Ivoire qui va examiner les abus perpétrés de tous les camps et que la Cour pénale internationale est également impliquée en Côte d'Ivoire », a indiqué Rupert Colville, le porte parole de la Haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay.

« Nous recevons des informations non confirmées mais préoccupantes sur des allégations de violations des droits de l'homme commises par les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), les forces pro-Ouattara, lors de leur avancée dans Abidjan ainsi qu'à l'ouest du pays dans les zones de Guiglo et Daloa », a-t-il expliqué.

« L'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) va faire tout ce qu'elle peut pour protéger les civils et le personnel de l'ONU », a dit Ban Ki-moon lors d'une conférence de presse à Nairobi, au Kenya, où il se trouvait vendredi.

« Il y a eu trop de sang et trop de civils tués ou blessés. Je réitère mon appel à M. Gbagbo d'arrêter les violences et de transférer immédiatement le pouvoir au vainqueur légitime de l'élection, Président Ouattara », a-t-il ajouté. Alassane Ouattara a déclaré vainqueur à l'issue du second tour de l'élection présidentielle qui a eu lieu en novembre 2010.

Selon le Haut commissariat aux droits de l'homme, les FRCI auraient perpétré « des pillages et de graves violations des droits de l'homme tels que des enlèvements, des arrestations arbitraires et des mauvais traitements sur des civils ».

Le Commando invisible, qui combat contre les forces loyales à Laurent Gbagbo, aurait aussi perpétré des violations des droits de l'homme à Abidjan, a précisé Ruper Colville.

« Les forces pro-Gbagbo ont continué à commettre des violations quotidiennement comme par exemple le meurtre de deux civils qui auraient été brulés vivants par des miliciens pro-Gbagbo à Gagnoa. Il y aurait eu d'autres assassinats de civils impliquant notamment des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS, loyales à Gbagbo) qui ont tiré sur le quartier d'Abobo à Abidjan. Ces tirs ont causé la mort d'au moins trois civils dont un enfant de trois ans », a souligné le porte-parole du Haut commissariat aux droits de l'homme. Le quartier d'Abobo est un fief des partisans d'Alassane Ouattara.

Un groupe d'experts indépendants de l'ONU a également tiré la sonnette d'alarme sur les graves violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire.

Le Rapporteur spécial pour les exécutions arbitraires, Chrystof Heyns, a fait état d'informations selon lesquelles « des personnes étaient tuées selon leur affiliation à un parti politique ».

Le Rapporteur spécial pour la torture, Juan Mendez, a exprimé son inquiétude sur les mauvais traitements infligés aux populations civiles.

« En plus d'être directement ciblées par les violences, les femmes sont également les plus touchées par les conséquences indirectes du conflit, car elles ne peuvent plus fournir les besoins de base à leurs familles », a pour sa part déclaré la Rapporteuse spéciale pour les violences faites aux femmes, Rashida Manjoo.

Le siège de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), a aussi été l'objet de tirs nourris jeudi après-midi, de la part des forces spéciales du Président Gbagbo retranchées au Ministère de la défense, non loin du Palais Présidentiel. Les troupes de l'ONUCI ont riposté aux tirs dans un échange de feu de près de trois heures.

Le même jour, une patrouille de l'ONUCI, déployée pour renforcer la présence de la Mission à l'aile militaire de l'aéroport d'Abidjan, a également essuyé des tirs venant de groupes de jeunes armés. Enfin, aux environs de 19 heures une patrouille de la mission a été visée par des tirs près des locaux de la Radio Télévision ivoirienne (RTI), a indiqué vendredi l'ONUCI dans un communiqué.

Le Représentant spécial de l'ONU pour la Côte d'Ivoire, Y J Choi, accompagné du Chef Adjoint de la Division des Droits de l'Homme, Guillaume Ngefa, se sont rendu jeudi à Abobo où 150 prêtres ont été exfiltrés alors qu'ils étaient isolés dans un séminaire au nord d'Abidjan.

« De même, les six bus à bord desquels les hommes d'Eglise avaient voyagé et qui avaient été séquestrés ont également été rendus. Tous les prêtres ont pu rentrer sains et saufs à Abidjan », a souligné la Mission onusienne.

L'ONUCI a exprimé ses condoléances après la mort de Zahra Abidi, une employée civile déployée au sein de la mission en tant qu'analyste de l'information au Centre conjoint des opérations.

Zahra Abidi, de nationalité suédoise et tunisienne, est décédée le jeudi 31 mars 2011, des suites de blessures dues à une balle perdue. Elle a été touchée alors qu'elle se trouvait dans son appartement, probablement à la fenêtre, a précisé vendredi le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, lors d'un point de presse.

Arrivée en Côte d'Ivoire le 6 avril 2009, cette jeune femme âgée de 33 ans a servi pendant deux ans à la Division de l'assistance électorale de l'ONUCI en tant que conseillère électorale.

Le Secrétaire général Ban Ki-moon a présenté ses condoléances à sa famille.