Haïti : l'ONU attend du futur gouvernement qu'il renforce l'état de droit

31 mars 2011

Alors que les Haïtiens attendent l'annonce des résultats des élections présidentielle et législatives du 20 mars, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, souhaite, dans un rapport publié jeudi, que le futur gouvernement en Haïti renforce l'état de droit dans le pays.

« L'année a été particulièrement difficile. Haïti a dû s'atteler à la reconstruction, faire face à une épidémie de choléra, parer au passage de l'ouragan Tomas, et affronter l'instabilité politique et la violence électorale. La précarité des conditions de vie de plus de 800.000 Haïtiens nous rappellent au quotidien qu'il faut accélérer la reconstruction », souligne Ban Ki-moon dans ce rapport sur les activités de la Mission de l'ONU en Haïti (MINUSTAH) et la situation dans le pays ces six derniers mois.

Ban Ki-moon salue la tenue du deuxième tour de la présidentielle le 20 mars, « dans une atmosphère généralement calme et pacifique ». Lors de ce scrutin, l'ex-Première dame Mirlande Manigat affrontait le chanteur populaire Michel Martelly. Le candidat du pouvoir Jude Célestin avait été éliminé au 1er tour.

« Les actes de violence liés au scrutin se sont limités aux régions et, dans la plupart des cas, le personnel de la MINUSTAH a pu rétablir l'ordre, ce qui a permis aux opérations de vote de se poursuivre », souligne le Secrétaire général, avant de préciser que « l'annonce par le Conseil électoral provisoire des résultats préliminaires est prévue le 31 mars » et « la proclamation des résultats définitifs, le 16 avril ».

Pour le chef de l'ONU, tout au long de ce processus électoral, la MINUSTAH a rempli son mandat « en coordonnant l'appui international à l'organisation des scrutins ».

Au delà d'un appui technique au Conseil électoral provisoire, la mission de l'ONU a « distribué des listes électorales actualisées aux 10 départements haïtiens, apporté et récupéré toutes les fournitures et le matériel sensibles nécessaires à la tenue des scrutins aux 1.500 bureaux de vote du pays et, en coordination avec la Police nationale d'Haïti, créé et mis en oeuvre un plan de sécurité intégré pour la période électorale ».

Concernant les principaux défis qui attendent maintenant Haïti, le chef de l'ONU estime que le nouveau gouvernement haïtien « héritera de difficultés redoutables, auxquelles viendront s'ajouter le début de la prochaine saison des ouragans, l'absence de compétence du secteur public et la désillusion croissante de la population quant à la classe politique actuelle ».

Dans ce contexte, le Secrétaire général juge que « le prochain Président haïtien pourrait bien devoir faire face à une longue période de cohabitation difficile avec un parlement divisé où règnent les dissensions ». « Les pouvoirs exécutif et législatif devront collaborer pour satisfaire les aspirations du peuple et procéder aux réformes dont il est privé depuis bien trop longtemps », écrit-il, soulignant que « pour parvenir à la paix et à la prospérité durables, les Haïtiens doivent instaurer l'état de droit ».

Selon Ban Ki-moon, « cela demandera un engagement sincère, pour mettre en place un pouvoir judiciaire indépendant et efficace, un Parlement qui rende compte au peuple et ne soit pas mû par des intérêts particuliers et un gouvernement transparent, qui réponde aux besoins du pays et qui représente véritablement les Haïtiens ».

Estimant enfin que l'état de droit comprend également « la création de registres fonciers et civils complets, l'établissement de codes de la construction et de lois commerciales », qu'il doit « se manifester dans l'aptitude de l'État à collecter des impôts et à garantir une protection juridique pour faciliter le développement économique », le Secrétaire général appelle la communauté internationale à « continuer d'appuyer Haïti pour qu'il puisse accomplir la réforme structurelle de l'Etat » nécessaire.

« Je demande à tous les partenaires internationaux de collaborer avec le gouvernement haïtien et l'ONU, de façon concertée et en bonne entente, pour renforcer l'état de droit dans le pays », ajoute-t-il, avant de mettre en garde contre les risques présentés par le retour dans le pays de l'ancien chef de l'Etat Jean-Claude Duvalier, qui « a ramené l'histoire houleuse de la violence étatique en Haïti sur le devant de la scène ».

Pour Ban Ki-moon, « il est capital que les autorités haïtiennes prennent toutes les mesures juridiques et judiciaires pour régler cette affaire », car « en traduisant en justice ceux qui se livrent à des crimes contre leur propre peuple, elles diront clairement aux Haïtiens que l'impunité ne peut pas régner dans le pays ».

En conclusion, le chef de l'ONU insiste sur le fait que Haïti « a l'occasion de prendre un nouveau départ sous la direction d'un nouveau gouvernement ». Pour y parvenir, « les nouveaux dirigeants doivent s'efforcer de panser les plaies d'une société à deux vitesses et offrir des emplois, un enseignement et des services à la population ».

« L'ONU s'emploiera avec le nouveau gouvernement et tous les secteurs de la société haïtienne à améliorer l'état de droit en Haïti et à faire en sorte que la population puisse exercer pleinement ses droits économiques, sociaux, civils et politiques fondamentaux », conclut Ban Ki-moon.

 

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