Cambodge : perpétuité réclamée en appel contre l'ex-khmer rouge Duch

Cambodge : perpétuité réclamée en appel contre l'ex-khmer rouge Duch

Kaing Guek Eav, alias Duch.
Le tribunal international parrainé par l'ONU pour juger les auteurs des crimes commis par le régime Khmer rouge il y a trois décennies a conclu mercredi ses auditions dans le procès en appel de Kaing Guek Eav, alias Duch, condamné en juillet 2010 à 35 ans de prison par la chambre de première instance des Chambres extraordinaires des tribunaux cambodgiens (CETC).

En première instance, le tribunal avait conclu que Duch avait non seulement mis en œuvre, mais aussi activement contribué à l'élaboration des politiques du Parti communiste du Kampuchea dans le centre de rétention S-21, où des milliers de Cambodgiens ont été emprisonnés, soumis à des conditions de détention inhumaines, au travail forcé, torturés ou exécutés au cours des années 1970.

Le tribunal avait condamné Duch à 35 ans de prison, mais la Cour a retranché de cette peine, cinq années pour détention illégale et onze années pour la peine déjà effectuée.

En appel, au cours des trois jours d'auditions organisés par la Chambre des CETC de la Cour suprême cambodgienne, Duch et ses avocats ont réaffirmé qu'il n'était ni un dirigeant, ni l'un des principaux responsables des crimes commis par le régime Khmer rouge, estimant par conséquent qu'il n'aurait pas du être jugé devant le tribunal spécial.

Devant la chambre d'appel, composée de sept juges, quatre cambodgiens et trois étrangers désignés par le Secrétaire général de l'ONU, Duch a redit qu'il avait simplement agi sur les ordres de ses supérieurs et qu'il aurait été tué s'il en avait fait autrement. « J'ai survécu au régime, seulement parce que j'ai respecté et strictement suivi les ordres », a-t-il déclaré.

Estimant, comme en première instance, qu'il avait au contraire été le chef du centre S-21 où au moins 12.000 personnes sont mortes entre le 17 avril 1975 et le 6 janvier 1979, l'accusation a de son côté demandé sa condamnation à la réclusion à perpétuité.

Pour justifier cette peine plus lourde requise contre Duch , les procureurs Chea Leang et Andrew Cayley ont fait valoir que Duch aurait dû être cumulativement condamné pour crimes contre l'humanité, persécutions, emprisonnement, torture, viol, extermination et autres actes inhumains, ainsi que pour avoir réduit en esclavage les détenus de S-21.

« Nous demandons une peine de prison à vie, avec une période de sureté incompressible de 45 ans. Pour les besoins de l'histoire, une peine à perpétuité doit être imposée dans ce cas », a déclaré devant les juges Andrew Cayley.

La Chambre d'appel de la Cour suprême devrait rendre sa décision dans quelques mois. Par ailleurs, quatre autres hauts membres du régime Khmer rouge encore vivants sont poursuivis pour crimes contre l'humanité et génocide : Ieng Sary, Ieng Thirith, Khieu Samphan et Nuon Chea.