Côte d'Ivoire : la violence a fait 462 morts depuis mi-décembre

24 mars 2011

Le nombre total de morts dus à la violence postélectorale en Côte d'Ivoire est passé à 462 personnes depuis la mi-décembre 2010, a indiqué jeudi l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI).

De son côté, la Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires, Valerie Amos, s’est dite jeudi très préoccupée par la détérioration rapide de la situation humanitaire en Côte d’Ivoire.

« L’escalade de la violence et l’usage d’armes lourdes en particulier dans les zones urbaines font des ravages croissants parmi les civils », a dit Mme Amos dans un communiqué. « Je suis aussi préoccupée par le harcèlement croissant d’immigrants issus d’autres régions d’Afrique de l’Ouest. Des milliers d’entre eux fuient le pays », a-t-elle ajouté. « La destruction de propriétés appartenant à des civils, dont des magasins qui fournissent un moyen de subsistance, est aussi absolument inacceptable ».

Valerie Amos a également dénoncé le harcèlement et les entraves visant les employés d’organisations non gouvernementales, la violation de locaux d’agences humanitaires de l’ONU et le vol de biens appartenant à ces agences.

Selon le Directeur adjoint de la Division des droits de l'homme de l'ONUCI, Guillaume Ngefa, les violences contre les populations civiles dans certains quartiers au nord d'Abidjan ont fait 52 morts en une semaine, y compris cinq enfants et sept femmes, ainsi que plusieurs dizaines de blessés.

La commune d'Abobo à Abidjan, fief des partisans du Président Alassane Ouattara, a été marquée par des opérations de pilonnage perpétrées par les Forces de défense et de sécurité, loyales à l'ancien Président Laurent Gbagbo. Les tirs d'obus à Abobo ont fait 19 morts dans la seule nuit du 17 au 18 mars,, a souligné le chef adjoint des droits de l'homme lors d'une conférence de presse. « Les Forces de défense et de sécurité appuyées par de jeunes miliciens ont également envahi les communes d'Adjamé, Attécoubé, Williamsville et Yopougon, tirant et lançant des explosifs indistinctement sur des populations civiles soupçonnées d'être pro-Ouattara », a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse.

D'autre part, le village d'Akekoi considéré comme étant un bastion pro-Gbagbo dans la commune d'Abobo et majoritairement peuplé de membres de l'ethnie Attié, a été attaqué par de jeunes gens armés à bord d'un véhicule de type 4x4. « Au moins un civil a été tué au cours de cette attaque », a dit Guillaume Ngefa.

« Les populations d'Abobo, Williamsville, Yopougon et d'autres quartiers d'Abidjan continuent de quitter massivement leurs quartiers en raison des combats et du manque d'accès à la nourriture et aux médicaments », a-t-il précisé, rappelant aux responsables des Forces de défense et de sécurité, aux éléments du « Commando invisible » et aux autres acteurs de la crise postélectorale, que les attaques généralisées ou systématiques lancées sciemment contre des populations civiles pourraient constituer des crimes contre l'humanité.

« Conformément à son mandat de protection des civils et dans les limites de ses capacités, l'ONUCI continue d'apporter son appui à la population, à travers notamment les patrouilles de dissuasion, l'assistance médicale aux victimes, ainsi que le suivi, la documentation et la conduite des enquêtes sur des violations et abus des droits en vue de lutter contre l'impunité », a réitéré M. Ngefa.

Il a indiqué que l'ONUCI avait établi un centre d'appels qui fonctionne 24h/24 et qui permet de récolter les allégations concernant les violations des droits de l'homme. « Nous avons la responsabilité de confronter ces allégations en nous rendant sur le terrain pour les vérifier », a-t-il ajouté. « Pour arriver à comptabiliser les morts, nous devons être capables de connaitre l'identité de la personne, son âge, le lieu ou la victime a été tué et éventuellement le lieu ou le corps de la personne est déposé ainsi que les contacts. « Tout cela est nécessaire pour éviter les doublons », a-t-il ajouté, réaffirmant que le chiffre de 462 morts est un bilan vérifié.

Par ailleurs, le porte-parole de l'ONUCI, Hamadoun Touré a exprimé les regrets de l'ONUCI quant à l'absence d'une partie de la presse ivoirienne dans les kiosques, pour la seconde fois en moins d'un mois. « L'ONUCI exhorte toutes les parties concernées à créer une atmosphère favorable au travail des journalistes pour permettre aux populations de bénéficier pleinement de leur droit à l'information avec des opinions plurielles », a-t-il lancé.

 

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