Le regain de violence menace la reprise des négociations israélo-palestiniennes

A Ramallah, en Cisjordanie, le mur séparant Israéliens et Palestiniens.
IRIN/Shabtai Gold
A Ramallah, en Cisjordanie, le mur séparant Israéliens et Palestiniens.

Le regain de violence menace la reprise des négociations israélo-palestiniennes

« Laissez-moi redire l'urgence de briser l'impasse actuelle dans laquelle sont les négociations israélo-palestiniennes. Les réalisations importantes, notamment celles liées à la construction d'un Etat par l'Autorité palestinienne, sont menacées si cette impasse n'est pas dépassée », a déclaré mardi le Sous Secrétaire général de l'ONU aux affaires politiques, Oscar Fernandez-Taranco, lors d'une séance du Conseil de sécurité consacrée à la situation au Moyen-Orient.

Le même jour, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a vivement condamné le meurtre de trois enfants palestiniens et de leur oncle par un obus tiré par un char israélien dans la bande de Gaza. Treize autres civils ont été blessés par ce tir.

Ban Ki-moon est « très préoccupé par une aggravation de la situation à Gaza et dans le sud d’Israël », a dit son porte-parole dans une déclaration.

Le Secrétaire général « réitère sa condamnation de tirs de roquettes par des groupes de militants palestiniens à Gaza, notamment à partir de zones peuplées, contre des cibles civiles dans le sud d’Israël », a-t-il ajouté. « Il appelle toutes les parties concernées à respecter leurs obligations en vertu du droits de l’homme et du droit humanitaire international. »

Devant les membres du Conseil de sécurité, Oscar Fernandez-Taranco a noté « l'augmentation des incidents violents et des tensions sur le terrain, alors que les efforts pour relancer les négociations ne produisent aucun résultat visible ».

Oscar Fernandez-Taranco a passé en revue les incidents qui ont marqué ces dernières semaines, en commençant par le meurtre d'une famille israélienne le 11 mars, dans la colonie d'Itamar, en Cisjordanie occupée. Il a rappelé que le Secrétaire général de l'ONU et le Quatuor sur le Moyen-Orient avaient « condamné sans équivoque » ces meurtres et demandé que les responsables soient « déférés devant la justice ». « Nous espérons maintenant des actions fortes contre toute incitation ou glorification de telles violences », a-t-il insisté.

S'agissant des réactions israéliennes à ces meurtres, le Sous Secrétaire général aux affaires politiques, a regretté la flambée des attaques de colons israéliens contre des Palestiniens.

« La violence des colons a considérablement augmenté en Cisjordanie, avec 60 incidents entraînant des dégâts à des propriétés privées. 24 Palestiniens ont été blessés dans 18 autres confrontations », a-t-il déclaré, avant de rappeler au gouvernement israélien qu'« il doit remplir ses obligations de protéger la population palestinienne de Cisjordanie occupée ».

Concernant les interventions israéliennes en Territoire palestinien, Oscar Fernandez-Taranco a indiqué qu'au cours du mois écoulé, l'armée israélienne avait conduit « 320 opérations en Cisjordanie ». « 111 Palestiniens ont été blessés et 217 arrêtés ; environ la moitié des blessés l'ont été dans des affrontements avec la police dans le quartier de Silwan de Jérusalem-Est », a-t-il expliqué.

Il a en particulier regretté « la décision du gouvernement israélien le 12 mars d'approuver la construction d'environ 400 logements en Cisjordanie en réaction aux crimes haineux commis à Itamar » et celle de la municipalité de Jérusalem « de délivrer des permis de construire pour 14 appartements de colons dans le quartier de Ras El Amud ».

Pour le responsable onusien, ces initiatives sont des « provocations », « servant uniquement à exacerber les tensions ». « Une fois de plus je rappelle la position de l'ONU : toutes les colonies d'Israël dans les Territoires palestiniens occupés sont illégales au regard du droit international et préjudiciables aux efforts de relance des négociations ».

Abordant ensuite la situation à Gaza, Oscar Fernandez-Taranco a fait part de son inquiétude devant « l'escalade de violence ». Il a condamné les tirs de 12 missiles et 55 mortiers à partir de Gaza contre des zones civiles israéliennes, ainsi que les 15 frappes aériennes et les 13 incursions menées en représailles par les forces israéliennes dans la bande de Gaza.

Sur la situation interne à Gaza, le diplomate a dénoncé la répression opérée par le Hamas contre des manifestations organisées à la mi-mars pour appeler à la fin de l'occupation israélienne et à la fin des divisions palestiniennes.

« Le 15 mars, les forces de sécurité du Hamas ont attaqué les correspondants locaux de la presse, et le 19 mars, elles ont fait des raids dans les bureaux de Reuters, CNN et NHK, en attaquant les journalistes, en confisquant leurs cassettes et en détruisant leurs équipements », a-t-il expliqué, avant de condamner ces méthodes et d'appelé « au respect de la liberté de la presse à Gaza et ailleurs ».

Oscar Fernandez-Taranco s'est par ailleurs dit « préoccupé » par les conditions de vie des civils de Gaza. Selon lui, le nombre hebdomadaire de camions autorisés par les Israéliens à entrer dans le territoire a atteint 882 en février, contre 566 en juin 2010, mais près de 2.500 en 2007, avant la mise en place du blocus.

Soulignant que les quantités de produits entrant dans la bande de Gaza par les tunnels illégaux restaient « plus importantes que le flot des marchandises autorisées », il a estimé qu'une « augmentation fondamentale des quantités autorisées à entrer était nécessaire pour que l'ONU puisse poursuivre son travail », à commencer par « la réhabilitation du secteur privé, qui est critique pour la relance de l'économie de Gaza ».

Pour terminer son exposé devant les membres du Conseil de sécurité, Oscar Fernandez-Taranco a passé en revue la situation dans les pays limitrophes. Il a déploré « l'absence de progrès dans les négociations de paix israélo-syriennes », dénonçant en particulier « la poursuite par Israël de la colonisation du Plateau occupé du Golan ».

Quant au Liban, s'il a noté que la situation était restée « généralement calme et stable dans la zone d'opération de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) », il s'est « inquiété de l'augmentation des attaques verbales et de violences contre les employés de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA)) après la mort d'un garçon de 8 ans dans le camps d'Aïn el-Héloué » et a demandé « aux factions palestiniennes de désamorcer l'escalade ».

Pour conclure, le Sous Secrétaire général de l'ONU aux affaires politiques a estimé que la communauté internationale « ne devait pas laisser le récent regain de violence miner plus encore la possibilité de trouver un chemin vers un accord sur le Statut final ». Dans le contexte actuel, il a appelé à « un effort décisif pour que les parties reprennent les négociations vers la mise en œuvre d'une solution finale à deux Etats ».