Afghanistan : des blocages politiques et financiers menacent la transition, selon l'ONU

15 mars 2011

La composition du nouveau Parlement afghan issue d'un processus électoral contesté en septembre 2010 et l'impasse dans la gestion de la Banque de Kaboul qui pèse sur le transfert de l'aide internationale, constituent les deux principaux obstacles à la transition du régime vers la stabilisation et le développement, explique le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans un rapport publié mardi.

« La transition est désormais principalement axée sur la sécurité et les progrès ne pourront s'inscrire dans la durée que s'ils s'accompagnent d'un processus politique ouvert à tous. Cela permettrait à tous les Afghans de devenir partie prenante des activités prévues par le processus de Kaboul », écrit le Secrétaire général dans ce rapport.

« Avec la convocation de la Jirga consultative de paix, la création du Haut Conseil pour la paix et l'adoption et la mise en œuvre progressive du Programme de paix et de réintégration, le Gouvernement afghan a montré la voie à suivre pour promouvoir le dialogue entre les Afghans. Il faut conserver cet élan imprimé par le Président Karzaï lors de sa deuxième investiture. Toutes les parties doivent démontrer au peuple afghan qu'elles ont l'intention de favoriser et d'intensifier l'unité d'action de façon à servir l'objectif de la coexistence pacifique de toutes les composantes de la société afghane », ajoute-t-il.

Cependant, note le chef de l'ONU, deux principaux obstacles entravent la transition. Le premier problème concerne la situation tendue entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire concernant la composition du Parlement.

« Si elle perdure ou débouche sur une crise politique persistante, cette situation nuira à la crédibilité, à l'efficacité et à l'ouverture sans exclusive dont le Gouvernement afghan doit faire montre pour conduire la transition », prévient Ban Ki-moon.

Le 26 janvier dernier la nouvelle assemblée afghane, la Wolesi Jirga, avait été inaugurée. Elle est composée de 249 membres qui ont été élus lors des élections législatives organisées le 18 septembre 2010. Les résultats de l'élection avaient été certifiés le1er décembre dernier par la Commission électorale afghane.

« Il ne fait pas de doute que les opérations électorales ont été entachées d'irrégularités, bien que cela n'ait été ni étonnant ni inédit. L'ONU estime que les institutions électorales se sont acquittées louablement de leurs tâches étant donné les circonstances », selon le rapport.

Pour Ban Ki-moon, il ne fait « aucun doute » que les résultats électoraux « ont produit un Parlement où la population pachtoune dans certaines régions est moins bien représentée qu'auparavant ».

« C'est un problème qu'il faut à l'évidence régler, mais la façon d'y remédier aura des répercussions sur le processus de transition en particulier, et sur la future stabilité de l'Afghanistan en général », prévient-il.

Le deuxième obstacle immédiat à la mise en œuvre du processus de Kaboul est l'impasse qui concerne la Banque de Kaboul. Cette situation a notamment des incidences sur les programmes prioritaires de l'Afghanistan et l'aide que les partenaires internationaux doivent apporter. Cette question menace de compromettre les espoirs de croissance économique nourris par le gouvernement et les progrès que celui-ci a enregistré dans l'élaboration des programmes prioritaires nationaux.

« Ces atermoiements amenuisent la confiance dans le système financier du pays et empêchent fondamentalement de mettre la dernière main à l'accord sur un programme de pays du Fonds monétaire international (FMI). Sans un tel programme, il sera difficile aux partenaires internationaux d'honorer l'engagement pris à la Conférence de Kaboul de canaliser les fonds nécessaires par le budget de l'État », déplore le Secrétaire général.

« La complexité de ces deux problèmes, tout comme l'importance de leur règlement pour l'avenir de l'Afghanistan, ne saurait être sous-estimée », insiste-t-il.

« Le sort des civils afghans, les principales victimes du conflit, doit guider non seulement le renforcement des mesures prises pour protéger les civils et veiller au respect des instruments juridiques internationaux par toutes les parties, mais aussi la recherche d'une solution politique qui permettra à tous les Afghans, hommes et femmes, filles et garçons, de s'associer à la transition vers la stabilisation de leur pays », conclut-il.

Ban Ki-moon préconise la prorogation du mandat pour une nouvelle période de 12 mois de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) qui arrive à expiration le 23 mars 2011.

 

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