Côte d'Ivoire : le Conseil de sécurité craint un retour de la guerre civile

3 mars 2011

Le Conseil de sécurité de l'ONU s’est déclaré jeudi préoccupé par un retour de la guerre civile en Côte d'Ivoire et a appelé toutes les parties ivoiriennes à résoudre leurs différends de manière pacifique.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est déclaré jeudi préoccupé par un retour de la guerre civile en Côte d’Ivoire et a appelé toutes les parties ivoiriennes à résoudre leurs différends de manière pacifique.

Dans une déclaration à la presse lue par la Présidence du Conseil occupée en mars par la Chine, les membres du Conseil se sont dits « profondément préoccupés par la récente escalade de violence en Côte d’Ivoire, particulièrement à Abidjan. » Ils se sont dits aussi profondément inquiets « du nombre croissant de réfugiés et de déplacés internes causé par cette violence. »

Cette déclaration a été publiée après des consultations du Conseil sur la Côte d'Ivoire au cours desquelles les Etats membres ont entendu un exposé par le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy.

Les membres du Conseil « expriment leur préoccupation au sujet du risque d’un retour de la guerre civile et appellent toutes les parties à afficher un maximum de retenue pour l’empêcher et pour résoudre leurs différends de manière pacifique, » ajoute la déclaration. Ils condamnent les menaces, les obstructions et les actes de violence gratuite perpétrés par les forces de défense et de sécurité, loyales à l’ancien Président Laurent Gbagbo, contre le personnel de l’ONU et les violences par toutes les parties contre les civils.

S’agissant de la médiation de l’Union africaine pour résoudre la crise ivoirienne, le Conseil de sécurité a réitéré son soutien à cette médiation. Il appelle les parties ivoiriennes à permettre au panel de haut niveau de l’Union africaine et ses membres « d’achever leur travail sans être soumis à des menaces ou des intimidations ».

De son côté, l'Opération des Nations Unies pour la Côte d'Ivoire (ONUCI) s'est dite jeudi « très préoccupée par la détérioration continue de la situation des droits de l'homme » et par les affrontements armés qui ont éclaté « dans l'ouest du pays, à Yamoussoukro, et dans certains quartiers d'Abidjan ».

Dans un communiqué, la Mission onusienne indique notamment que dans le quartier d'Abobo, à Abidjan, des combats à l'arme lourde ont opposé les Forces de défense et de sécurité, fidèles à l'ancien président Laurent Gbagbo, au « commando invisible », faisant au moins 26 morts et des dizaines de blessés parmi la population civile et provoquant le déplacement de plus de 200.000 personnes.

Selon la presse, le « commando invisible » s'est manifesté pour la première fois le mardi 22 février lors d'une attaque contre les forces fidèles à Laurent Gbagbo, dans le même quartier d'Abobo, considéré comme un bastion des partisans du Président élu et reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara.

Dans son communiqué, l'ONUCI estime « plus inquiétant » encore, les informations obtenues à partir « de récents témoignages » indiquant que « depuis plusieurs jours des populations civiles sont empêchées de quitter librement les zones de combats par des éléments du commando invisible ».

« Des familles entières, bloquées dans les lieux publics, des églises et paroisses, vivent dans la peur, privées d'eau et d'électricité », souligne la force onusienne, qui ajoute que cette « nouvelle flambée de violences » se caractérise d'une part « par des attaques ciblées contre l'ONUCI et son personnel, consécutives à l'appel lancé par Charles Blé Goudé, le leader des Jeunes patriotes », fidèles à Laurent Gbagbo, et d'autre part, « par des affrontements de rue entre des jeunes armés de La Majorité Présidentielle (LMP) et du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).

La Majorité Présidentielle (LMP) est le parti de l'ancien Président Laurent Gbagbo. Le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) rassemble quatre partis d'opposition, dont ceux d'Henri Konan Bédié (PDCI) et d'Alassane Ouattara (RDR).

A l'occasion de sa conférence de presse hebdomadaire jeudi, à Abidjan, le porte-parole de l'ONUCI, Hamadoun Touré, est revenu sur la situation humanitaire à Abobo, indiquant « que l'ONUCI travaillait avec d'autres partenaires pour l'ouverture d'un corridor humanitaire afin de permettre à ceux qui le veulent de sortir ou d'entrer, et de procéder à l'enlèvement des cadavres afin de leur offrir une sépulture décente et d'éviter des risques d'épidémies ». « L'ONUCI va également demander une trêve aux deux parties à Abobo pour le ravitaillement des populations en eau et en nourriture », a-t-il ajouté.

Hamadoun Touré a par ailleurs annoncé que l'ONUCI avait reçu « deux hélicoptères de combat de type Mi-24 » et en attendait « un troisième dans les prochains jours », afin de « renforcer les capacités opérationnelles » de la force onusienne et de « contribuer de manière efficace à la protection des populations civiles ».

« L'ONUCI tient à souligner que ces hélicoptères seront consacrés à des tâches de paix et de protection ; il n'y a aucune raison d'agresser qui que ce soit avec ces équipements. L'ONUCI ne sera jamais l'agresseur », a encore insisté le porte-parole.

Interpellé enfin sur l'affaire de « livraison d'hélicoptères de combat » au camp de Laurent Gbagbo, il a indiqué que « l'ONUCI, n'ayant pas pu accéder au site pour vérifier d'elle-même la matérialité du rapport des experts chargés d'observer et de surveiller l'embargo sur les armes, a communiqué sur la base du rapport sans aucune vérification créant ainsi cet incident ». « Nous l'avons reconnu, nous avons fait ce qu'il y avait à faire dans pareil cas sur le plan diplomatique et nous allons sûrement en tirer les leçons », a-t-il conclu.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.

Suivre l'actualité : précédents articles sur le sujet

Côte d'Ivoire : l'ONU s'excuse auprès du Bélarus pour un rapport inexact

Les Nations Unies se sont excusées publiquement mercredi auprès du Bélarus pour un rapport inexact de sa mission en Côte d'Ivoire affirmant qu'il avait fourni des hélicoptères d'attaque à l'ancien Président Laurent Gbagbo en violation de l'embargo sur les armes visant ce pays.