Libye : l'ONU déploie son aide pour les milliers de personnes fuyant les violences

28 février 2011

La Secrétaire générale adjointe de l'ONU aux affaires humanitaires, Valerie Amos, a exprimé lundi son inquiétude concernant le sort de milliers de personnes qui fuient la répression violente en Libye, alors que les agences de l'ONU déploient de l'aide humanitaire pour ces personnes vulnérables.

« Des dizaines de milliers de personnes passent la frontière de la Libye, la plupart en direction de l’Egypte et la Tunisie. Selon les dernières estimations, depuis le début de la crise, au moins 61.000 personnes ont passé la frontière d’Egypte alors 40.000 autres ont traversé la frontière avec la Tunisie, chiffres qui devraient augmenter », a dit Mme Amos lors d’un point presse au siège de l’ONU à New York.

« La plupart des personnes qui entrent en Tunisie sont des travailleurs tunisiens migrants. Le gouvernement (tunisien) a demandé de l’aide afin de répondre aux besoins des personnes qui ne sont pas des ressortissants tunisiens. Il y existe une véritable inquiétude sur l’approvisionnement en eau potable et les infrastructures d’assainissement », a-t-elle ajouté en saluant l’attitude positive de la Tunisie et l’Egypte qui maintiennent leurs frontières ouvertes.

La Chef de l’humanitaire de l’ONU a indiqué que le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) a participé dimanche à une mission d’évaluation inter-agences menée à la frontière égyptienne et libyenne. OCHA a aussi déployé une équipe au Caire pour renforcer la coordination avec son Bureau à Tripoli, a-t-elle précisé.

Selon Valerie Amos, les besoins humanitaires dans l’est de la Libye, à Benghazi, ne sont pas importants, la situation étant revenue à la normale.

« Je suis cependant inquiète des informations alarmantes sur la violence continue dans le pays. Selon certaines informations, des femmes et des enfants sont gravement blessés. Même s’il n’existe pas de chiffres confirmés sur le nombre de morts, les estimations vont d’une centaine à des milliers. Nous appelons toutes les parties à refreiner la violence contre les civils », a-t-elle conclu.

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), António Guterres, a également exprimé lundi sa préoccupation concernant les dizaines de milliers de réfugiés et d'autres ressortissants étrangers qui pourraient être pris au piège en Libye. Il a appelé les pays voisins et la communauté internationale à aider ces personnes vulnérables à quitter la Libye.

« Il n'y a ni avion ni bateau pour évacuer les personnes originaires de pays très pauvres et en proie au conflit. Un grand nombre de personnes se sentent ciblées. Elles ont peur et sont sans ressources », a indiqué António Guterres, en exhortant les gouvernements à prendre en compte les besoins de toutes les personnes vulnérables.

Le chef du HCR a lancé cet appel au moment où le Conseil de sécurité de l'ONU vient d'adopter des sanctions contre les autorités libyennes, incluant la saisine de la Cour pénale internationale, un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et un gel des avoirs.

« Le HCR appelle tous les gouvernements des pays voisins en Afrique du Nord et en Europe à maintenir ouvertes les frontières terrestres, aériennes et maritimes pour tous ceux qui sont forcés de fuir la Libye », a déclaré António Guterres. « Toutes les personnes qui fuient la Libye devraient se voir accorder l'accès à un territoire sans discrimination, quelle que soit leur origine », a-t-il ajouté.

La Libye est traditionnellement un pays de transit et de destination pour les réfugiés. Le HCR a accordé le statut de réfugié à 8.000 personnes, dont des Palestiniens, des Iraquiens, des Ethiopiens, des Somaliens et des Erythréens et plus de 3.000 autres étaient des demandeurs d'asile. Par ailleurs, plusieurs milliers de personnes qui n'ont pu avoir accès au bureau du HCR se trouveraient dans le pays.

« Les Africains semblent être particulièrement en danger car ils sont soupçonnés d'être des mercenaires étrangers », a indiqué le Haut Commissaire. « Nous sommes très préoccupés car il leur est impossible de se déplacer ou d'accéder à la sécurité. »

Le HCR travaille avec les autorités frontalières tunisiennes et égyptiennes pour aider les gouvernements à gérer l'afflux spectaculaire de milliers de personnes qui fuient la Libye. Plus de 110.000 personnes ont déjà traversé les frontières et des milliers d'autres arrivent d'heure en heure. La plupart des personnes qui fuient sont des ressortissants égyptiens et tunisiens, toutefois un petit nombre de Libyens et d'autres nationalités ont également réussi à s'échapper. Simultanément, les équipes du HCR à Tripoli « font leur possible pour aider les réfugiés à accéder au HCR ou à contacter notre bureau », a indiqué lundi l'agence dans un communiqué.

L'Organisation internationale des migrations (OIM) estime qu'environ 1,5 million de travailleurs et migrants clandestins, des Africains ou des Asiatiques, se trouvent en Libye. Le Haut Commissaire pour les réfugiés se félicite des efforts significatifs menés par des pays d'origine pour faciliter le retour vers leur pays natal de migrants bloqués en Libye, et ce avec le soutien de l'OIM.

M. Guterres a exprimé sa gratitude envers les gouvernements tunisien et égyptien pour leur politique d'ouverture des frontières et a réitéré son appel à la communauté internationale pour qu'elle leur vienne en aide.

La Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), Josette Sheeran, devait se rendre en Tunisie lundi pour rencontrer des responsables du gouvernement et évaluer les besoins humanitaires liés aux troubles en Libye, ainsi que les conséquences sur les personnes vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.

Plus de 40.000 personnes ont passé la frontière libyenne pour se rendre en Tunisie la semaine dernière, et un grand nombre d'entre elles déclarent n'avoir eu qu'un accès restreint à la nourriture sur le trajet depuis leur foyer ou leur lieu de travail, a indiqué le PAM dans un communiqué de presse.

Mardi 1er mars, Josette Sheeran doit se rendre à la frontière entre la Tunisie et la Libye, afin de rencontrer des personnes ayant fui la Libye et des membres d'organisations humanitaires afin d'évaluer les besoins en vivres.

Un pont aérien, organisé par le PAM pour livrer 80 tonnes de biscuits à haute teneur énergétique et provenant d'un dépôt humanitaire à Brindisi, en Italie, devait arriver ce lundi en Tunisie. Les biscuits seront inclus dans les rations de vivres qui seront distribuées dans les zones frontalières par des groupes locaux et des agences de secours.

 

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