Israéliens et Palestiniens : l'ONU juge nécessaire un engagement international plus fort

Israéliens et Palestiniens : l'ONU juge nécessaire un engagement international plus fort

Le mur séparant Israéliens et Palestiniens à Bethléem.
« Le Moyen-Orient est témoin de transformations politiques spectaculaires, mais d'une stagnation des négociations israélo-palestiniennes. Le changement de la dynamique régionale a rendu encore plus incertain l'environnement d'un processus de paix déjà difficile. Des progrès vers une solution négociée représenteraient une contribution réelle à la stabilité de la région », a déclaré jeudi le Coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Robert Serry.

Devant le Conseil de sécurité qui examinait l'évolution du processus de paix, M. Serry a d'abord exprimé sa « profonde préoccupation devant l'impasse continue » des discussions. « Je dois souligner le faible niveau de confiance entre les parties, qu'elles ne dépasseront pas sans une intervention internationale crédible et efficace », a-t-il indiqué, appelant « le Quatuor pour la paix à jouer entièrement son rôle ».

Soulignant ensuite que « les actions préjudiciables à l'issue des négociations sont particulièrement inutiles », Robert Serry a passé en revue la situation en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, ainsi que celle au niveau régional.

Sur la Cisjordanie, il a regretté la poursuite de la construction de logements par Israël en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où des maisons palestiniennes ont également été détruites à cet effet. « Nous appelons Israël à tenir compte des appels de la communauté internationale, du droit international et de la Feuille de route, en gelant toutes les activités de colonisation », a-t-il déclaré.

Il a également mis en avant la poursuite « de manifestations contre la construction de la barrière de sécurité, qui continue de dévier de la Ligne verte, en contradiction avec l'avis consultatif de la Cour internationale de justice ». Citant les chiffres d'une organisation non gouvernementale israélienne qui montrent que « depuis 2005, moins de 10% des attaques de colons israéliens contre des Palestiniens ont fait l'objet d'enquêtes », Robert Serry a estimé que cette impunité restait une vraie source de préoccupation.

S'agissant des Palestiniens, le Coordonnateur spécial a souligné la poursuite des efforts de l'Autorité palestinienne pour bâtir les fondations de son futur Etat. « L'adversité sur le terrain n'a pas arrêté l'Autorité palestinienne », a-t-il indiqué, estimant que « les institutions solides maintenant établies représentent les fondations d'un Etat en attente ».

« La réalisation de nouveaux progrès est fondamentalement limitée par les mesures d'occupation israélienne qui empêchent une continuité territoriale et la liberté de mouvement » des Palestiniens, a-t-il insisté, précisant que de leurs côtés, « les forces palestiniennes continuent de faire de grands progrès dans le maintien de l'ordre public en Cisjordanie ».

« L'activité économique s'accroît et nous jugeons positif qu'Israël ait retiré les obstacles à cette tendance, en facilitant l'accès à Naplouse, celui des touristes à Bethléem et l'entrée à Jérusalem-Est de viande et de produits de consommation courante en provenance de la Cisjordanie », a-t-il poursuivi.

Devant le Conseil de sécurité, Robert Serry a ensuite salué l'engagement pris par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu auprès du Représentant du Quatuor, Tony Blair, sur un certain nombre de mesures israéliennes destinées à améliorer les conditions de vie des Palestiniens et à soutenir la croissance en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Parmi celles-ci, l'autorisation du déploiement des forces palestiniennes dans sept villes de Cisjordanie. Il a toutefois estimé que la poursuite des incursions israéliennes dans des zones sous contrôle palestinien restait « une préoccupation majeure » dénoncée par les Palestiniens.

Au plan politique, il a salué la prise en compte par le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, du besoin de réformes exprimé par la population et son appel à la tenue « d'élections législative et présidentielle aussi vite que possible en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ».

Soulignant le refus du Hamas qui contrôle la bande de Gaza de tenir de tels scrutins, Robert Serry a mis en avant « l'importante suggestion du Premier ministre palestinien Fayad de former un nouveau gouvernement d'union nationale fondé sur le principe de la non-violence, comme une première étape vers la réconciliation ». « J'appelle en urgence toutes les factions palestiniennes à montrer leur responsabilité et à tenir compte de l'appel légitime des Palestiniens à la réunification », a-t-il ajouté.

Evoquant ensuite la situation dans la bande de Gaza, le Coordonnateur spécial a « regretté l'augmentation de la violence, avec un accroissement des attaques à la roquette en provenance de Gaza, des frappes aériennes israéliennes et des confrontations répétées dans la zone frontalière ».

« Nous condamnons les attaques à la roquette et appelons une fois de plus à leur arrêt », a-t-il rappelé, avant de réitérer l'appel à la libération du soldat israélien Gilad Shalit, détenu par le Hamas depuis 1700 jours.

Robert Serry s'est ensuite pencher sur les conditions économiques et sociales dans le territoire palestinien sous blocus israélien. Il a noté « des progrès significatifs », tout en s'inquiétant « de l'impact continu » des restrictions de circulations des biens et des personnes imposées par Israël.

« Je note positivement qu'Israël a approuvé 14 nouveaux projets d'infrastructures de l'ONU à Gaza. Les niveaux d'importations dans la bande de Gaza sont plus significatifs qu'avant, mais restent néanmoins loin des niveaux de 2007 », a-t-il indiqué, précisant que des discussions se poursuivaient avec Israël, pour « l'importation de matériel de construction pour le secteur privé ».

Pour conclure, Robert Serry a passé en revue l'environnement régional du processus de paix. S'il a salué les engagements renouvelés de l'Egypte et d'Israël en faveur de la stabilité régionale, il a en revanche déploré « le manque de progrès vers la paix avec la Syrie ».

« Nous sommes préoccupés par une nouvelle campagne encourageant de nouvelles colonies dans le Golan syrien occupé », a-t-il noté, avant de rappeler que « dans l'intérêt de la stabilité de la région et pour la réalisation de l'Initiative de paix arabe, le conflit entre Israël et la Syrie devrait être résolu sur la base des résolutions du Conseil de sécurité ».

« En décembre dernier, j'avais indiqué que la crédibilité de la communauté internationale et du Quatuor serait en jeu en 2011. Il est maintenant urgent qu'elle réponde à ce test. Il faut être prêt à faire plus de suggestions concrètes, si c'est ce qui est nécessaire pour faire des progrès décisifs vers la paix », a conclu le Coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient.