Côte d'Ivoire : le Conseil de sécurité envoie 2.000 Casques bleus en renfort

19 janvier 2011

Le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé mercredi l'envoi de 2.000 Casques bleus supplémentaires en Côte d'Ivoire jusqu'au 30 juin 2011 pour faire face à une situation post électorale tendue, comme l'avait demandé le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans une lettre adressée au Conseil le 7 janvier.

Dans une résolution adoptée à l'unanimité, les Etats membres du Conseil ont également décidé de « prolonger de quatre semaines, au plus, le redéploiement, à titre temporaire, de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) à l'ONUCI de trois compagnies d'infanterie et d'une unité aérienne constituée de deux hélicoptères de transport militaires ». De même, trois hélicoptères armés et leurs équipages, seront transférés de la MINUL à l'ONUCI pour une période de quatre semaines.

Le Conseil de sécurité a aussi « décidé d'autoriser, en remplacement de 60 policiers des Nations Unies, le déploiement de 60 membres d'unités de police constituées afin de faire face aux menaces que constituent les foules non armées ».

Le Conseil « exige de toutes les parties qu'elles s'acquittent scrupuleusement de l'obligation de respecter la sécurité de l'ONUCI et des autres membres du personnel des Nations Unies et fassent en sorte que la liberté de circulation de l'ONUCI et des forces françaises qui l'appuient soit pleinement respectée, avec accès immédiat et sans entrave à l'ensemble du territoire ivoirien, y compris à tous les organes administratifs et gouvernementaux, et demande instamment la levée immédiate du blocus de l'Hôtel du Golf », où réside le Président élu Alassane Ouattara.

La Côte d'Ivoire est confrontée à une grave crise politique depuis le second tour de l'élection présidentielle du 28 novembre 2010. L'élection a été remportée par Alassane Ouattara et sa victoire a été reconnue par la communauté internationale mais le Président sortant Laurent Gbagbo s'est déclaré vainqueur et refuse de quitter le pouvoir.

Le Conseil de sécurité a exigé « sans préjudice de la liberté d'expression, l'arrêt immédiat de l'utilisation qui est faite des médias, notamment de la Radiodiffusion-Télévision ivoirienne (RTI), pour diffuser de fausses informations incitant à la haine et à la violence, notamment contre les Nations Unies et en particulier l'ONUCI ». Les Etats membres ont réaffirmé qu'ils étaient prêts « à prendre des mesures, y compris des sanctions ciblées, à l'encontre de ceux qui entravent l'action de l'ONUCI ».

L'envoi de Casques bleus supplémentaires survient alors que l'ONUCI a déploré mardi des actes répétés d'agression contre ses patrouilles commis par une partie de la population soutenue par les forces du camp de Laurent Gbagbo. Elle a réitéré « son appel au calme, à la sérénité et à la retenue pour assurer un climat propice à la solution de la crise post électorale en cours ».

Dans une déclaration commune, le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Francis Deng et le Conseiller spécial pour la responsabilité de protéger, Edward Luck, ont exprimé mercredi leur préoccupation sur « la possibilité de génocide, de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de nettoyage ethnique » en Côte d'Ivoire.

« Nous estimons que des mesures devraient être prises d'urgence, au titre de la responsabilité de protéger, pour écarter tout risque de génocide et assurer la protection de tous ceux qui risquent d'être victimes d'atrocités à grande échelle », ont déclaré les Conseils spéciaux du Secrétaire général.

MM. Deng et Luck se sont dits « profondément préoccupés par les allégations selon lesquelles les forces armées et les milices qui soutiennent les camps adverses dans la crise politique actuelle chercheraient à recruter et à armer des groupes ethniques alliés à chaque camp. Nous sommes également très inquiets d'apprendre que des propos haineux visant à inciter à des attaques violentes contre certains groupes ethniques et nationaux continuent d'être tenus ».

Leurs inquiétudes portent également sur les affrontements ethniques qui ont éclaté ces derniers jours à Duékoué, à Gabia et à Lakota villes situées dans l'ouest du pays. Ces affrontements ont forcé plus de 23.500 Ivoiriens à fuir vers les pays voisins et fait plus de 16.000 déplacés.

« Le risque que ces affrontements se propagent dans tout le pays est bien réel. S'ils ne sont pas contenus, ces affrontements pourraient conduire à des atrocités à grande échelle », préviennent les deux Conseillers.

« Nous demandons instamment à toutes les parties en Côte d'Ivoire de s'abstenir de tenir des discours provocateurs qui incitent à la haine et à la violence. Ceux qui commettent des atrocités ou qui y incitent auront à répondre de leurs actes. Nous souhaitons, une fois encore, rappeler à toutes les parties qu'elles ont la responsabilité de protéger tous les habitants en Côte d'Ivoire, quelle que soit leur appartenance ethnique, leur nationalité ou leur religion », ont-ils conclu.

 

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