Côte d'Ivoire : l'ONU met en garde contre les incitations à la haine

30 décembre 2010

Les Conseillers spéciaux du Secrétaire général de l'ONU pour la prévention du génocide, Francis Deng, et pour la responsabilité de protéger, Edward Luck, se sont déclarés très préoccupés par l'évolution de la situation en Côte d'Ivoire et les graves violations des droits de l'homme commises par des partisans du Président sortant Laurent Gbagbo.

« Il y a des informations persistantes, à ce jour non confirmées, sur de graves violations des droits de l'homme par des partisans de Laurent Gbagbo et des forces sous son contrôle », disent-ils dans un communiqué commun publié mercredi soir.

Ils expriment « leur grave préoccupation » quant à l'évolution de la situation en Côte d'Ivoire, et attirent en particulier l'attention sur « l'utilisation à des fins politiques d'un discours incendiaire incitant à la haine et à la violence » entre les différentes composantes de la population ivoirienne.

« Compte tenu de l'histoire conflictuelle interne en Côte d'Ivoire, de telles actions sont hautement irresponsables », mettent-ils en garde, avant d'ajouter que de tels actes ont « des conséquences dangereuses, totalement inacceptables ».

La Côte d’Ivoire est confrontée à une grave crise politique depuis le second tour de l'élection présidentielle du 28 novembre 2010. Le Président sortant Laurent Gbagbo refuse de reconnaître sa défaite et de quitter le pouvoir après la victoire d'Alassane Ouattara reconnue par la communauté internationale. Il a demandé le départ de l’ONUCI qu’il accuse de partialité.

Francis Deng a également estimé que les allégations faisant état de marques apposées sur les domiciles d'opposants politiques à Laurent Gbagbo pour identifier leurs origines ethniques étaient « extrêmement préoccupantes ».

Pour sa part, Edward Luck a rappelé la Déclaration finale du Sommet mondial de 2005, organisé au siège de l'ONU, à New York, dans laquelle les chefs d'Etat et de gouvernements des 192 Etats membres se sont engagés à assumer la responsabilité de la protection de leurs populations contre les génocides, les crimes de guerre, les nettoyages ethniques et les crimes contre l'humanité. « Cette responsabilité comporte la prévention de ces crimes, ainsi que la prévention de l'incitation à de tels crimes », a-t-il souligné.

Pour conclure, les deux Conseillers spéciaux du Secrétaire général de l'ONU ont insisté sur la responsabilité « de protéger toutes les personnes, quelle que soit leur origine ethnique, leur nationalité ou leur religion ».

« Comme le Secrétaire général l'a déjà dit dans une déclaration il y a deux semaines, nous tenons à rappeler cet engagement solennel à toutes les parties en Côte d'Ivoire, ainsi que leur responsabilité en vertu du droit international », ont indiqué Edward Luck et Francis Deng.

De son côté, l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) a déclaré jeudi qu’une de ses équipes avait été empêchée, pour la deuxième fois, de mener des enquêtes à N’Dotré suite à des allégations d’existence de charnier dans ce village près d’Anyama, une ville située à 10 kilomètres d’Abidjan.

« Le mardi 28 décembre, la mission d’enquête a été arrêtée et empêchée de continuer par des éléments des Forces de sécurité sur place à N’Dotré et nous avons été contraints de rentrer sur Abidjan sans pouvoir terminer notre mission », a déclaré le chef de la division des droits de l’homme de l’ONUCI, Simon Munzu, lors du point de presse hebdomadaire de l’ONUCI.

« Nous avons cependant vu un bâtiment qui, suivant des informations, serait le lieu où se trouveraient des corps dont on parle et dont le chiffre varie entre 60 et 80 », a-t-il ajouté, regrettant « que l’on continue de nous opposer ce refus d’accès ».

Faisant le point de la situation des droits de l’homme de la semaine, Simon Munzu a annoncé une baisse drastique des violations de droits humains à Abidjan par rapport à la semaine du 16 au 23 décembre.

Pour la semaine écoulée, l’ONUCI a enregistré 6 cas de décès, 3 disparitions, 20 enlèvements ou arrestations et 11 cas de blessés, a-t-il dit, précisant que ces chiffres étaient relatifs aux cas que l’ONUCI avait pu vérifier et confirmer. Il a estimé que cela était dû à la baisse de la tension politique.

Evoquant la situation des femmes et des enfants, le chef de la division des droits de l’homme a indiqué qu’à ce jour l’ONUCI n’avait fait aucun constat d’exactions pouvant être qualifiées de violations basées sur le genre. Il a déploré le cas d’un garçon de 11 ans atteint à la jambe par une balle perdue dans le quartier d’Attécoubé, à Abidjan, le mercredi 29 décembre.

Par ailleurs, le porte-parole de la mission Hamadoun Touré a rejeté des accusations véhiculées par la Radio Télévision Ivoirienne (RTI) faisant état de morts suite à des tirs de Casques bleus en patrouille dans la commune d’Abobo, dans le nord d’Abidjan.

Selon M. Touré, « la patrouille a été encerclée par une foule hostile, les Casques bleus ont entamé une discussion, c’est alors qu’ils ont entendu des tirs venant d’un immeuble dans les environs, ils ont alors tiré en l’air pour se frayer une voie et sont rentrés sains et saufs à la base. Encore une fois la patrouille n’a tiré sur personne ». Il a indiqué que les Casques bleus avaient bénéficié du soutien des forces de défense et de sécurité ivoiriennes.

 

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