HCR : malgré les dangers, des milliers de gens traversent le golfe d'Aden

27 décembre 2010

Le village de pêcheurs de Bab El-Mandeb, à environ 190 km à l'ouest d'Aden, dans le sud du Yémen, est l'endroit de la péninsule arabique le plus proche de l'Afrique. Ici, dans un petit bureau à côté d'une station-service, le personnel du Danish Refugee Council (DRC), une organisation partenaire du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), enregistre méticuleusement le nombre de bateaux transportant des migrants et des réfugiés de la Corne de l'Afrique qui débarquent dans ce pays presque tous les jours.

De janvier à octobre de cette année, quelque 43.000 personnes - 13.000 Somaliens et près de 30.000 Ethiopiens - ont fait le voyage périlleux à travers la mer Rouge ou le golfe d'Aden dans de frêles embarcations. Un nombre indéterminé a péri dans cette tentative.

S'appuyant sur un vaste réseau de contacts au sein de la police, de l'armée, des garde côtes, et parmi les villageois, les employés de DRC circulent le long de la côte à la recherche des migrants récemment arrivés d'Afrique. Ils travaillent en étroite collaboration avec le HCR et le Croissant-Rouge yéménite, qui fournit les premiers soins, de l'eau et des biscuits à haute teneur en énergie aux nouveaux arrivants.

Plus tôt cette année, dans le camp de réfugiés d'Al Kharaz à environ 40 km à l'ouest de Bab El-Mandeb, le personnel du HCR a interviewé un Ethiopien qui était arrivé au Yémen la veille. Il avait l'air hagard et morose. « J'ai pris un bateau d'Obock à Djibouti », a-t-il dit via un interprète. « Pour y arriver, j'ai dû marcher à travers le désert pendant deux jours à partir de la frontière éthiopienne. Des passeurs nous ont gardés dans un endroit isolé près d'Obock avec des centaines d'autres hommes, femmes et enfants."

Il n'y avait aucune nourriture ni eau potable, a-t-il raconté. Les passeurs vendaient de l'eau potable en bouteille à des prix exorbitants. Ceux qui ne pouvaient pas payer devaient boire l'eau de puits à proximité. L'eau des puits était salée et contaminée. "Ceux qui ont bu sont tombés malades et beaucoup sont morts. « Chaque jour, pendant que j'étais là, quatre ou cinq personnes sont mortes de faim ou de diarrhée", a-t-il ajouté.

Depuis juin, au moins 40 Ethiopiens sont morts après leur arrivée au Yémen en provenance de Djibouti. Leurs cadavres ont été découverts par les villageois ou les autorités à proximité de Bab El-Mandeb. Un médecin à la clinique médicale à Al Kharaz dit qu'en trois jours en août, ils avaient admis 26 Ethiopiens souffrant de gastro-entérite grave.

« Le Yémen autorise les réfugiés somaliens fuyant les conflits armés, des violations flagrantes des droits ou les persécutions à entrer sur son territoire », a souligné la Représentante adjointe du HCR chargé de la protection au Yémen, Ann Maymann. "De nombreux Etats pourraient s'inspirer du Yémen. Dans le même temps, les défis sont énormes et une plus grande attention devrait être accordée à la situation humanitaire qui se déroule ici."

Le Yémen est l'un des pays les plus pauvres du monde et fait face à de nombreux problèmes. Certains Somaliens et la plupart des Ethiopiens ne restent pas, préférant essayer d'entrer en Arabie Saoudite où ils espèrent trouver du travail comme ouvriers ou femmes de ménage. "Si vous avez de l'argent, les passeurs vous conduisent en voiture en Arabie saoudite après votre arrivée au Yémen", a expliqué un migrant éthiopien. "Si vous n'avez pas d'argent, vous devez marcher à pied jusqu'à la frontière."

Sur le chemin, certains migrants et réfugiés tombent aux mains de trafiquants de personnes, qui les vendent à des fins d'esclavage sexuel et de servitude forcée en Arabie saoudite et d'autres pays au Moyen-Orient.

Le 25 septembre un tribunal d'Aden a condamné deux hommes et une femme à 10 ans de prison pour trafic d'une jeune fille somalienne en Arabie saoudite. La jeune fille a retrouvé sa mère et toutes les deux ont maintenant quitté le Yémen pour une nouvelle vie en Europe. La plupart des victimes de la traite, cependant, n'ont pas cette chance : on estime que quelque 12,3 millions de personnes à travers le monde ont été victimes de trafiquants d'êtres humains.

 

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