Chine : la dégradation des terres menace la chaîne alimentaire, selon un expert

23 décembre 2010

Alors que la Chine a fait de grands progrès économiques et sociaux ces dernières années, la dégradation des terres et le fossé grandissant entre les régions rurales et urbaines posent le problème du droit de sa population à l'alimentation, a estimé jeudi le Rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, Olivier De Schutter.

« La Chine a accompli des progrès économiques et sociaux remarquables au cours des trois dernières décennies, sortant plusieurs centaines de millions de personnes de la pauvreté et faisant progresser la sécurité alimentaire sur son territoire. Cependant, la réduction continue des surfaces arables et la dégradation massive des sols menacent la capacité du pays à maintenir les niveaux actuels de production agricole. Et le fossé croissant entre zones rurales et urbaines constitue un défi majeur pour le droit à l'alimentation de la population », a-t-il indiqué dans un communiqué, à l'issue de sa mission dans ce pays.

Selon lui, « si en quelques décennies, la Chine est parvenue à assurer son autosuffisance alimentaire et à nourrir un cinquième de la population mondiale, les progrès dans la production agricole et la concrétisation du droit à l'alimentation sont deux choses bien différentes ».

« Le droit à l'alimentation requiert en effet que les individus disposent de revenus leur permettant d'acheter de la nourriture, et que les systèmes de production soient pérennes afin de satisfaire, tant les besoins alimentaires actuels que ceux du futur », a encore ajouté Olivier De Schutter, avant d'estimer qu'il était « évident que ces deux conditions font face à d'importants défis aujourd'hui ».

Depuis 1997, la Chine a perdu 8,2 millions d'hectares de terres arables, en raison de l'urbanisation ou de l'industrialisation, des programmes de replantation des forêts et des dégâts causés par les catastrophes naturelles.

Selon Olivier De Schutter, 37% du territoire total de la Chine souffre actuellement de dégradation et la surface de terre disponible par habitant représente 40% seulement de la moyenne mondiale.

« Cette diminution des terres arables constitue une menace majeure pour la capacité de la Chine à maintenir son actuelle autosuffisance en céréales, elle alimente aussi la pression et les expulsions de terres », a-t-il déclaré, avant d'ajouter que les récentes hausses des prix alimentaires dans le pays étaient « un signe avant-coureur ».

Olivier De Schutter a également souligné l'importance de prendre en compte le changement climatique, qui pourrait entraîner une baisse de la productivité agricole de 5 à 10% d'ici à 2030, si aucune mesure d'atténuation n'est prise.

Pour conclure, le Rapporteur spécial de l'ONU a mis en avant une autre préoccupation - l'écart de revenu croissant entre les populations rurales et urbaines- qui soulève de nombreuses questions pour l'avenir, notamment celle de « l'accaparement des terres et de la situation des éleveurs nomades dans les provinces de l'Ouest ». Olivier De Schutter présentera dans l'année à venir un rapport complet sur sa visite en Chine au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à Genève.

 

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