Référendums au Soudan : inquiétude sur l'absence d'accord à Abyei

16 décembre 2010

Alors que l'enregistrement des électeurs pour le référendum d'autodétermination du Sud-Soudan s'est déroulé de manière transparente, le Conseil de sécurité s'est dit jeudi très préoccupé par la situation sécuritaire fragile et l'absence d'accord sur Abyei, une zone qui doit choisir le 9 janvier prochain, lors d'un référendum séparé, si elle souhaite être rattachée au Nord ou au Sud Soudan.

Dans une déclaration lue par la Présidente du Conseil de sécurité pour le mois de décembre, la Représentante des Etats-Unis auprès des Nations Unies, Susan Rice, le Conseil a noté avec « une grande préoccupation l'absence d'accord sur Abyei » et « engage vivement les parties à calmer les tensions croissantes ».

S'exprimant devant le Conseil de sécurité lors d'une séance consacrée au Soudan, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, a également exprimé son inquiétude sur « l'impasse actuelle sur le référendum d'Abyei ».

« Nous sommes préoccupés du manque de progrès dans l'établissement de la commission référendaire d'Abyei et dans les discussions des parties sur le statut futur d'Abyei. En dépit de quelques progrès apparents sous les auspices du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l'Union africaine, un accord n'a toujours pas été trouvé et les tensions augmentent sur le terrain », a-t-il expliqué.

« Les sensibilités politiques et les complexités historiques associées à la question d'Abyei rendent encore plus délicat pour l'une des parties de considérer des options qui pourraient être perçues par leurs constituants comme des concessions. Les parties ne peuvent pas se permettre de ne pas résoudre cette question », a-t-il ajouté.

Ses inquiétudes sont partagées par le Président du panel de l'ONU en charge de l'appui aux référendums, Benjamin Mkapa, qui a précisé au Conseil de sécurité « qu'aucun progrès n'a été constaté sur la tenue du référendum à Abyei ». Il a appelé les parties à « redoubler d'efforts pour trouver une solution durable à leurs différends ».

Pour Alain Le Roy, « dans un tel environnement, n'importe quel incident sécuritaire peut faire dérailler le processus de l'Accord de paix global » qui a mis fin il y a quelques années au conflit entre le Nord et le Sud Soudan. Parmi les problèmes à résoudre figurent « la finalisation de la démarcation de la frontière nord-sud, le déploiement des troupes loin des frontières communes et le suivi conjoint de ces zones par les deux parties afin de prévenir de possibles tensions », a indiqué Alain Leroy.

Concernant le Sud Soudan, le Conseil de sécurité s'est félicité de la conclusion du processus pacifique d'enregistrement pour le référendum qui doit se tenir le 9 janvier prochain. L'enregistrement des électeurs a eu lieu du 15 novembre au 8 décembre. Le processus s'est globalement déroulé sans perturbations ou incidents violents majeurs. Le panel en charge d'observer les référendums au Sud Soudan et dans la région d'Abyei a conclu que le processus d'enrôlement avait été transparent et exempt de manipulation organisée.

La Commission du référendum du Sud-Soudan est en train de compiler la liste des électeurs. Selon les derniers chiffres non-officiels publiés par cette Commission, 115.415 personnes ont été enregistrées dans le nord du Soudan et 2,9 millions de personnes dans le Sud Soudan, ce dernier chiffre étant basé sur les données de 60% des centres d'inscription du Sud Soudan. L'acquisition et la distribution du matériel électoral essentiel a également commencé.

« En dépit de ce calendrier serré, le succès du processus d'enregistrement est un exemple de ce que le Nord et le Sud peuvent accomplir lorsqu'ils travaillent ensemble. Il est essentiel que les parties poursuivent leurs efforts et préservent un environnement politique propice à la tenue d'un référendum libre et exempt de violences », a souligné Alain Le Roy.

« Afin d'assurer une transition sans heurts à la fin du processus référendaire et de la période intérimaire, les parties de l'Accord global de paix doivent se mettre d'accord sur des questions clefs pour la période post-référendaire incluant le partage des ressources, la gestion des capitaux et de la dette, la citoyenneté et les arrangements sécuritaires à la frontière », a-t-il recommandé.

Alain Le Roy a indiqué que le Département des opérations de maintien de la paix a planifié une éventuelle augmentation de troupes au Soudan afin de prévenir toute détérioration de la situation sécuritaire après le référendum. La Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) a déjà renforcé ses effectifs dans les points chauds de la zone. En cas de violence de grandes ampleurs, 2,8 millions de personnes pourraient être forcées à fuir des zones d'affrontements. Si un tel scenario s'avérait réel, il faudrait collecter 63 millions de dollars supplémentaires pour assister d'urgence ces populations, a souligné le Chef des opérations de maintien de la paix.

« Les résultats des référendums et des négociations sur les problèmes post-référendaires vont sans aucun doute affecter la présence des Nations Unies au Soudan », a prévenu Alain Le Roy. « Dans ce moment crucial de la mise en œuvre de l'Accord de paix global, nous encourageons les parties à résoudre leurs différends d'une manière pacifique. Le référendum du début de l'année 2011 est unique dans l'histoire du Soudan, nous exhortons toutes les parties à intensifier leurs efforts et à fournir un soutien à tous les Soudanais dans le but de tenir avec succès le référendum dans le respect du choix fait par le peuple », a-t-il conclu.

 

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