Guinée : l'ONU s'inquiète de l'usage excessif de la force par les autorités

Guinée : l'ONU s'inquiète de l'usage excessif de la force par les autorités

Forces armées guinéennes.
Le Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme (HCDH) s'est dit vendredi « profondément préoccupé par la manière dont les forces de sécurité de Guinée ont répondu à une série de manifestations qui ont suivi l'élection présidentielle du week-end dernier, faisant un usage excessif de la force et ouvrant le feu sur des manifestants non armés ».

Dans le sillage de l'annonce des résultats provisoires des élections par la Commission électorale guinéenne, des militants et sympathisants des deux principales formations politiques dirigées par Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo se sont affrontés dans différents quartiers de la capitale entre le 15 et le 17 novembre.

Selon la presse, pour restaurer l'ordre public, les forces de sécurité sont accusées par plusieurs témoins d'avoir effectué des descentes brutales dans les quartiers, perdant leur neutralité politique, et faisant un usage démesuré de la force. Ces violences se sont soldées par la mort d'au moins quatre personnes et plus de 300 blessés.

Dans un communiqué, le HCDH indique que « les agents de la Force Spéciale de Sécurisation du Processus Electoral (FOSSEPEL) et les unités « Béret rouge » ont tiré sur des manifestants à balles réelles dans plusieurs quartiers de Conakry, dont Hamdallaye, Cosa, Bambeto et Koloma ».

« Des employés du Haut Commissariat aux droits de l'homme ont été témoins de tabassages, de violences, d'arrestations et de tirs à balles réelles sur des civils non armés, de la part de Bérets rouges lourdement armés, de membres des forces de police, de gendarmerie et de la FOSSEPEL », poursuit le HCDH.

« Les agents de la FOSSEPEL ont ignoré la présence du personnel du HCDH et de journalistes internationaux sur les lieux », ajoute l'organe onusien, qui souligne que 140 civils au moins, blessés par balle, sont arrivés dans un des hôpitaux de la capitale.

Le HCDH précise encore que son personnel a compilé des données et des témoignages détaillés sur de nombreuses violations graves des droits de l'homme perpétrées entre le 15 et le 17 novembre. Il exhorte les autorités guinéennes et les forces de sécurité, les dirigeants politiques et leurs militants, « à s'abstenir de toute violence et incitation à la haine ethnique ».

Pour conclure, le Haut commissariat « invite le gouvernement de transition, qui a proclamé l'état d'urgence, à respecter scrupuleusement les normes internationales dans ce domaine ». Il l'appelle aussi à « s'assurer que les membres des forces de sécurité se conforment aux normes internationales régissant l'utilisation de la force et des armes à feu ».

De son côté, la procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a indiqué vendredi que le Bureau du Procureur observait « attentivement la situation en Guinée ».

« Suite à la proclamation de l’état d’urgence en Guinée, j’exhorte les forces de sécurité à s’abstenir de tout recours excessif à la force contre la population civile. J’encourage les dirigeants politiques à continuer d’appeler leurs partisans et leurs concitoyens au calme et à éviter les troubles », a dit Mme Bensouda.

Elle a invité les autorités guinéennes « à enquêter sur les incidents criminels qui se sont déjà produits et ceux qui pourraient se produire à l’avenir. » « Tout acte de violence sera minutieusement examiné par le Bureau en vue de déterminer si des crimes relevant de la compétence de la Cour sont commis et devraient justifier une enquête », a-t-elle ajouté.