Résistance aux antipaludéens : l'OMS réclame une meilleure surveillance

Résistance aux antipaludéens : l'OMS réclame une meilleure surveillance

Un enfant dormant sous une moustiquaire imprégnée d'insecticide.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé jeudi les pays à être de plus en plus vigilants en matière de surveillance de l'efficacité des antipaludéens pour prévenir l'émergence d'une résistance à ces médicaments.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé jeudi les pays à être de plus en plus vigilants en matière de surveillance de l'efficacité des antipaludéens pour prévenir l'émergence d'une résistance à ces médicaments.

« Un engagement politique accru pour soutenir la surveillance nationale de l'efficacité des antipaludéens est essentiel pour prévenir l'émergence accrue de la résistance à l'artémisinine », a déclaré le Dr Pascal Ringwald, du Programme mondial de lutte antipaludique au sein de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à l'occasion de la publication du « Rapport mondial sur l'efficacité des antipaludéens et la pharmacorésistance: 2000-2010 ».

Fondé sur 1.100 études conduites par les programmes nationaux de lutte antipaludique et des instituts de recherche au cours des 10 dernières années, le rapport estime que seuls 34% des pays touchées par des endémies de paludisme se conforment aux recommandations de l'OMS préconisant de surveiller systématiquement l'efficacité des antipaludéens, en premier lieu l'artémisinine et ses dérivés qui entrent dans la composition des cinq associations médicamenteuses recommandées par l'OMS pour le traitement du paludisme.

En février 2009, l'OMS avait déjà confirmé qu'une résistance à l'artémisinine était apparue à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Bien que les sujets infectés aient été guéris suite à un traitement par une association médicamenteuse comportant de l'artémisinine (ACT), leur guérison avait demandé davantage de temps.

« L'émergence de la résistance à l'artémisinine à la frontière thaïlando-cambodgienne a rappelé au monde qu'il était impératif d'en prévenir la propagation et de renforcer la surveillance pour conserver les ACT qui sont les seuls traitements efficaces dont nous disposons contre le paludisme à falciparum », a souligné le Dr Robert Newman, qui dirige le Programme mondial de lutte antipaludique de l'OMS. « Des interventions rapides seront essentielles pour maintenir les progrès enregistrés dans la lutte antipaludique et atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé », a-t-il ajouté.

Dans son rapport, l'OMS indique que des efforts visant à endiguer la propagation de la résistance à l'artémisinine sur la frontière thaïlando-cambodgienne sont déployés depuis novembre 2008. L'organisation s'inquiète en revanche de l'apparition des premiers signes d'une résistance à l'artémisinine à la frontière séparant la Thaïlande du Myanmar, ainsi que d'une éventuelle propagation de la résistance jusqu'en Afrique. « Ce phénomène s'est déjà produit dans les années 1960/70 avec des antipaludiques comme la chloroquine et la sulfadoxine/pyriméthamine », rappelle l'OMS.

« La résistance aux antipaludiques est un cancer, il faut la combattre à tous les niveaux – les pays touchés doivent être en première ligne, dans le combat contre l'émergence de la pharmacorésistance », a estimé l'un des chercheurs impliqué dans la surveillance de la zone Asie, le Professeur Nicholas J. White, de l'unité de recherche du centre Mahidol-Oxford à Bangkok.

« L'OMS doit être habilitée à prendre la direction des opérations et soutenue en cela. Il est indispensable de protéger les ACT qui constituent le meilleur traitement contre le paludisme pour des millions de personnes», a-t-il ajouté.

Depuis 1973, l'OMS a fourni un soutien aux programmes nationaux de lutte antipaludique pour qu'ils surveillent régulièrement la pharmacorésistance, en coordonnant notamment la collecte, l'analyse et la notification des données, ainsi qu'en préconisant un usage approprié des tests supplémentaires nécessaires pour confirmer une résistance.

Les spécialistes scientifiques ont continué d'enquêter sur la manière dont la résistance à l'artémisinine apparaît et les raisons particulières qui favorisent cette émergence. Selon le rapport de l'OMS, « il ne fait aucun doute que, si l'efficacité de la composante artémisinine continue de baisser, le risque de voir apparaître une résistance aux médicaments autres que l'artémisinine utilisés dans les associations va augmenter ».

En réponse aux résultats présentés dans ce rapport, l'OMS collabore avec ses partenaires à l'élaboration d'un Plan mondial d'endiguement de la résistance à l'artémisinine, qui sera publié en janvier 2011. Les efforts en matière de recherche se poursuivent également pour découvrir et mettre au point de nouveaux médicaments pour le traitement du paludisme.