Soudan : le Conseil de sécurité appelle à des référendums crédibles

16 novembre 2010
Une femme vote lors des élections générales d'avril 2010, à Juba, au Soudan.

Le Conseil de sécurité et le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, ont appelé mardi les Soudanais à organiser en janvier prochain des référendums « pacifiques » et « crédibles » sur l'autodétermination du Sud-Soudan et sur le statut de la région d'Abyei.

« Le processus d'inscription a commencé dans le sud du Soudan. Le référendum est sur les rails. Pour veiller à ce qu'il se déroule de façon ordonnée et que le peuple soudanais accepte le résultat, il est impératif que le processus soit crédible et transparent », a dit mardi le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, lors d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation au Soudan.

A deux mois des référendums, il s'est toutefois dit « préoccupé par les retards dans les préparatifs, résultant en partie de considérables déficits de financement national ».

« Tous les obstacles doivent être levés afin que la Commission électorale puisse financer ses activités; nommer, former et déployer le personnel nécessaire, et prendre des décisions importantes sans délai », a-t-il insisté devant les membres du Conseil, rappelant que les deux référendums étaient avant tout « des processus soudanais » et que l'engagement de la communauté internationale ne pouvait « se substituer à la volonté des parties à s'acquitter de leurs responsabilités ».

Si Ban Ki-moon s'est « félicité de la récente déclaration par les gouvernements du Soudan et du Sud-Soudan que le retour à la guerre n'était pas une option ». Il a rappelé « les déclarations publiques hostiles » et « les accusations de violations du cessez-le-feu », qui « risquent d'accroître l'anxiété et de provoquer des incidents isolés susceptibles de dégénérer en un conflit plus large ».

Le Secrétaire général a notamment estimé que « le potentiel d'un conflit non intentionnel est particulièrement élevé dans la région d'Abyei », en raison de la migration annuelle vers le sud des Misseriya. Ces nomades arabes craignent en effet de perdre leur accès vital à l'eau en cas de rattachement de la région d'Abyei au Sud-Soudan après le référendum de janvier.

Devant les membres du Conseil, Ban Ki-moon a ensuite expliqué que « les options pour une augmentation possible des troupes de l'ONU » étaient à l'étude, « afin d'accroître la sécurité avant, pendant et après le référendum », en particulier en ayant « la capacité de vérifier et de surveiller de possibles violations du cessez-le-feu » entre le Nord et le Sud.

Ban Ki-moon a toutefois mis en garde le Conseil, en soulignant que « la présence des troupes de l'ONU ne serait pas suffisante pour empêcher un retour à la guerre si les hostilités éclatent ». « Seul un engagement démontré par les parties à s'abstenir de déclarations incendiaires et à soutenir les mécanismes de l'Accords de paix de 2005 (ACP) réussiront à maintenir la paix », a-t-il ajouté.

« Le besoin est particulièrement aigu dans la région d'Abyei, où la confusion et les peurs liées au statut de certaines communautés après le référendum, à leurs droits d'accéder aux pâturages, aux points d'eau et de profiter du partage des revenus du pétrole, constituent un champ de mines ».

Le Secrétaire général de l'ONU a ensuite évoqué la situation au Darfour, « où il ya toujours un besoin urgent de parvenir à un règlement global et inclusif ».

S'il a salué « les mesures prises par le Mouvement justice et égalité (JEM) pour rejoindre le processus de paix de Doha » et « leur présence récente » aux discussions de haut niveau organisées dans la capitale du Qatar, Ban Ki-moon s'est dit « profondément préoccupé par les nouveaux affrontements qui se déroulent sur le terrain entre les Forces armées soudanaises et le JEM ou l'Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid ».

Qualifiant de « totalement inacceptable » l'impact de ces hostilités sur les civils, il a souligné « à nouveau le besoin urgent d'un accès complet » aux zones « où la situation humanitaire est désastreuse ».

« J'exhorte les membres du Conseil se joindre à moi pour exiger que toutes les restrictions imposées par les parties sur les déplacements de la Mission de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) et la communauté humanitaire doivent être levées », a-t-il déclaré avant de faire quatre demandes spécifiques au Conseil de sécurité.

En premier lieu, Ban Ki-moon « encourage le gouvernement et les mouvements armés à faire preuve de souplesse dans la recherche des compromis », rappelant que cela « nécessitera d'importantes concessions ».

En second lieu, il demande « aux mouvements armés qui sont en dehors du processus de Doha de le rejoindre et de démontrer, par des mesures concrètes, leur engagement aux discussions pour la paix ».

En troisième lieu, il demande « l'appui aux résultats du processus de Doha et les travaux qui suivront pour générer un consensus populaire sur les conditions de la paix ».

Enfin, Ban Ki-moon « encourage le gouvernement du Soudan à prendre des mesures concrètes pour répondre aux demandes sécuritaires de la population du Darfour », en particulier en ce qui concerne « la criminalité et l'impunité, le respect de leurs droits civils et politiques, et une aide financière pour rebâtir leur vie et rentrer dans leur maisons ».

Dans une déclaration publiée mardi par la Présidence du Conseil, les membres du Conseil de sécurité ont réaffirmé leur « ferme attachement à la souveraineté, l'indépendance, la paix et la stabilité du Soudan », ainsi qu'à « la tenue des référendums sur l'autodétermination du peuple du Sud-Soudan et sur le statut d'Abyei .

Ils ont appelé les parties prenantes de l'Accord de paix global de 2005 « à garantir des référendums libres, crédibles, organisés dans les délais prévus et qui reflètent la volonté de la population du Sud-Soudan et d'Abyei ».

Ils ont également « souligné la nécessité pour les parties de promouvoir le calme, notamment en apportant un réconfort immédiat et continu aux personnes de toutes nationalités au Soudan, y compris les Sudistes dans le Nord et les gens du Nord au Sud, que leurs droits, la sécurité et la propriété soient respectés quel que soit le résultat des référendums ». Ils appellent aussi « à la fin immédiate des déclarations menaçant la sécurité des populations vulnérables ».

Enfin, le Conseil de sécurité appelle à « un règlement pacifique, global et inclusif de la situation au Darfour ». Il « exprime sa profonde préoccupation face à la hausse des violences et de l'insécurité au Darfour, y compris les violations du cessez-le-feu par des groupes rebelles, les bombardements aériens par le gouvernement du Soudan, la recrudescence des combats tribaux et les attaques contre le personnel humanitaire et de maintien de la paix ».

Le Conseil de sécurité appelle « toutes les parties à protéger les civils et à maintenir un accès complet, sûr et sans entraves des travailleurs humanitaires aux populations dans le besoin ».

 

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