Guantanamo : l'ONU dénonce le procès d'un enfant devant un tribunal militaire

10 août 2010

Alors que s'est ouvert mardi sur la base américaine de Guantanamo le procès d'Omar Khadr devant un tribunal militaire d'exception, la Représentante spéciale de l'ONU pour les enfants et les conflits armés, Radhika Coomaraswamy, a critiqué la tenue de ce procès, rappelant que « les enfants ne doivent pas être jugés devant des tribunaux militaires ».

En 2002, à Kost, en Afghanistan, Omar Khadr, ressortissant canadien alors âgé de 15 ans et combattant dans les rangs des Taliban, aurait jeté une grenade qui a tué un soldat américain. Arrêté et transféré sur la base américaine de Guantanamo, il a passé près de huit ans en détention, avant que son procès ne s'ouvre ce mardi.

« Tous ceux qui, comme nous, s'intéressent au bien-être des enfants, dont mon collègue Anthony Lake, le Directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), ont contesté la tenue d'un procès contre un enfant de moins de dix-huit ans poursuivi pour crime de guerre », indique Radhika Coomaraswamy, dans un communiqué rendu public mardi.

La Représentante spéciale de l'ONU rappelle d'une part que les statuts de la Cour pénale internationale (CPI) stipulent clairement qu'une personne de moins de 18 ans ne peut pas être jugée pour crimes de guerre, d'autre part que devant d'autres tribunaux internationaux, les procureurs ont utilisé leur pouvoir discrétionnaire pour renoncer à poursuivre les enfants, et enfin que depuis la Seconde Guerre mondiale, aucun enfant n'a jamais été poursuivi pour un crime de guerre.

« Les enfants soldats doivent être considérés avant tout comme des victimes, d'autres procédures ayant pour finalité leur réhabilitation doivent être mises en place », insiste-t-elle, avant de souligner que même si Omar Khadr devait être jugé sur le territoire américain, « les normes de la justice pour mineurs sont claires, les enfants ne doivent pas être jugés devant des tribunaux militaires ».

Radhika Coomaraswamy estime que le procès d'Omar Khadr à Guantanamo « pourrait créer un précédent, qui risque de mettre en danger le statut des enfants soldats partout dans le monde ».

Elle rappelle également qu'au cours de la dernière décennie, « les membres de la communauté internationale ont travaillé ensemble pour protéger les enfants dans les conflits armés » et que « les États-Unis et le Canada ont ouvert la voie à la création et la mise en œuvre de ces normes ».

« Sans leur soutien, nous n'aurions pas été capables de persuader le Conseil de sécurité de créer un groupe de travail sur les enfants et les conflits armés, ni être en mesure de libérer des milliers d'enfants soldats dans le monde entier », poursuit-elle, avant de demander « instamment » aux gouvernements américain et canadien de parvenir à « une solution mutuellement acceptable sur l'avenir d'Omar Khadr, qui pourrait éviter qu'il soit reconnu coupable d'un crime de guerre qu'il aurait commis alors qu'il était un enfant ».

 

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