Kirghizistan : l'ONU dénonce un climat de terreur dans le sud du pays

20 juillet 2010

La Haute commissaire des Nations Unies aux Droits de l'homme, Navi Pillay, a indiqué mardi avoir reçu des informations selon lesquelles les forces de sécurité kirghizes étaient responsables de violations répétées des droits humains -détentions arbitraires, tortures et mauvais traitements.

Elle a estimé que de tels actes menaçaient le retour à l'Etat de droit et la paix encore fragile qui existe dans le sud du pays, six semaines après les violences interethniques qui ont fait près de 200 morts et des centaines de blessés.

« Un grand nombre de personnes –essentiellement de jeunes hommes, tous des Ouzbeks- ont été arrêtés et détenus arbitrairement, d'une manière qui ne montre pas seulement un parti pris ethnique flagrant mais qui est aussi contraire au droit kirghize et au droit international », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

« Mes équipes sur le terrain ont reçu des informations suggérant que les autorités locales ferment les yeux sur les arrestations illégales, tortures et mauvais traitements infligés à des détenus pour les forcer à des concessions », ajoute-t-elle.

Selon la Haute commissaire aux Droits de l'homme, un millier de personnes ont été détenues depuis juin dernier dans des prisons à Och et Jalalabad, les deux principales villes du sud du Kirghizistan où les violences ethniques contre la communauté ouzbèke ont été les plus intenses.

Dans son communiqué, Navi Pillay précise que les informations dont ses équipes disposent font état de personnes torturées dès leur mise en détention, par des policiers, des militaires ou des milices locales. « Nos rapports indiquent des tabassages soutenus et répétés », précise-t-elle.

Elle évoque aussi des confessions forcées de crimes que les personnes détenues n'ont pas commis, des dénonciations fausses obtenues sous la contrainte ou le payement d'importantes sommes d'argent pour pouvoir être libéré. Dans certains cas, des proches de ressortissants ouzbeks recherchées par les forces de sécurité ont aussi été arrêtés.

Dénonçant l'instauration d'un « climat de terreur », Navi Pillay regrette que de nombreuses victimes et leurs familles préfèrent aujourd'hui s'abstenir de rendre compte aux autorités des actions illégales des forces de l'ordre. Les avocats ou les défenseurs des Droits de l'homme qui ont essayé de demander justice ont également été directement menacés et dans certains cas, emprisonnés eux-mêmes.

La Haute commissaire aux Droits de l'homme demande par ailleurs en urgence aux autorités kirghizes d'assurer l'égalité d'accès aux services de santé. Selon des informations obtenues sur le terrain, des médecins refuseraient de délivrer des certificats médicaux aux personnes sujettes à des tortures ou des mauvais traitements, ainsi que des certificats de décès pour les personnes tuées lors des heurts interethniques de juin, empêchant leurs familles de demander des compensations ou d'hériter.

Des rapports font également état de la présence de plus en plus fréquente d'individus en uniforme dans les centres de soins et les hôpitaux entravant l'accès des victimes aux soins médicaux.

« Je crois que la lutte contre l'impunité pour les crimes passés, autant que le respect des droits de tout ceux qui vivent au Kirghizistan, sont nécessaires pour assurer la protection des tous, faire respecter l'Etat de droit et éviter la répétition de violences ethniques », a souligné Navi Pillay, ajoutant que « la situation actuelle met en lumière le besoin d'un suivi de l'évolution de la situation des Droits de l'homme, en particulier dans le sud du pays ».

Pour conclure, la Haute commissaire a souligné le besoin urgent « d'une enquête internationale, indépendante et impartiale sur les évènements de juin ».

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.

Suivre l'actualité : précédents articles sur le sujet

Kirghizistan : 75.000 personnes toujours déplacées dans le sud du pays

Un mois après la crise dans le sud du Kirghizistan, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a estimé vendredi que quelque 75.000 personnes y étaient toujours déplacées.