Les Droits de l'homme doivent être au centre des opérations humanitaires

15 juillet 2010

A l'occasion d'un débat organisé en marge de la réunion annuelle du Conseil économique et social (ECOSOC), des responsables de l'ONU ont insisté sur l'importance d'intégrer la protection des droits des populations affectées, en particulier des plus vulnérables comme les femmes et les enfants, à tous les stades des opérations d'urgence de l'ONU.

« Le fait que les Droits de l'homme fassent intégralement partie des réponses apportées aux situations humanitaires d'urgence est aujourd'hui largement accepté. Le problème n'est plus de savoir s'il faut une approche basée sur la protection des Droits de l'homme dans les opérations d'urgence, mais plutôt de savoir comment la mettre en œuvre le plus efficacement possible sur le terrain », a estimé la Haute commissaire adjointe aux Droits de l'homme de l'ONU, Kyung-wha Kang.

Tirant les premières leçons des opérations déployées en Haïti depuis le tremblement de terre du 12 janvier, les discussions, liées au débat organisé mercredi par l'ECOSOC sur l'assistance économique spéciale, l'aide humanitaire et les secours en cas de catastrophe, ont mis en avant la nécessité de garder à l'esprit lors de la préparation, de l'organisation et de l'exécution des opérations d'urgence, les besoins des groupes les plus vulnérable, à commencer par les femmes et les enfants.

Pour Kyung-wha Kang, les différents mécanismes de suivi et de coopération techniques, plus communément appelés « procédures spéciales », peuvent contribuer de plusieurs manières à la protection des populations, dans des situations d'urgence ou post-conflit.

Ces procédures spéciales consistent à demander à des spécialistes, indépendants et non rémunérés, comme les Experts indépendants, les Rapporteurs spéciaux, les Représentants spéciaux ou les Groupe d'experts désignés par le Conseil des Droits de l'homme de l'ONU, d'examiner, de suivre et de rendre public dans des rapports, la situation des Droits de l'homme dans un pays spécifique, une zone géographique spécifique ou sur un thème spécifique.

Selon Kyung-wha Kang, dans le cadre de ces procédures spéciales par thématiques, les activités et les mandats des ces experts peuvent offrir un cadre légal, politique et opérationnel pour que les acteurs humanitaires assurent la protection des droits des populations affectées sur le terrain.

Ces procédures peuvent également permettre d'apporter à temps des réponses et des expertises sur des problèmes tels que l'accès aux biens et aux services, le logement, la liberté de mouvement, les disparitions de personne, les violences sexuelles ou le droit à la vie. Elles peuvent enfin permettre de mettre en avant des préoccupations spécifiques quant à la protection de tel ou tel groupe de personnes, tout en apportant une expertise technique pendant le déroulement des opérations.

Et la Haute commissaire adjoint aux Droits e l'homme de l'ONU, Kyung-wha Kang, de souligner par exemple qu'à Haïti, les expertises de l'ONU sur des questions liées à l'esclavage et au trafic d'enfants, ainsi qu'aux violences qu'ils peuvent subir, ont joué un rôle essentiel pour attirer l'attention des humanitaires sur les risques accrus d'enlèvement, de violences sexuelles ou d'esclavagisme auxquels étaient exposés les enfants séparés de leur famille ou orphelins.

La Rapporteur spécial sur les violences faites aux femmes, Rashida Manjoo, a de son côté rappelé que les catastrophes naturelles et les opérations humanitaires d'urgence en zone de conflit avaient des conséquences différentes pour les hommes et pour les femmes.

« Les femmes et les enfants, en particulier les jeunes filles, voient souvent leurs droits fondamentaux, comme celui à l'intégrité physique ou celui de vivre sans subir de violences, directement menacés dés lors que survient une situation d'urgence », a-t-elle insisté lors du débat.

« Il y a souvent des risques de violences sexuelles ou d'exploitation, et leurs besoins sanitaires, notamment le libre accès à des services de santé féminine ou maternelle, sont souvent ignorés ou négligés », a encore ajouté Rashida Manjoo.

Pour elle, le mandat de « Rapporteur spécial sur les violences faites aux femmes » qui lui a été confié l'a amené à plaider en faveur d'une « assistance humanitaire intégrant la distinction des genres », afin d'éviter les effets néfastes que les opérations d'urgences complexes ou les désastres naturelles ont sur les femmes.

Intervenant à son tour, l'Expert indépendant pour la situation des Droits de l'homme à Haïti, Michel Forst, a lui aussi souligné le lien entre opérations humanitaire et protection des droits humains.

Rappelant que le séisme dévastateur à Haïti avait non seulement pris des dizaines de milliers de vies humaines, mais aussi détruit la plupart des institutions de l'Etat, garant en principe de la protection des Droits de l'homme et des groupes les plus vulnérables, il a expliqué avoir vu lui-même les mécanismes de défense des droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques profondément affaiblis par la catastrophe.

« Un large partie de la population a perdu sa maison et ses biens, mais elle a aussi perdu des documents -papiers d'identité, carte d'électeurs, diplômes, certificats de mariage et de naissances, fiches d'état civil, actes de propriété- qui sont indispensables pour faire valoir ses droits civiques et politiques », a-t-il souligné.

« Les Droits de l'homme et l'assistance humanitaire sont parfois vu comme deux priorités en concurrence, alors que les deux sont en fait étroitement liées », a-t-il ajouté, avant de conclure en rappelant que « les expériences passées ont montré que dans toutes les crises humanitaires, les Droits de l'hommes des populations étaient menacés ».

 

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