Toxicomanie record en Afghanistan, l'ONU tire la sonnette d'alarme

21 juin 2010
Un consommateur de drogue à Kaboul.

Une étude menée par l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et rendue public lundi montre que près d'un million d'Afghans âgés de 15 à 64 ans sont dépendants aux opiacés, soit 8% de la population, deux fois plus que la moyenne mondiale.

« Trois décennies de conflits armés et de violence traumatisantes, la disponibilité continue d'opiacés bons marchés et l'accès limité à des traitements médicaux ont créé un problème majeur d'addiction et de toxicomanie qui continue de s'aggraver ». C'est la conclusion tirée par le Directeur exécutif de l'ONUDC, Antonio Maria Costa, lors de la publication des résultats de cette étude.

Elle montre qu'en cinq ans, le nombre de consommateurs d'opium est passé de 150.000 à 230.000, soit une augmentation de 53%. Pour l'héroïne, les chiffres sont encore plus alarmants avec 140.000 consommateurs aujourd'hui, contre 50.000 en 2005, une augmentation de 140%.

« Le problème de la drogue en Afghanistan ne se voit plus uniquement dans les rues de Moscou, Paris ou Londres », là où est consommée une partie de l'héroïne produite dans ce pays. « Il se voit dans les yeux des citoyens afghans dépendants quotidiennement de leur dose d'opium, d'héroïne ou de la consommation de cannabis, de tranquillisants ou d'analgésiques », a souligné Antonio Maria Costa.

L'étude de l'ONUDC montre aussi que beaucoup d'Afghans commencent, ou ont commencé, à consommer des drogues dans les camps de déplacés ou de réfugiés dans lesquels les conflits à répétition les ont envoyés, notamment en Iran et au Pakistan.

« Au lieu d'alléger les souffrances, la consommation d'opiacés les renforce, en créant des problèmes de comportements, des problèmes sociaux, des problèmes de santé, de criminalité, de perte de productivité? », a rappelé le chef de l'ONUDC qui s'est aussi inquiété de la propagation du VIH/Sida et d'autres maladies sanguines, en raison des risques créés par les injections d'héroïne par intraveineuse ou les relations sexuelles consenties pour de l'argent ou de la drogue.

Plus inquiétant encore, si le rapport de l'ONUDC montre que l'augmentation de la dépendance à la drogue a suivi la même envolée que la production d'opiacés ces dernières années, elle révèle aussi que beaucoup d'adultes toxicomanes n'hésitent pas à faire consommé de la drogue à leurs enfants. Dans le nord et le sud du pays, ce serait le cas de la moitié des parents consommateurs réguliers.

« La prochaine génération d'Afghans risque d'être condamnée à une vie de dépendance. Une dépendance qui va croître exponentiellement puisqu'en Afghanistan, il y a au moins 6 enfants par famille », a mis en garde le chef de l'agence onusienne pour la drogue et le crime.

L'étude relève également le manque de traitements en Afghanistan. Seulement 10% des toxicomanes interrogés disent avoir été suivis, les autres ne l'ont jamais été mais le souhaiteraient dans leur écrasante majorité (90%).

« J'invite les nations qui soutiennent les efforts de l'Afghanistan pour enrayer la culture d'opiacés à aider aussi le pays à mettre un terme à cette crise sanitaire liée à la toxicomanie », a indiqué Antonio Maria Costa, qui a notamment demandé beaucoup plus de ressources financières pour les traitements, le suivi, la prévention?

« Beaucoup de choses ont été dites et écrites à propos de la production d'opiacé en Afghanistan et des problèmes qu'elle créait dans le monde entier. Il est temps de reconnaître que la même tragédie est en train de se dérouler en Afghanistan, devenu désormais un consommateur de sa propre production d'opium », a conclu le chef de l'ONUDC.

Par ailleurs, une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU est arrivée lundi en Afghanistan. Au cours de leur visite, cette délégation s'entretiendra avec le Président afghan Hamid Karzai, plusieurs membres du gouvernement et des représentants d'institutions publiques et de la société civile.

Des rencontres avec des membres de la communauté internationale et de la Force internationale d'assistance et de sécurité(ISAF) sont aussi programmées.

La mission du Conseil vient s'enquérir de la situation sécuritaire dans le pays, avant la tenue d'une réunion du Conseil de sécurité prévue à New York à la fin du mois.

Elle fera aussi le point sur la mise en oeuvre des résolutions du Conseil et passera en revue les problèmes d'agenda et d'organisation de la Conférence internationale sur l'Afghanistan qui doit se tenir à Kaboul dans le courant du mois de juillet.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.