L'Iran est « un cas spécial » pour le chef de l'AIEA

7 juin 2010

Alors que s'ouvre à Vienne, le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), son directeur a estimé dans son discours d'ouverture que l'Iran était un « cas spécial » pour l'agence, compte tenu de la dimension militaire de son programme nucléaire. Il l'a également appelé à agir pour se conformer à ses obligations internationales.

« L'Iran est un cas particulier parce qu'il comprend, parmi d'autres choses, des éléments liés à une éventuelle dimension militaire de son programme nucléaire », a souligné le chef de l'AIEA, Yukiya Amano, devant les 35 gouverneurs de l'AIEA, représentant les 151 États membres de l'Agence, réunis à Vienne, en Autriche.

« L'Accord iranien de garanties généralisées requiert que l'AIEA vérifie à la fois qu'il n'y a pas diversion de matière fissile déclarée pour des activités civiles et qu'il n'y a pas d'activités nucléaires non-déclarées », a-t-il poursuivit, avant de souligner la « collaboration nécessairement attendue » de Téhéran.

Pour le chef de l'AIEA, cette collaboration inclue le respect des résolutions du Conseil des gouverneurs de l'agence, le respect de celles du Conseil de sécurité de l'ONU, mais aussi la mise en œuvre du Protocole additionnel au Traité de non prolifération nucléaires (TNP), qui prévoit des mesures de contrôle de l'AIEA pour s'assurer que des activités nucléaires présentées comme civiles, n'ont pas une finalité militaire.

La semaine dernière, l'AIEA avait diffusé un rapport montrant que la République islamique avait poursuivi ses activités d'enrichissement, malgré les injonctions répétées du Conseil de sécurité de l'ONU et trois séries de sanctions. Selon ce document, l'iran avait produit, début avril, 5,7 kg d'uranium enrichi à environ 20 % et destinés, selon lui, à un réacteur de recherche médicale.

Fin mai, Téhéran avait annoncé avoir passé un accord avec le Brésil et la Turquie, prévoyant le transfert d'uranium enrichi à 20% par l'Iran vers la Turquie, en échange d'uranium hautement enrichi pour un réacteur de recherche médicale à Téhéran.

Tout en estimant que cet accord pouvait « constituer une mesure de confiance importante qui ouvre la porte à une solution négociée », le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-mon, avait demandé à l'Iran de suspendre l'enrichissement d'uranium à 20%, ce qu'il a refusé jusqu'à présent.

« J'ai appelé maintes fois les autorités iraniennes à être claires sur leur programme nucléaire, à prouver qu'il était exclusivement à des fins pacifiques et non pour des applications militaires, à respecter aussi pleinement les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU », avait insisté Ban Ki-moon devant la presse.

« Si les autorités iraniennes montrent clairement qu'elles vont pleinement collaborer avec l'AIEA et écarter toutes les craintes soulevées par leur volonté annoncée de poursuivre l'enrichissement à 20%, si elles déclaraient qu'elles renoncent à cet enrichissement, je pense que cela favoriserait la confiance mutuelle », avait-il ajouté.

En 2003, il a été prouvé que l'Iran avait dissimulé ses recherches nucléaires pendant 18 ans, contrairement à ses obligations internationales découlant de son adhésion au Traité de non prolifération des armes nucléaires.

L'AIEA a répété à plusieurs reprises qu'elle n'était pas en mesure de confirmer la finalité exclusivement civile du programme nucléaire iranien dans la mesure où le pays n'avait pas coopérer pleinement aux efforts internationaux de vérification de l'ensemble de ses sites.

Essentiellement centrées sur le dossier du programme nucléaire iranien, le Conseil des gouverneurs de l'AIEA se penchera aussi, à propos de la région du Moyen-Orient, sur la Syrie et Israël.

Dans son discours d'ouverture lundi, le Directeur de l'AIEA a en effet rappelé que la Syrie ne coopérait plus avec l'AIEA depuis juin 2008, date à laquelle elle a interdit aux inspecteurs de l'agence d'accéder au site de Deir Alzour, bombardé par Israël qui considère qu'il abrite un réacteur nucléaire. « A cause de cela, l'AIEA n'a pas été en mesure de faire des progrès que les problèmes soulevés par ces sites », a indiqué Yukiya Amano.

Le Directeur de l'AIEA est enfin revenu sur le nucléaire israélien. Après avoir rappelé que lors de sa Conférence générale, en 2009, l'AIEA avait adopté une résolution exprimant ses inquiétudes sur les capacités nucléaires d'Israël et l'appelant à rejoindre le TNP, Yukiya Amano, a expliqué qu'il attendait désormais les propositions des Etats Membres pour atteindre les objectifs fixés par la résolution.

 

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