RDC : l'ONU demande une enquête sur le décès d'un militant des droits de l'homme

3 juin 2010

L'ONU appelle les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) à lancer rapidement une enquête « transparente et indépendante » sur le décès d'un défenseur des Droits de l'homme, Floribert Chebeya, dont le corps a été retrouvé mercredi en périphérie de Kinshasa, la capitale.

Son chauffeur, Fidèle Bazana, est toujours porté disparu.

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit « choqué » en apprenant la mort « dans des circonstances obscures » du militant.

La Haute commissaire des Nations Unies aux Droits de l'homme, Navi Pillay, le Représentant spécial de l'ONU pour la RDC, Alan Doss, et le Rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Philip Alston, ont également exprimé leur profonde inquiétude face à l'augmentation des violations des droits humains en RDC.

Président depuis 1988 de l'Organisation non gouvernementale (ONG) la 'Voix des Sans Voix', Floribert Chebeya était également Secrétaire général du réseau des ONG des Droits de l'homme en RDC.

« La réputation de champion des Droits de l'homme de Floribert Chebeya lui a valu le respect et l'admiration de ses compatriotes et de la communauté internationale », a estimé jeudi Ban Ki-moon dans un communiqué.

« Depuis plus de 20 ans, il a survécu à de nombreuses menaces de mort, d'arrestations et de mauvais traitements à cause de son travail de défenseur des Droits de l'homme », a indiqué pour sa part Navi Pillay, avant d'ajouter qu'il « croyait en la cause des Droits de l'homme et, contre toute attente, n'avait pas peur de la défendre ».

La veille de la découverte du corps de Floribert Chebeya, des ONG de défense des Droits de l'homme de Kinshasa avaient signalé sa disparition, alors qu'il avait été convoqué dans un commissariat de police.

Depuis plus de 10 ans, Floribert Chebeya est un militant convaincu des Droits humains, dénonçant en particulier la corruption des militaires et les liens entre les milices et des forces politiques étrangères.

« Il était considéré par beaucoup comme un pionnier du mouvement de défense des Droits humains sous la présidence de Mobutu Sese Seko. Il a continué à dénoncer les violations de ces droits fondamentaux quand Laurent–Désiré Kabila était président et quand son fils a accédé au pouvoir », a expliqué Navi Pillay.

La Haute commissaire aux Droits de l'homme a exprimé sa « profonde inquiétude » sur l'accroissement dans le pays des « intimidations et du harcèlement des défenseurs des Droits de l'homme, des journalistes et des opposants politiques ».

Dans un rapport publié mercredi, le Rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Philip Alston, fait état d'une augmentation alarmante des violences contres les populations civiles dans la zone frontalière entre la RDC, le Soudan et de la République Centrafricaine (RCA). Ces attaques sont attribuées à l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA), aux Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), ainsi qu'à l'armée nationale congolaise.

Cette situation délétère a été pointée par les ONG à de nombreuses reprises, mais reste toujours « ignorée », déplore Philip Alston dans son rapport. « Nous avons continué à voir des opérations militaires peu planifiées et sous-équipées, la reprise d'attaques de rebelles contre des civils, l'échec de l'arrestation de criminels de guerre au sein de l'armée congolaise et des centaines de civils tués », a-t-il insisté.

Il a également appelé la Mission des Nations en RDC (MONUC) à rendre publique la « politique de conditionnalité » qui encadre la coopération entre les Casques bleus et l'armée nationale congolaise. Selon Philip Alston, il est indispenable de créer un « mécanisme indépendant en mesure d'enquêter » sur les allégations de violations des droits humains de la part des forces armées congolaises.

Ce cri d'alarme survient alors que le 28 mai dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé le retrait de 2.000 Casques bleus d'ici la fin du mois de juin 2010. Par la résolution 1925, les 15 membres du Conseil ont décidé la prorogation jusqu'au 30 juin de la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (MONUC) et approuvé une modification de son mandat à partir du 1er juillet. A cette date, elle deviendra la Mission de l'ONU pour la stabilisation de la RDC (MONUSCO).

 

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