Pakistan : Les autorités ont échoué à empêcher l'assassinat de Bhutto

15 avril 2010
L'ancienne Première ministre pakistanaise Benazir Bhutto.

Dans un rapport rendu public jeudi, la Commission d'enquête internationale sur les faits et circonstances de l'assassinat de l'ancienne Premier ministre pakistanaise Mohtarma Benazir Bhutto a estimé après plus de neuf mois d'enquête que les autorités pakistanaises n'ont pas pris les mesures adéquates pour assurer sa sécurité.

« L'assassinat de Mme Bhutto aurait pu être évité », a conclu le rapport qui a été transmis au Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon et aux autorités pakistanaises. Pour les experts de la Commission d'enquête, aucune des entités en charge de la sécurité de Mme Bhutto, parmi lesquelles le gouvernement fédéral pakistanais, « n'ont pris les mesures nécessaires pour répondre aux extraordinaires, urgentes et récentes menaces auxquelles elle faisait face ».

Dirigée par le représentant permanent du Chili, l'ambassadeur Heraldo Munoz, la Commission a commencé à enquêter en juillet 2009 sur demande du gouvernement pakistanais après l'assassinat de Mme Bhutto. Rentrée d'exil en octobre 2007 pour participer à la campagne électorale de 2008 au Pakistan, elle a été assassinée le 27 décembre 2007 au cours d'une réunion électorale par un attentat suicide perpétré par un jeune homme de 15 ans, révèle le rapport.

Mme Bhutto était menacée de mort par de nombreux groupes, notamment « Al Qaida, les Taliban, les djihadistes locaux, et potentiellement par des éléments du pouvoir pakistanais », affirme le rapport.

Le gouvernement fédéral, « pleinement informé des sérieuses menaces », n'a pas été « proactif pour les neutraliser ou garantir la sécurité proportionnée pour ce type de menace », a conclu la Commission d'enquête.

« Cela est d'autant plus grave », note le rapport, que Mme Bhutto avait fait l'objet quelques mois plus tôt « d'une tentative d'assassinat lorsqu'elle est retournée à Karachi, au Pakistan, le 18 octobre 2007 ».

Après avoir effectué plus de 250 interviews de citoyens et de responsables pakistanais et étrangers et rencontré le Président pakistanais Asif Ali Zardari ainsi que son Premier ministre, Yousaf Raza Gilani, la Commission considère que la police a « délibérément » échoué à mener une enquête efficace, « craignant l'implication des services secrets ».

« L'enquête était sévèrement gênée par les agences de renseignements et d'autres responsables du gouvernement qui entravaient la recherche de la vérité », indique le rapport. La Commission affirme également que les services secrets pakistanais ont effectué des enquêtes parallèles qui n'étaient que partiellement partagées avec la police.

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a estimé que le rapport de la Commission allait contribuer à la lutte contre l'impunité et l'application de la loi au Pakistan.

« La responsabilité d'effectuer l'enquête criminelle, de trouver les auteurs et de les amener devant la justice restent de la compétence des autorités pakistanaises », a conclu M. Ban.

 

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