L'Albanie peut faire plus contre les vendettas, selon un expert

23 février 2010

L'existence d'une mentalité qui encourage la vendetta est une préoccupation constante en Albanie, a averti mardi le Rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, Philip Alston, à la fin d'une mission de neuf jours dans ce pays.

« Les vendettas, meurtres commis par la famille de la victime contre la famille du tueur, continuent d'avoir une incidence corrosive sur la société, en particulier en ce qu'elles entraînent l'isolement volontaire des familles qui craignent pour leur vie », a-t-il dit, dénonçant également « une croyance encore très répandue dans la justesse d'une punition collective contre des membres innocents d'une famille ».

« Toutefois, le nombre de vendettas a considérablement diminué ces cinq dernières années », a-t-il ajouté, estimant que les organisations de la société civile et certains médias ont manifestement gonflé leur ampleur. Parallèlement, « les chiffres officiels, en particulier ceux concernant les enfants isolés et les familles, sont probablement trop bas ».

Philip Alston a par conséquent exhorté le gouvernement albanais à mener une enquête et une analyse du phénomène de vendetta, et à prendre des mesures plus importantes pour faciliter la réconciliation entre les familles. Il a souligné l'importance de l'éducation sur les droits de l'homme pour traiter les causes profondes de la vendetta.

«La violence contre les femmes en Albanie est omniprésente », a aussi déclaré le Rapporteur spécial, notant qu'au moins 15 femmes ont été tuées l'an dernier dans des cas de violence domestique, et qu'un tiers des femmes affirment en être victimes.

« Alors que le gouvernement a pris des initiatives importantes visant à réduire la violence généralisée contre les femmes en Albanie, il faut allouer des fonds à ces programmes », a-t-il dit, ajoutant qu'il « restait beaucoup à faire pour s'attaquer aux profonds comportements patriarcaux qui conduisent à la violence».

Durant sa mission, l'expert indépendant mandaté par le Conseil des droits de l'homme a également examiné les questions de responsabilité liées à l'explosion d'un dépôt d'armes de l'armée à Gerdec, des exécutions après la guerre du Kosovo, et des violations commises à l'époque communiste.

Des centaines de personnes auraient été torturées ou tuées en Albanie dans des camps de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). Des enquêtes du Conseil de l'Europe, du procureur serbe pour les crimes de guerre, et de la Mission Etat de droit de l'Union européenne au Kosovo (EULEX) sont en cours, mais « aucun des efforts internationaux visant à enquêter sur les violations de l'UCK en Albanie n'a bénéficié d'une coopération significative du gouvernement de l'Albanie », a-t-il déploré.

De même, le Rapporteur spécial s'est inquiété que « l'Albanie n'ait pas encore traité de façon exhaustive les violations des droits de l'homme, y compris la torture, les disparitions et les assassinats, commis sous le régime communiste ».

Il a recommandé la création par le gouvernement d'une commission nationale chargée de mener des enquêtes indépendantes et complètes sur les abus de l'époque communiste, et souhaité le libre accès des enquêteurs à tous les dossiers des services secrets.

Enfin, l'expert des Nations unies s'est dit préoccupé par le niveau élevé de corruption dans le système de justice pénale. Le gouvernement doit légiférer sur des critères de nomination dans ce domaine, a-t-il préconisé.

 

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