Une jeune Zimbabwéenne paye la liberté au prix fort

29 décembre 2009

Lorsque Tsitsi Makwiyena, âgée de 18 ans, regarde son bébé Desmond qu'elle porte dans ses bras, elle voit non seulement un petit bébé d'une semaine, mais aussi le prix élevé qu'elle a payé pour fuir son pays d'origine, le Zimbabwe, et commencer une nouvelle vie en Afrique du Sud.

Sa famille était démunie au point que Tsitsi ne pouvait pas terminer ses études au lycée. Cette jeune fille âgée de 17 ans a alors décidé de se rendre en Afrique du Sud l'année dernière en quête d'une vie meilleure et pour continuer ses études. Avec deux femmes plus âgées, elle a réussi à se faire conduire depuis le Zimbabwe vers l'Afrique du Sud, grâce à des camionneurs sud-africains, raconte le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Au point de passage de la frontière de Beit Bridge, le chauffeur du camion a promis qu'elles pourraient traverser la frontière par une brèche dans la clôture et entrer clandestinement en Afrique du Sud.

Mais la situation a mal tourné pour ces trois femmes. Après être arrivés de nuit, les camionneurs se sont arrêtés du côté zimbabwéen du pont marquant la frontière, ils les ont violées une par une et les ont laissées au bord de la route. En sang et dans une douleur inimaginable, Tsitsi et les autres femmes ont cherché de l'aide dans les environs mais elles n'ont trouvé personne.

Elles ont tout de même réussi à traverser la frontière à pied vers l'Afrique du Sud et elles ont demandé l'asile dans la ville frontalière de Musina. Tsitsi s'est ensuite rendue à Makhado, à environ 100 kilomètres plus à l'intérieur du pays.

A Makhado, elle a compris qu'elle était enceinte. Ayant d'abord songé à l'avortement, elle a ensuite reçu des soins médicaux ainsi qu'un important soutien psychologique dans un hôpital sud-africain. C'est pour cette raison qu'elle peut aujourd'hui raconter son histoire d'une voix calme.

« Avant de bénéficier d'un soutien psychologique, quand je pensais à tout ce qui m'était arrivé, je ne faisais que pleurer », a indiqué Tsitsi à un employé du HCR, après que tous les hommes aient été hors de portée de voix. « Je n'arrivais pas à parler de mon malheur sans pleurer. Maintenant je vais mieux. Désormais, je regarde vers l'avenir car je dois maintenant penser à mon bébé. »

Elle n'est plus scolarisée car elle a dû grandir dans la hâte. Il y a une chose qu'elle n'a pas eu le courage de faire, c'est raconter à sa famille restée au Zimbabwe ce qui lui est arrivé lors de sa fuite.

« J'ai entendu dire que de nombreuses filles zimbabwéennes avaient subi le même sort », a-t-elle dit. « Elles ne disent rien à leur mère au sujet de leur bébé. Je crois que si je le disais à ma mère, elle ne serait pas heureuse mais elle nous accepterait quand même. »

A Makhado, Tsitsi loue à une vieille femme zimbabwéenne une chambre minuscule. Quelque 10 à 12 personnes vivent ici, principalement des hommes seuls qui, tous, cuisinent et lavent leur linge en plein air. Malgré l'environnement difficile, Tsitsi est déterminée à réussir. « Je vais rester ici à Makhado », a-t-elle résolument affirmé, « et je vais chercher un travail. »

 

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