La FAO compte proclamer bientôt l'éradication de la peste bovine

1 décembre 2009

Au cours des 18 prochains mois, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), avec le concours d'autres partenaires, proclameront officiellement l'éradication de l'une des maladies animales les plus dévastatrices : la peste bovine.

Au cours des 18 prochains mois, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), avec le concours d'autres partenaires, proclameront officiellement l'éradication de l'une des maladies animales les plus dévastatrices : la peste bovine.

Ce sera la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'une maladie animale sera éradiquée, et seulement la deuxième fois qu'une maladie sera rayée de la planète grâce aux efforts de l'homme (la première fut la variole en 1980), a souligné la FAO dans un communiqué.

Cette victoire est l'aboutissement d'une campagne intensive sur plusieurs décennies pilotée par la FAO avec un large éventail de partenaires et visant à isoler la peste bovine en la poussant dans ses derniers retranchements, avant de lui asséner le coup de grâce.

La peste bovine est inoffensive pour l'homme mais c'est une maladie mortelle pour le bétail et les animaux à sabots dont il dépend pour se nourrir, se procurer des revenus et pour la traction animale. Les taux de mortalité durant les épidémies peuvent avoisiner les 100%.

Causée par un virus, elle se propage par contact direct ou par l'intermédiaire de matériaux contaminés. La peste bovine a anéanti des millions de bovins, de buffles, de yaks et leurs parents sauvages, causant des pertes économiques colossales et contribuant à des famine et troubles sociaux pendant des milliers d'années.

Importée d'Asie en Europe par les tribus d'envahisseurs, la peste bovine a frappé l'Empire romain en 376-386 av. J.-C. et serait soupçonnée d'avoir contribué à son déclin, voire à son effondrement. En France, des épidémies à répétition au 18e siècle ont provoqué des famines et des chutes de la productivité agricole, alimentant les agitations sociales qui ont culminé avec la révolution de 1789.

Lorsque la peste bovine fut introduite en Afrique subsaharienne à la fin du 19e siècle, elle décima 80 à 90% de tous les bovins de la région, réduisant à néant les moyens d'existence des agriculteurs et des éleveurs, causant une famine généralisée et fragilisant la région face à la colonisation européenne.

A son paroxysme dans les années 1920, la peste bovine s'étendait de la Scandinavie au Cap de Bonne Espérance et des côtes africaines de l'Atlantique à l'archipel des Philippines.

Au début des années 1980, la maladie ravageait encore les troupeaux de l'ancien monde, avec des épidémies dévastatrices en Asie du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique. A cette époque, les pertes au Nigéria se sont élevées à 2 milliards de dollars. En 1994, une flambée dans le nord du Pakistan a décimé plus de 50.000 bovins et buffles avant d'être circonscrite avec l'aide de la FAO.

Tandis que certains pays, au cours du vingtième siècle, ont accompli des progrès dans la lutte contre la peste bovine sur leur territoire, la maladie a continué à sévir et à se propager dans d'autres zones, formant des réservoirs d'où elle a réussi à s'échapper périodiquement.

Grâce à la mise au point d'un nouveau vaccin, des campagnes régionales ont été lancées dans les années 1960 pour combattre la peste bovine à plus grande échelle. Après des succès remportés initialement, ces programmes ont été généralement interrompus trop tôt, permettant à la maladie de revenir en force.

Comme la grippe aviaire hautement pathogène de la variété H5N1 ou le virus pandémique H1N1 qui sévit actuellement, la peste bovine semblait imparable.

En 1994 a été lancé le Programme mondial d'éradication de la peste bovine (GREP), au terme d'une série de consultations destinées à recueillir les recommandations des experts du monde entier. Sous la houlette de la FAO qui assurait les services du Secrétariat de coordination et avec le concours d'une kyrielle de gouvernements, d'agences et d'organisations partenaires, le GREP s'est attaché au départ à établir la réelle distribution géographique de la peste bovine, à mieux comprendre son épidémiologie et à aider les pays à affronter les situations d'urgence.

La deuxième phase comportait une action ciblée au niveau local, là où le virus était en circulation.

La FAO a acheminé des volumes importants d'assistance technique aux pays pour les aider en premier lieu à extirper les foyers, et ensuite à mettre en place les systèmes et mesures nécessaires pour éviter d'autres incursions.

Face à ces efforts concertés, la peste bovine a commencé à reculer, lentement mais sûrement. Entre 1994 et 2009, quelque 170 pays et territoires sont parvenus à éliminer la peste bovine et ont acquis la certification de l'OIE grâce au soutien du GREP.

Début 2000, le virus de la peste bovine était circonscrit à certaines parties de l'écosystème somalien, une zone couvrant le sud de la Somalie et les parties adjacentes de l'Ethiopie et du Kenya, où on trouvait encore trace de la maladie dans le sang de certaines populations animales. La toute dernière poussée endémique de la maladie a été recensée au Kenya en 2001.

A présent, le dernier réservoir semble avoir été éliminé, ouvrant la voie à un processus de certification mondiale d'éradication de la peste bovine. La FAO est résolue à achever les dernières activités de lutte l'an prochain en collaboration avec l'OIE et tous les partenaires concernés.

"Quand on y pense, ce que nous avons accompli aujourd'hui est plutôt remarquable", soutient Juan Lubroth, vétérinaire en chef à la FAO. "C'est une maladie qui a constitué le fléau le plus redouté des agriculteurs pendant des millénaires".

 

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