Après une échappée vaine, un fermier retrouve la Somalie

24 novembre 2009

Après un raid mené par des miliciens locaux contre sa maison dans le centre de la Somalie il y a cinq ans, Siidow voulait partir loin, très loin pour survivre et assurer un avenir convenable à sa famille élargie.

« J'ai été forcé d'abandonner ma maison et toutes mes possessions, y compris mes terres, après avoir subi cette attaque », a expliqué au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) ce grand-père âgé de 67 ans à Galkayo, une ville de Somalie située à des centaines de kilomètres au nord de sa maison d'Afgooye, où il était auparavant un fermier cultivant des fruits et des légumes.

Siidow n'a pas attendu longtemps pour décider de quitter Afgooye. Il a immédiatement fui avec sa femme, Maryam, laissant derrière lui huit enfants survivants et les cinq petits-enfants dont il avait la charge.

Il prévoyait de se diriger vers Bossasso, une ville portuaire animée et florissante, située en bordure du golfe d'Aden dans la région semi-autonome du Puntland, une région relativement stable du nord de la Somalie. Sur place, il pensait contacter des passeurs et les payer pour traverser le bras de mer séparant la Corne de l'Afrique du Yémen.

« Je pensais qu'effectuer cette dangereuse traversée vers le Yémen par la mer serait un pis-aller plutôt que de rester à Afgooye où des gangs pillent et violent. Je pensais que, si je réchappais aux requins, je pourrais certainement mener une vie tranquille au Yémen ou en Arabie saoudite », a indiqué Siidow.

Comme un grand nombre avant lui et d'autres encore après lui, Siidow considérait le Yémen comme une terre promise, un lieu où il pourrait trouver un emploi décent et qui serait un tremplin vers les Etats du Golfe et un travail. Il savait qu'il ne survivrait peut-être pas au voyage, mais il n'avait aucune autre alternative.

Après un long voyage exténuant par la route, Siidow et Maryam sont arrivés à Bossasso à la mi-2004 et ils ont rapidement pris contact avec des passeurs sans scrupule transportant chaque année vers la côte yéménite des dizaines de milliers de personnes en haute mer à bord d'embarcations délabrées.

Un mois après leur arrivée à Bossasso, ils ont appris qu'un bateau était prêt et qu'ils devaient payer 100 dollars par personne pour la traversée. « Nous étions plus de 300 personnes sur un bateau prévu pour seulement 60 personnes à son bord », s'est rappelé Siidow. « Nous avions été autorisés à ne prendre avec nous que quelques dates et des biscuits, car les passeurs [armés] voulaient utiliser tout l'espace disponible pour transporter des personnes. »

C'était le début d'un voyage éprouvant. Le deuxième jour, le moteur est tombé en panne et une voie d'eau s'est déclarée dans le bateau. « Les passeurs armés nous ont forcés à écoper le bateau pour l'empêcher de couler. Nous avons fait cela durant des jours, avant d'enfin arriver non loin des côtes yéménites. » Certains passagers ont été battus.

Tous les passagers ont été forcés de sauter par-dessus bord, et ce à plusieurs encablures de la côte. Siidow a tenté d'aider sa femme qui ne savait pas nager. « J'avais peur que nous mourrions tous les deux », a-t-il dit, en ajoutant qu'il était déterminé à survivre.

Ils sont arrivés sains et saufs à la plage, alors que de nombreux autres passagers, déjà éreintés par tant de jours à dériver sous un soleil brûlant, se sont noyés à cause de la houle.

La plupart des Somaliens arrivant au Yémen sont ramenés dans un centre de réception, où ils sont interviewés par le HCR avant d'être accompagnés vers un camp de réfugiés. Toutefois Siidow a réussi à échapper aux autorités et il s'est rendu dans la ville portuaire d'Aden.

« J'ai eu la chance d'y trouver des petits boulots, comme laveur de voiture ou employé chez un boucher. Après avoir travaillé durant deux mois, j'ai épargné suffisamment pour que nous partions en Arabie saoudite », a-t-il expliqué. Le couple a rejoint la ville de Jizan, au bord de la mer Rouge dans le sud-ouest de l'Arabie saoudite.

Peu après, ils se sont toutefois retrouvés non loin de leur point de départ, après un voyage en avion vers Mogadiscio, une ville en proie au conflit et située à 30 kilomètres à l'est de Galkayo, leur ville natale. A nouveau Siidow n'a pas hésité longtemps. « Nous ne pouvions pas rester à Mogadiscio, c'était trop dangereux. Nous avons immédiatement décidé de fuir vers Galkayo, en utilisant l'argent qui nous restait de notre travail au Yémen. »

La ville de Galkayo est également située au Puntland, cependant loin de la côte - et Siidow ne souhaite pas mettre à nouveau sa vie en danger pour tenter de réaliser un rêve inaccessible.

 

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