Mauritanie : L'esclavage pourrait être un frein au développement - expert

4 novembre 2009
Joueur de tambour lors d'une cérémonie pour la Journée internationale contre l'esclavage.

La question de l'esclavage pourrait être un frein au développement de la Mauritanie si elle n'est pas bien traitée, a déclaré la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les formes contemporaines de l'esclavage, y compris ses causes et ses conséquences, Gulnara Shahinian, à la fin d'une visite dans ce pays.

"Le gouvernement et les organisations de la société civile ont pris des mesures significatives pour lutter contre l'esclavage en Mauritanie. Toutefois, une approche plus globale, concertée et soutenue, traitant toutes les formes de discrimination, en relation avec la pauvreté, est requise", a-t-elle dit. "Si l'esclavage n'est pas traité, il peut être un obstacle à la stabilité, au développement durable et à la prospérité de la Mauritanie".

Lors de sa visite, l'experte de l'ONU s'est entretenue avec différentes autorités gouvernementales, organisations internationales et ONG, et a visité Atar, Rosso et Nouakchott. "Lors de mes visites, j'ai rencontré des personnes qui m'ont dit qu'elles ont été victimes de pratiques esclavagistes telles que le servage et la servitude domestique. Ces personnes avaient fui l'esclavage et ont aussi relaté le cas d'autres personnes qu'elles ont laissé derrière elles », a dit Mme Shahinian.

"Ces victimes ont déclaré qu'elles étaient totalement privées de leurs droits humains fondamentaux. N'ayant pas d'autres alternatives, elles restent volontairement dans une situation d'esclavage ou y reviennent, après avoir fui. Les femmes que j'ai rencontrées avaient le sentiment d'être les plus vulnérables, car elles subissent une triple discrimination, en premier lieu en tant que femmes, deuxièmement, en tant que mères et troisièmement comme esclaves", a-t-elle ajouté.

La Rapporteuse spéciale a félicité la Mauritanie pour avoir discuté ouvertement et abordé toutes les manifestations des formes contemporaines de l'esclavage et leurs survivances, défis et conséquences. Elle a exhorté les Mauritaniens à prendre toutes les mesures juridiques nécessaires en vue d'éradiquer toutes les formes d'esclavage. Elle a tout particulièrement salué la promulgation, en 2007, d'une loi criminalisant l'esclavage.

"Cette loi constitue un message clair que l'esclavage ne peut plus être toléré en Mauritanie. De plus, il m'a été rapporté que des cas pendants sont en train d'être instruits en vertu de cette loi", a-t-elle dit. Elle a recommandé une campagne de sensibilisation soutenue dans les zones urbaines et rurales afin que tous les Mauritaniens soient conscients de ladite loi.

"Afin que le pouvoir judiciaire puisse utiliser effectivement cette loi, je recommanderais vivement qu'elle soit amendée pour inclure une définition plus claire de l'esclavage et des programmes socio économiques, qui serviront d'incitation pour les victimes pour porter les cas devant la justice", a déclaré Mme Shahinian. "Une stratégie nationale globale et concertée portant spécifiquement sur l'esclavage et comprenant la sensibilisation, l'accès aux services de base et des activités génératrices de revenus est requise, en vue de mettre effectivement un terme à ce phénomène".

 

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