TPIY : Deux serbes de Bosnie reconnus coupables de crimes contre l'humanité

21 juillet 2009

Le Tribunal pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a condamné lundi Milan Lukić et Sredoje Lukić à la réclusion à perpétuité et à 30 ans d'emprisonnement, respectivement, pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre perpétrés dans la ville de Visegrad en Bosnie orientale, lors du conflit de 1992-1995.

Le Tribunal pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a condamné lundi Milan Lukić et Sredoje Lukić à la réclusion à perpétuité et à 30 ans d'emprisonnement, respectivement, pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre perpétrés dans la ville de Visegrad en Bosnie orientale, lors du conflit de 1992-1995.

Les deux cousins étaient poursuivis pour meurtre, torture et extermination, crimes perpétrés en particulier durant les premiers mois du conflit, selon un communiqué.

Milan Lukić a été reconnu coupable de persécutions, meurtre, extermination, traitement cruel et actes inhumains, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre commis en six occasions.

Il a été reconnu coupable d'avoir tué cinq hommes musulmans, des civils, au bord de la Drina le 7 juin 1992 ou vers cette date, et d'en avoir tué sept autres, également des civils, à l'usine Varda à Visegrad, le 10 juin 1992 ou vers cette date. Milan Lukić a été reconnu coupable du meurtre de Hajra Korić. La Chambre l'a également déclaré coupable d'avoir infligé des sévices à des détenus musulmans au camp d'Uzamnica.

Milan Lukić a en outre été déclaré responsable du meurtre de 59 Musulmans, des femmes, des enfants et des hommes âgés, dans une maison de la rue Pionirska, à Visegrad. Le 14 juin 1992, les victimes ont été enfermées dans une pièce de la maison qui a ensuite été incendiée. La Chambre a conclu que Milan Lukić avait placé un engin explosif dans la pièce, lequel a déclenché l'incendie dans la maison. Milan Lukić a abattu les victimes qui tentaient de s'échapper de la maison en flammes.

Il a également été reconnu coupable du meurtre d'au moins 60 civils musulmans dans une maison de l'agglomération de Bikavac, à Vi?egrad, le 27 juin 1992. La Chambre de première instance a conclu que Milan Lukić, accompagné d'un groupe d'hommes armés, avait contraint les civils à entrer dans une maison, en avait bloqué toutes les issues, avait jeté à l'intérieur plusieurs engins explosifs et arrosé la maison d'essence, mettant le feu à celle-ci.

Sredoje Lukić a également été reconnu coupable d'avoir aidé et encouragé des persécutions, des actes inhumains, des meurtres et des traitements cruels. Il a notamment été reconnu coupable des sévices infligés au camp d'Uzamnica et de l'incendie de la maison de la rue Pionirska, le Juge Patrick Robinson étant en désaccord sur ce dernier point. Il a été reconnu coupable, le Juge Pedro David étant en désaccord, des chefs d'accusation concernant l'incendie de la maison de Bikavac.

"Les crimes commis par Milan Lukić et Sredoje Lukić dans cette affaire témoignent d'une brutalité inouïe et d'un mépris total pour la vie humaine", a déclaré le Juge Robinson, qui présidait l'audience.

"Dans la longue et funeste histoire des crimes commis par les hommes contre leurs semblables, les crimes de la rue Pionirska et de Bikavac compteront parmi les plus odieux. À la fin du vingtième siècle, ce siècle marqué par la guerre et les massacres à grande échelle, ces atrocités se distinguent par le caractère haineux et prémédité des incendies, et par le mépris total et la brutalité à l'égard des victimes, rassemblées et enfermées dans deux maisons, impuissantes face à l'enfer qui se préparait. Ces crimes se caractérisent également par la souffrance extrême infligée aux victimes qui ont été brûlées vives."

Le procès de Milan et Sredoje Lukić s'est ouvert le 9 juillet 2008 et l'Accusation a achevé la présentation de ses moyens le 11 novembre 2008, après avoir appelé 46 témoins à la barre. La Défense de Sredoje Lukić a commencé la présentation de ses moyens le 1er décembre 2008 et l'a terminée le 2 décembre 2008, après avoir appelé à la barre trois témoins. La présentation des moyens à décharge de Milan Lukić a débuté le 17 décembre 2008 et a pris fin le 21 avril 2009, après que 28 témoins ont été appelés à la barre. La Chambre de première instance a pour sa part appelé quatre témoins. Lors des réquisitoire et plaidoiries, qui se sont tenus les 19 et 20 mai, le Procureur a requis l'emprisonnement à vie pour les deux accusés. La Défense a, quant à elle, demandé leur acquittement pour tous les chefs d'accusation retenus contre eux.

Milan Lukić et Sredoje Lukić ont initialement été mis en accusation avec Mitar Vasiljević. Ce dernier a été arrêté en janvier 2000 et condamné à 15 ans d'emprisonnement par la Chambre d'appel, dans son arrêt rendu le 25 février 2004.

Après avoir échappé à la justice pendant sept ans, Milan Lukić a été arrêté en Argentine en août 2005. Son cousin s'est rendu aux autorités serbes de Bosnie le mois suivant.

Depuis sa création, le Tribunal a mis en accusation 161 personnes pour violations graves du droit humanitaire perpétrées sur le territoire de l'ex-Yougoslavie entre 1991 et 2001 et a clos les procédures concernant 120 d'entre elles.

 

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