HCR : Des décennies en Zambie et toujours réfugié angolais

16 juillet 2009

Né en Zambie il y a 40 ans, Titus Musole est toujours considéré comme un réfugié angolais après que sa famille a quitté l'Angola en quête de sécurité – un cas qui n'est pas isolé selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

« Mon père est mort il y a longtemps et ma mère s'est mariée avec un autre homme avec lequel elle est rentrée en Angola en 2004. Pour ma part, je ne suis jamais allé en Angola », explique Titus Musole qui vit dans l'installation située dans l'ouest de la Zambie. « Je n'ai jamais souhaité retourner en Angola.... La seule patrie que je connaisse, c'est la Zambie. L'Angola est un pays étranger pour moi”, raconte-t-il dans un communiqué du HCR.

Le cas de Titus Musole n'est pas un cas isolé. L'installation de Mayukwayukwa, établie en 1966 pour accueillir les Angolais fuyant la guerre dans leur pays, accueille quelque 10 600 réfugiés, dont plus de 95 pour cent sont des Angolais. Les autres réfugiés sont originaires de la région africaine des Grands Lacs. Une étude menée l'année dernière a montré que seulement quatre pour cent d'entre eux souhaitent rentrer. Certains vivent dans ce lieu depuis 43 ans, d'autres y sont nés et y ont passé leur vie.

« En fait, ma femme est rwandaise », a indiqué Titus Musole, qui a suivi son éducation en Zambie où on parle anglais alors que la langue parlée en Angola est le portugais. Il ne voit aucune possibilité de gagner sa vie en Angola et il dit clairement qu'il ne souhaite pas rentrer dans son pays natal officiel.

Bien que le HCR ait fourni une assistance pour le retour librement consenti de 74 000 réfugiés angolais depuis la Zambie entre 2003 et mars 2007, les dernières statistiques ont démontré, pour ce mois-ci, que la Zambie accueille encore 81 000 réfugiés angolais, dont 51 000 se trouvent dans des camps et des installations. Les autres vivent en milieu urbain en subvenant indépendamment à leurs besoins.

L'étude menée en 2008 sur les intentions pour le rapatriement a établi que 7 000 réfugiés angolais, sur un total de 26 000, ont fait part de leur volonté de rentrer, avec toutefois les taux les plus bas concernant Mayukwayukwa où les réfugiés vivent depuis le plus longtemps. De ce fait, le HCR a accepté avec les gouvernements de l'Angola et de la Zambie de venir en aide à ceux qui rentrent en 2009 par leurs propres moyens – en leur versant des allocations en espèces. Toutefois l'agence ne procède plus à l'organisation de retours par voie aérienne ou par convois routiers.

Le HCR vient ainsi en aide, dans le cadre d'un effort combiné, à ceux qui rentrent en Angola et elle recherche également une solution pour un nombre important de personnes qui restent. L'objectif immédiat pour le HCR est que les réfugiés angolais puissent subvenir à leurs besoins dès que possible.

« Alors que nous fournissons une aide au retour pour les réfugiés angolais vivant dans l'installation, nous espérons que nous trouverons une solution durable pour d'autres qui souhaitent rester en Zambie. En effet, nombre d'entre eux sont nés ici ou vivent ici depuis longtemps », a indiqué James Lynch, le délégué du HCR en Zambie.

James Lynch a accompagné les Ambassadeurs du Danemark et de la Norvège à Mayukwayukwa en début de mois. Ils ont pu y assister au départ de 75 réfugiés qui avaient décidé de rentrer en Angola et ils se sont rendus compte par eux-mêmes des projets actuellement mis en œuvre dans l'installation, tout spécialement ceux qui sont financés par le Danemark dans le cadre du Projet pour le renforcement des capacités de protection. Ce projet vise à renforcer la capacité du gouvernement zambien pour protéger les réfugiés et pour trouver des solutions à plus long terme.

Les ambassadeurs ont lancé un appel urgent au HCR et aux gouvernements de la Zambie et de l'Angola pour encourager les réfugiés angolais à considérer l'alternative du rapatriement, en notant toutefois que d'autres solutions sont nécessaires pour ceux qui pourraient choisir de rester vivre définitivement en Zambie. Pour de nombreux Angolais, leur seule patrie est la Zambie, et non l'Angola.

John Mukisi, un réfugié de 38 ans, est né en Zambie cinq ans après que sa mère ait fui l'Angola et il est marié avec une Zambienne. Ce type d'intermariage est courant.

« Ma femme est zambienne et nous avons six enfants, qui sont tous des réfugiés angolais malgré la nationalité zambienne de leur mère », a-t-il dit. « Si je rentrais en Angola maintenant, je souffrirais... car ce serait comme si je devais tout recommencer à zéro. Je demande au gouvernement de me permettre de m'établir définitivement en Zambie, quel que soit le lieu où cela sera possible, car je ne suis pas prêt à rentrer. »

Chitondo Kasoka vit à Mayukwayukwa depuis la création de cette installation en 1966. Il avait 21 ans quand il est arrivé et il fuyait alors la première guerre d'indépendance de l'Angola, qui a été suivie ensuite par des décennies de guerre civile. Il gagne sa vie en vendant du poisson et du maïs. Il reste toutefois un réfugié, car il ne peut pas recevoir le statut de résident permanent dans le cadre de la législation actuelle.

« Pour moi, la Zambie, c'est ma patrie », a indiqué ce réfugié âgé de 64 ans qui parle couramment le nyanga, un dialecte parlé à Lusaka, la capitale zambienne située à 480 kilomètres à l'est de Mayukwayukwa. « Je ne connais plus rien de l'Angola. »

 

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