Choléra au Zimbabwe : Ban troublé par les dénégations du Président Mugabe

12 décembre 2008
Les enfants zimbabwéens jouent à l'extérieur de leur salle de classe.

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit vendredi à Genève troublé par la situation au Zimbabwe, où le président Robert Mugabe nie la persistance d'une épidémie de choléra alors que le nombre de morts s'accroît quotidiennement.

« Les dirigeants politiques reçoivent un mandat de leur propre population. Ils ne restent au pouvoir que pour assurer la sécurité et le bien-être de leur peuple. Avec l'épidémie de choléra au Zimbabwe et dans la région, je suis profondément troublé par la détérioration de la situation humanitaire, pour laquelle le gouvernement du Zimbabwe ne peut pas fuir sa responsabilité », a déclaré le Secrétaire général lors d'une conférence de presse.

Il a aussi souligné « le besoin de justice après les graves violations du droit international humanitaire » commises au Zimbabwe.

« J’ai rencontré le président Mugabe il y a deux semaines à Doha. Cela a été un entretien ... très long et très intense. Des discussions très tendues. Juste un tête à tête sans personne autour. J’ai choisi de le rencontrer en personne pour faire autant pression que possible. Je lui ai parlé de façon très sincère, de façon personnelle et en tant que Secrétaire général des Nations Unies, sur de nombreux thèmes y compris celui de son héritage en tant que leader politique en Afrique », a révélé le Secrétaire général en réponse à une question sur la nécessité du départ du Président du Zimbabwe, dont la récente réélection à la présidence – la sixième – a été controversée.

« Le dialogue a été difficile et ne s’est pas bien passé », a-t-il ajouté, indiquant qu’il avait pu obtenir des concessions sur l’accès humanitaire mais aucune réponse sur l’accord de partage du pouvoir du 15 septembre dernier.

« Je l’ai exhorté à respecter cet engagement, en tant que dirigeant politique et Président du Zimbabwe, et à laisser un héritage positif » ainsi qu’à prendre en compte les difficultés de son peuple qui souffre depuis trop longtemps de la tourmente politique et des conséquences humanitaires.

Selon la presse, le président Robert Mugabe a déclaré à la télévision nationale que l'épidémie de choléra était vaincue.

Or les agences des Nations Unies ont rappelé vendredi que non seulement la crise n'était pas vaincue mais qu'elle ne faisait que s'accroître. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a actuellement 16.700 cas de choléra et l'épidémie a fait 792 morts.

L'OMS a dit avoir besoin de 6 millions de dollars pour contrôler l'épidémie. De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a lancé un appel de 17,5 millions de dollars pour financer ses opérations d'urgence dans le pays pendant trois mois.

Ces opérations visent à renforcer la lutte contre le choléra, à inciter les professeurs d'école à retourner enseigner, à acheter les médicaments de base et à relancer les services sociaux et de santé, selon un communiqué.

« La situation au Zimbabwe reste grave et notre réponse doit être à la hauteur de sa gravité », selon le représentant de l'agence, Roeland Monasch pour qui cette crise représente la pire menace à la survie et au développement des enfants dans le pays depuis 20 ans, avec l'insécurité alimentaire et l'épidémie de VIH/sida.

Le choléra est une infection intestinale aiguë due à l'ingestion d'eau ou d'aliments contaminés par le bacille Vibrio cholerae. Le bacille provoque une diarrhée abondante, pouvant aboutir rapidement à une déshydratation sévère et à la mort du sujet si le traitement n'est pas administré rapidement. Des égouts non contrôlés, un manque d'assainissement dans les zones surpeuplées et un manque général d'hygiène de la part des commerçants et restaurants constituent un problème dans plusieurs régions du pays dont la capitale Harare.

L'UNICEF répond à la crise en fournissant des fluides et des kits d'hydratation, des tentes et des lits spéciaux. Il fournit aussi 470.000 litres d'eau par jour, creuse des puits d'eau potable et distribue des tablettes permettant de purifier l'eau à 3,5 millions de personnes dans le pays.

Le Fonds a envoyé une équipe de 12 experts au Zimbabwe spécialisés dans les secteurs de l'eau, l'assainissement, la santé, l'éducation, la protection des enfants et la nutrition.

 

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