Haïti : L'exclusion économique menace la stabilité politique, selon un expert de l'ONU

1 décembre 2008
Enfants haïtiens attendant devant un centre de distribution dans une petite ville près de Port-de-Paix, au nord d'Haïti.

A l'issue d'une visite de 10 jours en Haïti, le nouvel expert indépendant auprès des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans ce pays, Michel Forst, a souligné les progrès réalisés dans le domaine des droits civils et politiques mais a rappelé le lien étroit entre l'insécurité et l'extrême pauvreté.

« L'exclusion économique est une menace pour la stabilité politique en Haïti, ainsi que pour un vrai développement durable. Ainsi on ne peut penser un développement durable sans un fort soutien continu de la communauté internationale qui permettra un vrai renforcement institutionnel, seule garantie dans la mise en place de services sociaux de base au service de la population », a dit M. Forst lors d'une conférence de presse vendredi avant son départ.

Selon lui, dans le domaine des droits civils et politique, des progrès sensibles ont été réalisés avec le vote des trois lois cadres sur la réforme de la profession judiciaire, le Conseil supérieur des professions judiciaires (CSPJ) et l'indépendance de l'Ecole de la Magistrature. Mais il reste encore un long chemin à parcourir avant que le pays connaisse une chaîne pénale qui répondra aux exigences de l'Etat de droit. « A cet égard, la nomination du président de la Cour de cassation, futur président du CSPJ, serait un signal fort de la volonté politique d'avancer sur la voie de la réforme », a-t-il déclaré.

M. Forst a noté que la situation sécuritaire a progressé en Haïti, le nombre d'enlèvements a diminué, les principaux chefs de gangs ont été arrêtés mais la situation reste néanmoins précaire. « La réforme de la Police Nationale Haïtienne (PNH) et le processus de certification engagée par la PNH avec l'appui de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) constituent un test important de la volonté d'aboutir à une véritable refondation de l'un des piliers de l'Etat de droit. Les décisions qui seront prises pour écarter les éléments indésirables de la PNH, dans le respect des dispositions légales, seront autant de signes envoyés à la population d'Haïti de la volonté de restaurer l'autorité de l'Etat », a-t-il dit.

Après avoir visité les prisons de Port-au-Prince, Fort Liberté et Mirebalais, l'expert indépendant a rappelé que la surpopulation carcérale constituait à ses yeux un traitement cruel, inhumain et dégradant. « Les prévenus et les détenus sont entassés dans des cellules et doivent dormir à tour de rôle, dans des conditions qui ne sont pas acceptables. La prison c'est la privation de la liberté, mais l'ensemble des droits de l'Homme doit être garanti pour les personnes enfermées », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, de nombreux témoignages montrent que la corruption continue de sévir à tous les niveaux. L'expert indépendant a rappelé que la lutte contre la corruption figure dans les plans d'action du ministère de la Justice. Sa mise en œuvre constituerait indubitablement une avancée significative. A cet égard, la mise en place rapide de chambres spécialisées chargées de traiter de certains crimes graves à connotation politique ainsi que des crimes à caractère économique et financier serait sans aucun doute l'un des moyens de lutter efficacement contre la corruption.

Michel Forst prépare un rapport assorti de recommandations à l'intention du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies.

Il a conclu en disant qu'il tenait à « saluer la volonté du président Préval et du gouvernement dirigé par Michèle D. Pierre-Louis de travailler en bonne harmonie avec l'expert Indépendant et mettre en marche de manière résolue les réformes annoncées dans les domaines des droits civils et politiques, qui devraient aller de pair avec des programmes soutenus par les bailleurs de fonds dans les domaines des droits économique et sociaux. La ratification par Haïti du Pacte International relatif aux Droits économiques et sociaux serait à cet égard un signal fort envoyé à la communauté internationale ».

Au cours de son séjour en Haïti, M. Forst a rencontré à deux reprises le président de la République, René Préval ainsi que la Premier ministre, Michèle D. Pierre-Louis, les membres du gouvernement, des hauts magistrats et des représentants du Parlement. Il s'est également entretenu avec le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies en Haïti ainsi qu'avec des membres de la MINUSTAH et des représentants de la société civile.

Par ailleurs, le ministre haïtien de la planification et de la coopération externe, Jean Max Bellerive, et le coordonnateur résident des Nations Unies, Joël Boutroue ont signé vendredi le Plan Cadre des Nations Unies pour l'Aide au Développement (UNDAF) 2009-2011.

Les ressources de ce Plan Cadre sont programmables sur trois ans et avoisinent les 520 millions de dollars. Les Nations Unies comptent concentrer leurs interventions dans trois domaines clés: la gouvernance, le développement humain durable et la gestion de l'environnement et des risques naturels.

 

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