Alain Le Roy : 'Nous allons là où les autres ne veulent pas aller'

28 novembre 2008
Alain Le Roy, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.

Le nouveau chef des opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, qui a pris ses fonctions en août, a été immédiatement accaparé par les crises au Darfour (Soudan) et dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), deux régions où il s'est rendu en octobre et en novembre pour évaluer la situation sécuritaire et humanitaire sur le terrain.

« Je reviens de la République démocratique du Congo (RDC) où il est clair que dans l'est du pays la situation est très grave et peut encore se détériorer. Il y a d'ores et déjà près d'1,5 million de déplacés. Des combats ont lieu presque tous les jours et le nombre de déplacés augmente », explique-t-il dans un entretien au Centre d'actualités de l'ONU.

« La communauté internationale intervient de différentes manières ; d'abord par la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). Elle est présente avec ses 17.000 hommes sur l'ensemble du Congo. Certains disent que c'est beaucoup. Permettez-moi de rappeler que ces 17.000 hommes couvrent l'ensemble de la RDC. Pour mémoire, au Kosovo, l'OTAN avait engagé plus de 40.000 hommes sur un territoire 200 fois plus petit que la RDC. Les 17.000 hommes, contrairement à ce que j'entends dire, ne constituent pas la plus grande opération des Nations Unies puisque l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD), lorsqu'elle sera pleinement déployée, comptera 26.000 hommes. Le Conseil de Sécurité vient de décider à l'unanimité le renforcement de la MONUC avec 3.000 hommes supplémentaires : c'est évidemment très important pour nous aider à remplir notre mandat », ajoute-t-il.

Il note également que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et les agences des Nations Unies sont très impliqués sur toutes les questions humanitaires. Et dans le cadre du dialogue politique, le Secrétaire Général de l'ONU est très engagé et a participé au Sommet international de Nairobi.

En ce qui concerne l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD), « les problèmes administratifs connus au Soudan sont maintenant en passe d'être résolus. En revanche, l'aspect logistique reste extrêmement compliqué : la région est à 2.500 kilomètres du premier port et il y a très peu de routes pour y accéder », explique le Secrétaire général adjoint. « Je rappelle que nous avons demandé 18 hélicoptères de transport et six hélicoptères d'attaque. Et nous ne les avons toujours pas, malgré l'autorisation du Conseil de Sécurité », ajoute-t-il. Selon lui, les Etats sollicités disent qu'ils n'en ont pas de disponibles. « C'est très dommageable car cela diminue l'efficacité de la force. Nous espérons vivement que certains pays nous fourniront ces hélicoptères », dit-il.

Plus de trois mois après avoir pris ses fonctions à la tête du Département des opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy note « l'énormité de la tâche : 110.000 hommes, un budget de plus de 7 milliards de dollars ». « Je rencontre au siège de l'ONU beaucoup de gens remarquablement compétents et motivés, de très grande qualité. C'est très important. Et lors de mes missions sur le terrain, je rencontre également beaucoup de gens très dévoués et compétents. Les critiques sont parfois injustes. Nous allons là où les autres ne veulent pas aller. Nous sommes parfois des bouc-émissaires faciles. Au cours de ces visites sur le terrain, je constate au contraire que les missions, dans leur très grande majorité, se déroulent bien. J'entends dire aussi que l'ONU ouvre des missions de maintien de la paix mais n'en ferme jamais. Ce n'est pas vrai. Cette année par exemple, nous avons en avons fermé deux, la Mission en Erythrée/Ethiopie et la Mission en Sierra Leone », explique-t-il.

Dans les années qui viennent, Alain Le Roy souhaite apporter quelques changements à son Département : « D'abord, j'aimerais asseoir la réforme qui a eu lieu, la séparation entre le Département des Opérations de Maintien de la Paix et le Département d'Appui aux Missions (DFS). Je crois qu'elle s'est passée dans de bonnes conditions, il faut maintenant la stabiliser, en particulier faire en sorte que les équipes intégrées fonctionnent le mieux possible. Deuxièmement, il faut engager une réflexion sur les opérations de maintien de la paix. N'a-t-on pas atteint des limites avec 110.000 hommes sur le terrain ? Dans quels cas l'opération de maintien de la paix de l'ONU est-elle la mieux adaptée ? N'y-a-t'il pas d'autres solutions ? N'est-il pas temps de revisiter le rapport Brahimi sorti en 2000 sur les opérations de maintien de la paix ? N'est ce pas le moment de remettre à jour notre doctrine ? Est-ce que les mandats qui nous sont donnés sont toujours réalisables ? Où en est-on de la réflexion sur la protection des civils ? Et la réflexion sur la responsabilité de protéger ? Il y a un énorme travail de réflexion à mener y compris sur les cas où nous pouvons développer des partenariats, avec l'Union européenne, avec l'Union africaine. »

Selon lui, on peut ainsi se poser la question de la viabilité d'une opération de maintien de la paix en Somalie. « Les chances de succès d'une telle opération sont très faibles. L'histoire récente a montré que c'était très difficile. La meilleure solution serait sans doute une force multinationale sous mandat ONU ; cette force aurait la robustesse nécessaire pour faire face à la situation », dit-il.

 

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