Conflit en RD Congo : Ban appelle les dirigeants africains à s'impliquer

7 novembre 2008
Une femme fuyant avec son enfant dans le Nord-Kivu, dans l'Est de la RDC, fin 2008.

Le règlement du conflit dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), qui a déjà fait 5 millions de morts en 10 ans, passe par une forte implication des dirigeants africains, a estimé vendredi le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à Nairobi (Kenya).

« C'est par des discussions franches et directes entre vous, chefs d'Etats de la région que les réponses les plus efficaces [à la crise] seront trouvées », a déclaré M. Ban lors d'un sommet de l'Union africaine sur la situation dans l'est de la RDC, à Nairobi.

Ce sommet a lieu alors que les troupes rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dirigées par Laurent Nkunda ont lancé une offensive contre l'armée congolaise (FARDC) et la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) il y a deux semaines aux environs de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu. Après avoir décrété un cessez-le-feu, le CNDP a repris il y a trois jours des attaques contre un groupe composé des Patriotes résistants du Congo (PARECO) et des Mayi-Mayi. Jeudi, le CNDP a également attaqué des positions des FARDC, au nord-ouest de Goma, et vendredi matin, il y a eu des affrontements entre le CNDP et les FARDC à Kibati, a indiqué vendredi le Sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet, lors d’un point de presse à New York.

« En tant que dirigeants africains, vous avez une responsabilité historique – Il s'agit d'un moment critique pour la région des Grands Lacs et pour l'Afrique toute entière », a lancé le Secrétaire général de l'ONU.

« Les dirigeants de la sous-région devront exercer leur influence et leur autorité morale. En particulier ils devront exhorter M. Nkunda à éviter la reprise des offensives militaires, à empêcher que tout soutien lui parvienne en ce sens et à l'exhorter à revenir aux positions qu'il tenait en janvier 2008 lorsque les Actes d'engagement ont été signés », a insisté Ban Ki-moon, qui a appelé à régler aussi la question d'autres groupes armés, l'Armée de résistance du Seigneur (Lord's Resistance Army, LRA) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Le Secrétaire général s'est déclaré encouragé par les contacts bilatéraux entre la RDC et l'Ouganda, ainsi qu'entre la RDC et le Rwanda.

Il a appelé les dirigeants de la RDC et du Rwanda, Joseph Kabila (RDC) et Paul Kagamé (Rwanda), à se rencontrer dès que possible et à mettre en oeuvre les précédents accords signés afin d'empêcher une reprise de ces combats aux conséquences catastrophiques pour les populations. Il s'agit notamment de l'Accord de Lusaka de 1999, du Communiqué de Nairobi de l'année dernière et des Actes d'engagement de cette année, qui prévoient un cessez-le-feu, le désengagement des troupes et le désarmement des groupes armés.

Pour aider à trouver une solution au conflit, M. Ban a présenté son envoyé spécial pour l'Est de la RDC, l'ex-président du Nigéria Obasanjo. Avant le sommet, le Secrétaire général a eu également des rencontres bilatérales avec le Président de la RDC, Joseph Kabila, et le Président du Rwanda, Paul Kagamé. Il a aussi rencontré le Président de Tanzanie, Jakaya Kikwete, qui est actuellement le président de l'Union africaine, et le président de la Commission africaine, Jean Ping.

Lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet avec M. Obasanjo et son représentant spécial pour la RDC, Alan Doss, M. Ban s'est déclaré encouragé "par la volonté et l'engagement affichés par les dirigeants de cette région d'Afrique". "Ils ont montré un sens des responsabilités", a-t-il dit. Il a ajouté qu'il avait encouragé le Président Kabila et le Président Kagamé à poursuivre leur dialogue.

Dans son discours, le Secrétaire général a rappelé qu'au cours de la décennie écoulée, 5 millions de personnes avaient perdu la vie en RDC du fait de la guerre, de la faim, des maladies et des déplacements.

« Il s'agit d'une des pires tragédies de notre époque » et les conséquences de l'intervention des groupes armés étrangers en RDC continuent de peser non seulement sur le peuple congolais mais sur toute la région.

Ban Ki-moon a aussi rappelé que les élections de juillet 2006 en RDC avaient apporté l'espoir d'une meilleure gouvernance et de la restauration progressive de l'autorité de l'Etat sur tout le pays. Au lieu de cela, « une situation humanitaire déjà grave a empiré à cause des récents combats », a-t-il dit.

De son côté, M. Mulet a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à agir. « Nous sommes très préoccupés que la situation sur le terrain ne se détériore davantage. Il est crucial que le Conseil de sécurité examine sans plus attendre notre demande de renforts pour la MONUC faite il y a quelques semaines, soit 3000 troupes supplémentaires », a-t-il dit. Il a par ailleurs indiqué que le nouveau commandant de la force de la MONUC, le lieutenant-général Babacar Gaye, avait pris ses fonctions et se trouvait à Kinshasa, la capitale congolaise.

 

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