Myanmar : le Secrétaire général appelle le général Than Shwe à rencontrer Daw Aung San Suu Kyi

5 octobre 2007

« Je dois réitérer que le recours à la force contre des manifestants pacifiques est intolérable et inacceptable », a déclaré Ban Ki-moon lors d&#39une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation au Myanmar, en présence de son Conseiller Ibrahim Gambari.

« Plus que jamais le gouvernement du Myanmar devrait prendre des mesures décisives vers la démocratisation et le respect des droits de l'homme », a dit le Secrétaire général (webcast), qui a appelé à la libération de « tous ceux qui ont été arrêtés hors de la légalité », sans attendre.

Ce dernier a estimé « indispensable » un « dialogue ouvert entre le gouvernement et l'opposition politique ».

« Un des possibles résultats de la mission de mon Conseiller spécial est l'annonce par le gouvernement d'une éventuelle réunion entre le général en chef Than Shwe et Daw Aung San Suu Kyi », a souligné Ban Ki-moon, qui a exhorté les parties à se rencontrer aussi vite que possible.

La prix Nobel de la paix Daw Aung San Suu Kyi est assignée à résidence depuis septembre 2003, après avoir passé de nombreuses années en résidence surveillée depuis 1990, année où le parti qu'elle dirige, la Ligue nationale pour la démocratie, a remporté les élections qui ont été ignorées par la junte militaire.

Soulignant l'existence « d'une opportunité politique », le Secrétaire général a appelé à l'unité du Conseil de sécurité face à cette situation, remerciant l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) pour son soutien (dépêche du 26.09.2007).

Le Conseil des droits de l'homme s'est réuni mardi pour une session extraordinaire sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, à la demande de 17 États membres, au cours de laquelle il a adopté une résolution demandant la libération de tous les manifestants arrêtés et des prisonniers politiques (dépêche du 2.10.2007).

Selon la presse, la répression de manifestations pacifiques à Yangon aurait fait au moins 10 morts dont un journaliste étranger. Il y aurait par ailleurs plusieurs centaines de personnes arrêtées, outre près de 4.000 moines bouddhistes.

Prenant la parole à sa suite, Ibrahim Gambari, Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Myanmar, a rappelé les trois objectifs de sa récente visite dans le pays : évaluer la situation sur le terrain au lendemain des manifestations récentes ; transmettre, de la part du Secrétaire général, des messages clairs aux autorités du Myanmar au plus haut niveau ; et essayer de promouvoir le dialogue entre le gouvernement et l'opposition comme meilleur moyen de mettre fin à la crise actuelle et de parvenir à la réconciliation nationale.

Ibrahim Gambari a exhorté le gouvernement à cesser les raids de nuit et les arrestations, lever le couvre-feu au plus vite, permettre l'accès des cliniques aux blessés, retirer les forces militaires de la rue, garantir les droits de l'homme, permettre à la Croix-Rouge d'accéder aux personnes détenues et à rechercher les personnes disparues et mettre fin aux raids contre les monastères.

Il a aussi notamment souligné que « le monde n'est plus ce qu'il était il y a de cela 20 ans ». « Aucun pays ne peut se permettre d'agir en isolation, ignorant les normes qui engagent tous les membres de la communauté internationale », a-t-il souligné, estimant que les autorités devaient reconnaître que ce qui se passe dans le pays peut avoir de graves répercussions au niveau international.

Il a indiqué avoir « pu rencontrer à la fois le président du Conseil de paix et de développement, le général en chef Than Shwe, et Daw Aung San Suu Kyi, ainsi que le général de corps d'armée Thein Sein, Premier ministre par intérim, et d'autres membres du gouvernement », mais il n'a pas pu, « malgré des demandes répétées », rencontrer d'autres interlocuteurs pertinents ? notamment la Ligue nationale pour la démocratie.

Il a souligné que, selon le gouvernement lui-même, une dizaine de personnes ont été tuées, dont un journaliste japonais, plusieurs dizaines blessées et plus de deux mille arrêtées. Les estimations officieuses sont plus élevées, a-t-il toutefois noté. Le gouvernement aurait relâché 2.095 personnes arrêtées, y compris 728 moines bouddhistes.

Si les autorités ont allégué que « les manifestations avaient eu lieu à l'instigation d'une minorité d'éléments qui étaient opposés au gouvernement et bénéficiaient d'appuis extérieurs ; que les manifestations étaient limitées à Yangon et Mandalay, alors que le reste du pays était resté calme », « il est clair toutefois que les manifestations des dernières semaines étaient principalement une expression d'un mécontentement profond et largement répandu à propos des conditions socioéconomiques dans le pays », a expliqué le Conseiller.

Il a notamment cité « un appauvrissement accéléré et l'incapacité croissante des structures chargées des services sociaux de répondre aux besoins de base de la population ».

Ainsi le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) notait en 2004-2005 « qu'un tiers de la population du Myanmar vivait en-dessous du seuil de pauvreté et que 90 % de la population dépensait moins de 300 dollars par an ».

Au moment de la publication de cette étude, le PNUD prévoyait qu'une augmentation de 10 % de l'indice des prix pourrait pousser un autre tiers du pays en-deçà du seuil de pauvreté. Depuis lors, le prix du carburant a été augmenté à deux reprises et des taux d'inflation significatifs ont provoqué des hausses de prix importantes pour les aliments et autres denrées de base. On mesure aussi le taux de pauvreté global par la part que représente l'alimentation dans le budget des ménages : celle-ci atteint en moyenne jusqu'à 69 %, a-t-il souligné.

« Même si les protestations ont coïncidé avec la décision soudaine du gouvernement le 19 août d'augmenter fortement le prix du carburant, les défilés de moines dans l'ensemble du pays semblent avoir joué un rôle de catalyseur, faisant revêtir aux manifestations un caractère explicitement politique », a affirmé le Conseiller spécial.

Au plan politique, « même si le gouvernement a réussi après 14 années à mener à terme la Convention nationale le 3 septembre, et m'a assuré que la feuille de route en sept étapes jouit d'un large appui parmi la population, l'exclusion d'acteurs clefs, comme la LND, et le fait de ne pas avoir satisfait les attentes de participants essentiels, comme les groupes ethniques signataires de cessez-le-feu, ont tendance à saper la crédibilité et la légitimité de ce processus ».

Prenant la parole devant la presse à l'issue de la réunion, Ibrahim Gambari a indiqué que sa prochaine visite dans le pays devrait avoir lieu à la mi-novembre, mais elle pourrait être avancée.

Il a confirmé l'intérêt de Daw Aung San Suu Kyi et du général Tan Shwe concernant une rencontre.

Interrogé sur la disposition du régime à négocier, le Conseiller spécial a souligné le rôle critique de la Chine et de l'Inde, estimant qu'il y avait une « opportunité de dialogue ».

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.