Soudan : les enfants victimes des exactions de toutes les parties

13 septembre 2007

Les enfants continuent d&#39être recrutés par toutes les parties au conflit au Soudan en général et au Darfour en particulier, déplore un rapport du Secrétaire général qui met en lumière la responsabilité de divers groupes dans des massacres, des viols et des rapts d&#39enfants au Soudan.

« Entre le 16 juillet 2006 et le 31 juin 2007, il y a eu des progrès significatifs en ce qui concerne la libération, par l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS), des enfants qu'elle a recrutés ou utilisés pendant le conflit, mais il est encore nécessaire d'intervenir auprès des autres groupes armés affiliés aux Forces armées soudanaises et de surveiller celles-ci et les Forces de défense populaires pour faire respecter l'Accord de paix global et d'autres accords internationaux », souligne le Secrétaire général dans son dernier rapport au Secrétaire général sur les enfants

et le conflit armé au Soudan.

Ban Ki-moon y lance un appel « au gouvernement d'unité nationale et au gouvernement du Sud-Soudan pour qu'ils mettent fin au recrutement et à l'utilisation d'enfants par leurs forces armées, conformément aux dispositions du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés, que le Soudan a ratifié ».

Au Sud-Soudan, le rapport cite par exemple le cas des « forces de défense de Pibor ? précédemment alliées aux Forces armées soudanaises ? sont responsables d'avoir recruté et utilisé au moins 78 enfants, dont le plus jeune était un garçon de 6 ans ».

Au Darfour, le précédent rapport ne citait « que les forces d'opposition tchadiennes, les milices alliées au gouvernement du Soudan (Janjaouid) et l'ALS (Minni Minawi) comme recrutant et utilisant des enfants ».

Or, « d'après des sources crédibles, les forces et les groupes armés suivants ont recruté et utilisé des enfants au Darfour au cours de la période considérée dans le présent rapport : les Forces armées soudanaises, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE-faction Peace Wing), l'Armée de libération du Soudan (Minni Minawi), ALS (Abu Gasim), ALS (Faction Peace Wing), ALS (faction d'Abdul Wahid), les forces de défense populaires, les forces rebelles tchadiennes, les milices alliées au gouvernement du Soudan (Janjaouid) et les forces centrales de police ».

« Certains enfants interrogés par des observateurs des Nations Unies ont déclaré se battre depuis trois ans à l'est de Jebel Mara (Sud-Darfour). Les rapports de novembre 2006 ont confirmé que l'ALS (Abu Gasim) recrutait et utilisait des enfants. Des enfants portant l'uniforme de l'ALS (Minawi), dont certains âgés de 12 ans seulement, ont été signalés en avril 2007 à Khazan Tunjur, au sud-ouest d'El-Fasher (Nord-Darfour). En mai 2007, 13 garçons ont confirmé aux observateurs de la Mission des Nations Unies au Soudan présents sur le terrain qu'ils avaient été recrutés à des fins de combat par le groupe armé MJE-faction Peace Wing ».

« Si les Forces armées soudanaises nient avoir jamais recruté ou utilisé des enfants parmi leurs rangs, les observateurs de l'ONU et de la MUAS sur le terrain ont repéré des enfants associés tant aux Forces armées soudanaises qu'aux milices alliées », affirme le rapport du Secrétaire général.

Outre le recrutement d'enfants soldats, ce dernier dénonce le massacre d'enfants lors des combats.

Ainsi, « les pilonnages aériens de l'armée soudanaise ont entraîné le décès d'enfants. Ainsi, deux enfants âgés de 4 et 15 ans ont été tués en mai 2007 quand l'armée soudanaise a bombardé des villages du Darfour-Nord. Lors d'une série d'incidents survenus fin août 2006 dans la région de Buram (Darfour-Sud), 11 enfants au moins ont trouvé la mort lorsqu'une milice du groupe ethnique local des Habaniya, décrits comme des Janjaouid, a attaqué une cinquantaine de villages et massacré des enfants en les jetant dans des maisons en flammes. Enfin, au cours du premier semestre de 2007, des engins non explosés ont entraîné la mort de 16 personnes, pour la plupart des enfants qui gardaient le bétail, jouaient ou travaillaient aux champs ».

« Bien que les attaques qui se produisent en divers points du Darfour continuent d'entraîner la mort de civils, on ignore le nombre exact d'enfants décédés, en raison des difficultés d'accès. Il est extrêmement ardu de déterminer qui sont les auteurs de ces actes », souligne le rapport.

Enfin, le phénomène du viol est ici encore dénoncé comme une véritable arme de guerre dans le pays.

« Au Darfour, le viol est généralisé et utilisé comme arme de guerre. Il est clair que le problème est bien plus vaste que ne le laissent croire les rares cas qui ont été confirmés. Les assaillants sont généralement des hommes armés, souvent en uniforme, qui s'attaquent aux femmes et aux enfants des camps de personnes déplacées ou des villages lors de leurs déplacements liés à des activités de subsistance. Bon nombre de victimes ont identifié leurs assaillants comme étant des éléments des Forces armées soudanaises, des forces centrales de police et des Janjaouid ».

Ainsi, « le 15 avril 2007, deux fillettes du Darfour-Nord âgées de 10 et 12 ans qui rentraient chez elles après avoir travaillé à la ferme ont été abordées par deux soldats armés en uniforme vert kaki. L'un des deux a jeté la fille de 12 ans à terre et l'a violée, tandis que l'autre battait celle de 10 ans. À l'approche d'un groupe de personnes déplacées, les soldats auraient rapidement fui vers le sud, en direction du camp militaire des Forces armées soudanaises d'Oum Dereisa. Le 15 octobre 2006, à Taradona (Darfour-Nord), deux soldats de l'ALS (Minawi) ont violé une fille de 12 ans après l'avoir brutalement assaillie et battue. Cet acte a été confirmé et imputé à l'ALS (Minawi). En septembre 2006, à l'est de Jebel Marra, quatre soldats des Forces armées soudanaises ont violé une adolescente de 16 ans. L'agression a eu lieu en présence de son bébé de 6 mois, né d'un viol précédent. Ces affaires reflètent les atrocités que subissent les filles au quotidien, généralement lorsqu'elles vont chercher de l'eau, ramasser du bois ou accomplir d'autres tâches ménagères ».

« Le gouvernement d'unité nationale est responsable au premier chef du recrutement et de l'utilisation d'enfants par les Forces armées soudanaises et par toutes les forces qui sont alliées avec elles, tandis que le gouvernement du Sud-Soudan est responsable au premier chef du recrutement et de l'utilisation d'enfants par l'APLS. L'un et l'autre doivent faire le nécessaire pour mettre fin à ces pratiques et pour démobiliser sans tarder les enfants qui sont dans leurs rangs », affirme le Secrétaire général dans son rapport.

À cet égard, il salue le plan d'action concernant le recrutement et la réintégration des enfants convenu par l'ALS/Minawi avec l'UNICEF et invite les signataires à appliquer cet accord sans délai afin de faciliter la démobilisation des enfants et leur retour dans leur famille.

Ban Ki-moon exhorte enfin « toutes les parties au conflit au Darfour ? signataires ou non de l'Accord de paix ? à prendre des mesures concrètes pour s'acquitter de l'engagement qu'elles ont pris auprès de ma Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés de mettre fin aux violations graves des droits de l'enfant ».

 

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