PNUE : la dégradation environnementale, source de tensions et de conflits au Soudan

22 juin 2007

Un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l&#39environnement fait un bilan de la dégradation de l&#39environnement au Soudan et souligne qu&#39il est peu probable que le Soudan ne connaisse une paix durable si ce phénomène en rapide accélération n&#39est pas enrayé au plus vite.

“Une nouvelle évaluation du pays, y compris la région du Darfour en proie à des troubles, indique que l'effritement rapide des services environnementaux dans plusieurs zones clés du pays constituent l'une des causes profondes à l'origine des décennies d'agitation sociale et de conflits”, affirme un communiqué du PNUE publié aujourd'hui à Genève et à Nairobi.

L'investissement dans la gestion environnementale, financé par la communauté internationale et à partir des revenus assurés par l'essor naissant des exportations de pétrole et de gaz du pays, jouera un rôle capital dans l'édification de la paix, constate le rapport.

Les questions les plus préoccupantes sont la dégradation des terres, la désertification et l'expansion du désert vers le sud, celui-ci ayant progressé de 100 km en moyenne au cours des quatre dernières décennies.

Ces problèmes sont liés à divers facteurs, dont le surpâturage en sol fragile par un cheptel dont les effectifs ont connu une augmentation spectaculaire, passant de près de 27 millions d'animaux à environ 135 millions aujourd'hui.

Un grand nombre de zones sensibles traversent également une « crise de déboisement », qui a entraîné la perte de près de 12% du couvert forestier du Soudan en 15 ans seulement. En fait, il se peut que certaines régions subissent une perte totale de leur couvert forestier dans les dix prochaines années.

Par ailleurs, on a de plus en plus de preuves témoignant d'un changement climatique régional à long terme dans plusieurs régions du pays. Ce fait est attesté par la diminution très irrégulière, mais marquée, des précipitations, qui est particulièrement évidente dans les états du Kordofan et du Darfour.

Au Nord-Darfour, par exemple, les précipitations ont diminué d'un tiers au cours des 80 dernières années, constate le rapport du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et de son antenne chargée de la gestion post-conflit et post-catastrophe naturelle.

L'ampleur des changements climatiques relevés au Nord-Darfour est sans précédent et ses impacts sont étroitement liés au conflit dans la région, car la désertification a considérablement aggravé les pressions sur les moyens de subsistance traditionnels qui reposent sur l'agriculture et de l'élevage.

En outre, « les changements climatiques prévus risquent de réduire encore la production alimentaire en raison de la diminution des précipitations et de la variabilité accrue, en particulier dans la ceinture du Sahel. D'après l'évaluation post-conflit du Soudan, une baisse de jusqu'à 70% du rendement des cultures est prévue dans les régions les plus vulnérables ».

« Ce rapport présente l'ampleur et les nombreux facteurs de la tragédie du Soudan -- tragédie qui se déroule depuis des décennies, affectant la vie de millions de gens et de milliers de communautés », a affirmé Achim Steiner, Secrétaire-général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement.

« Toutefois, la signature d'un accord de paix global en 2005 et les événements récents, y compris la décision de déployer une force de maintien de la paix Union africaine-ONU au Darfour, offrent une chance réelle de bâtir un avenir différent pour le peuple soudanais », a-t-il ajouté.

« Il est néanmoins clair que la manière dont l'environnement sera réhabilité et géré au Soudan aura une très forte incidence sur cet avenir et sera déterminante en ce qui concerne le maintien de la paix. La tragédie du Soudan n'est pas seulement la tragédie d'un pays d'Afrique, c'est une fenêtre sur le reste du monde qui met en évidence la manière dont des problèmes tels l'épuisement incontrôlé des ressources naturelles, comme les sols et les forêts, conjugués à des impacts comme les changements climatiques, peuvent déstabiliser les communautés, voire même des nations entières », a observé M. Steiner.

Les tensions et les conflits au Darfour font actuellement les gros titres, mais le rapport signale le risque de voir dans d'autres régions du Soudan une reprise des conflits historiques, ravivés en partie par le déclin des services environnementaux, selon le PNUE.

C'est tout particulièrement le cas de certaines zones à la frontière nord-sud. Dans la région des monts Nouba au Sud-Kordofan, par exemple, la tribu autochtone des Nuba a exprimé son inquiétude quant aux dommages subis par les arbres et autre végétation en conséquence de la présence récente de la tribu Shanabla, qui vit de l'élevage des chameaux. Comme bien des gardiens de troupeaux, les Shanabla ont été contraints de migrer vers le sud à la recherche de pâturages adéquats, détruits au nord par l'expansion agricole et la sécheresse. Certains Nuba ont menacé de « redémarrer la guerre » s'il n'était pas mis fin à ces dégâts.

L'évaluation, qui a été demandée par le nouveau gouvernement d'union nationale et le gouvernement du Sud-Soudan et réalisée en collaboration avec eux, fait un grand nombre de recommandations diverses.

Parmi celles-ci figurent l'investissement dans la gestion environnementale, y compris des mesures d'adaptation au climat ; le renforcement des capacités des gouvernements national et local dans le domaine de l'environnement et l'intégration des facteurs environnementaux dans tous les projets d'aide et de développement des Nations Unies.

« Le coût total de la mise en oeuvre des recommandations de ce rapport est estimé à environ 120 millions de dollars sur une durée de trois à cinq ans. Ce chiffre n'est pas exorbitant si on le compare au PIB du Soudan, qui s'élevait à 85,5 milliards de dollars en 2005 », constate l'étude du PNUE.

 

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