La CPI ouvre une enquête sur des viols en masse en République centrafricaine

22 mai 2007

Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a annoncé aujourd&#39hui sa décision d&#39ouvrir une enquête sur les exactions commises en République centrafricaine entre 2002 et 2003, dont de nombreux viols commis dans le cadre d&#39un conflit armé entre le gouvernement et des forces rebelles.

« Mon Bureau a analysé avec attention des renseignements provenant de sources diverses. Nous pensons que des crimes graves relevant de la compétence de la Cour ont été commis en République centrafricaine. Nous allons mener notre propre enquête de façon indépendante, rassembler des preuves et poursuivre les principaux responsables », a affirmé le Procureur de la CPI un communiqué publié aujourd'hui à La Haye.

« Une analyse préliminaire des crimes présumés a mis en évidence qu'un pic de violence et de criminalité fut atteint en 2002 et 2003. Des civils furent tués et violés, des maisons et des commerces pillés. Les crimes présumés se sont produits dans le contexte d'un conflit armé entre le gouvernement et des forces rebelles », a-t-il ajouté.

Selon la CPI, c'est la première fois que le Procureur ouvre une enquête dans laquelle les allégations de crimes sexuels excèdent largement le nombre d'assassinats présumés ».

Luis Moreno-Ocampo affirme que « les allégations de crimes sexuels sont précises et étayées. Les renseignements dont nous disposons laissent à penser que des viols ont été commis dans des proportions telles qu'il est impossible de les ignorer au regard du droit international. »

« Des centaines de victimes de viol ont fait connaître leur histoire personnelle, rapportant des crimes commis avec une particulière cruauté. Des compte rendus de ces récits sont parvenus jusqu'au Bureau du Procureur. Les victimes décrivent les viols subis en public, les actes de violences commis par plusieurs agresseurs, les viols en présence de membres de leur famille et les autres violences qu'elles ont endurées lorsqu'elles offraient une résistance. De nombreuses victimes ont été par la suite rejetées par leurs familles et leurs communautés ».

« Ces victimes demandent justice » souligne M. Moreno-Ocampo.

Le communiqué rappelle que le gouvernement de la République centrafricaine a déferré la situation au Procureur.

« La Cour de cassation, l'instance judiciaire la plus élevée du pays, a par la suite confirmé que le système judiciaire national était dans l'incapacité de mener les procédures complexes nécessaires à l'enquête et aux poursuites concernant les crimes présumés. Cette décision est un élément important car selon le Statut de Rome, la CPI est une instance de dernier recours et n'intervient que dans les situations dans lesquelles les autorités judiciaires nationales ne peuvent ou ne veulent engager des procédures véritables ».

Pour aboutir à la décision d'ouvrir une enquête, le Bureau du Procureur a examiné les informations fournies par le gouvernement dans le cadre du renvoi, mais aussi par des organisations non gouvernementales (ONG), des organisations internationales et d'autres sources bien informées. Les enquêteurs travaillant au Bureau du Procureur vont maintenant commencer à recueillir des éléments de preuve, en se concentrant sur la période pendant laquelle un pic de violence fut atteint. L'enquête ne vise aucun suspect en particulier à ce stade et sera guidée exclusivement par les preuves qui apparaîtront.

En parallèle de l'enquête portant sur les crimes qui auraient été commis en 2002-2003, le Bureau continue de porter attention à la situation actuelle en République centrafricaine. Des rapports inquiétants font état de violence et de crimes commis dans le nord du pays, aux confins du Tchad et du Soudan (dépêche du 4.04.2007).

La CPI mène par ailleurs des enquêtes dans le nord de l'Ouganda, en République démocratique du Congo (RDC) et dans la province soudanaise du Darfour (dépêche du 9.10.2006).

 

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