John Holmes décrit une situation humanitaire chaotique en Somalie, en amélioration en Ouganda

21 mai 2007

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d&#39urgence a souligné aujourd&#39hui que la Somalie connaissait actuellement l&#39une des pires situations humanitaires dans le monde alors que dans le nord de l&#39Ouganda, elle est « plus encourageante ».

S'exprimant devant le Conseil de sécurité, lors d'une séance consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs et dans la Corne de l'Afrique, John Holmes a commencé par faire rapport de sa récente visite écourtée en Somalie (dépêche du 14.05.2007).

Il a notamment expliqué qu'il n'avait pu se rendre à Jowhar en raison de l'explosion qui a eu lieu quelques minutes après son arrivée.

« Je ne crois pas que l'ONU ou la communauté internationale était la cible de ces attaques. Elles visaient plutôt à discréditer tout avis selon lequel la guerre était finie », a-t-il déclaré.

« Les combats qui ont secoué Mogadiscio au mois d'avril ont causé des centaines de morts et de blessés et le déplacement de presque 400 000 personnes dont la grande majorité n'a pas encore regagné la ville », a-t-il ajouté, soulignant que « ces personnes déplacées vivent dans des conditions déplorables caractérisées par un manque d'accès à la nourriture, à l'assainissement, à l'eau potable, au logement et aux soins médicaux ».

« Plus de 30 000 cas de diarrhée dans le sud de la Somalie ont été signalés et on compte déjà près de 1 000 morts », a-t-il indiqué.

Le Secrétaire général adjoint a aussi rappelé que le travail du personnel humanitaire a été considérablement limité, entre autres, par les directives édictées par le gouvernement fédéral de transition.

« Au cours des dernières semaines, des progrès ont été accomplis grâce à une coopération accrue avec les autorités », a-t-il assuré, affirmant que l'assistance humanitaire est ainsi parvenue à quelque 290 000 personnes mais qu'elle n'est toujours pas à la hauteur des besoins.

« Dans certaines régions, par exemple, il y a des points de contrôle tous les 10 kilomètres dont le droit de passage se chiffre parfois à 100 dollars », a-t-il dit.

Ayant approché les autorités dont le Président et le Premier Ministre, John Holmes a regretté le désaccord sur la gravité de la crise. Elles ont prétendu que seulement 30 000 à 40 000 personnes avaient été déplacées par les combats et qu'elles étaient revenues.

Le Secrétaire général adjoint a attiré leur attention sur le sort de près de 250 000 déplacés qui ont fui la capitale dont les conditions rendent leur retour difficile. Le gouvernement, a-t-il regretté, n'a offert aucune solution durable.

Il a également exprimé sa préoccupation face aux violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire pendant les derniers combats. Tout en rejetant ces allégations, le Président somalien a accepté une visite du Haut Commissariat aux droits de l'homme, a-t-il rapporté.

Après avoir mis l'accent sur les efforts accrus des organismes des Nations Unies, le Secrétaire général adjoint a lancé un appel aux donateurs pour qu'ils débloquent les fonds nécessaires. Mais, a-t-il dit, la seule solution demeure le retour de la stabilité qui exige de redoubler d'efforts en faveur du dialogue politique et de la réconciliation entre les principaux partis politiques et les autres groupes.

« Cela exige le retrait des troupes éthiopiennes et le plein déploiement de la force de l'Union africaine », a-t-il plaidé.

Concernant la situation dans le nord de l'Ouganda, le Secrétaire général adjoint a estimé qu'en offrant tout le soutien nécessaire au processus politique de Juba, le gouvernement ougandais et la communauté internationale ont désormais l'occasion de résoudre une des plus grandes urgences humanitaires en Afrique.

« Quelque 1,6 million de personnes demeurent cependant dans les camps même si par rapport à 2004, ce chiffre, qui était de 2 millions, a fortement diminué », a-t-il rapporté.

Toutefois, ces mouvements ne sont pas encore massifs ou irréversibles. Dans la sous-région d'Acholi, près des trois quarts des 1,1 million de personnes déplacées restent dans leurs camps d'origine. Un quart se trouve maintenant dans de nouveaux sites, situés près de leurs villages, où un certain nombre de ces personnes se rendent quotidiennement.

À Lango, la situation est plus encourageante, a estimé le Coordonnateur, puisque seulement un quart des 466 000 personnes déplacées restent dans leur camp, tandis que les autres –environ 35 000– sont déjà de retour chez eux. Il est important, a-t-il souligné, que le processus du retour continue de s'appuyer sur des choix informés et libres des personnes déplacées elles-mêmes.

Dans le district de Kitgum, dans la sous-région d'Acholi, M. Holmes a déclaré qu'il avait visité le nouveau camp de Labworomor, dont les résidents lui ont dit qu'ils ne se sentiraient pas assez en sécurité pour rentrer chez eux tant qu'un accord final n'aurait pas été conclu avec l'Armée de résistance du Seigneur.

Ils ont également confié que leur retour ne pourrait pas s'effectuer tant que des services de base ne seraient pas rétablis. C'est le même message qu'ont donné les personnes déplacées du camp de Namokora, qui sont au nombre de 17 000.

Pour John Holmes, cette situation pose un triple défi: tout d'abord, la communauté internationale doit continuer de fournir une aide humanitaire vitale pour 1,6 million de personnes qui se trouvent encore dans leurs camps. Ensuite, ces personnes qui ont soit quitté leurs camps pour de nouveaux sites, soit sont de retour chez elles, ont besoin non seulement de produits alimentaires et d'ustensiles, mais aussi des services d'eau et d'assainissement, des soins de santé et de programmes éducatifs.

Enfin, les personnes de retour chez elles ont un cruel besoin d'un minimum de soutien de base pour les premières phases de leur installation, ainsi que d'une aide au développement et à la reconstruction, indispensable pour relancer l'agriculture.

« La coexistence de ces trois dimensions, souvent à proximité les unes des autres, a créé une situation complexe qui exige une approche coordonnée », a souligné John Holmes, rappelant qu' « il faudrait tenir compte des questions de droits de la terre, de la démobilisation et de la réinsertion des ex-combattants, du sort des groupes les plus vulnérables et de la présence de mines terrestres ».

Il a insisté sur la nécessité d'accentuer la transition de la phase de secours à celle du développement, « un domaine dans lequel la communauté internationale ne s'est guère distinguée jusqu'à présent ».

Un tel effort ne pourra pas se poursuivre sans des contributions significatives, a affirmé le Coordonnateur, qui a regretté que l'Appel humanitaire lancé cette année en faveur de l'Ouganda n'ait atteint que 50% du montant escompté.

Le succès du processus de paix est la clef de la réussite, a-t-il enfin déclaré.

John Holmes a aussi pris la parole devant la presse, à l'issue de la réunion du Conseil de sécurité (webcast).

 

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