Le Conseil de sécurité divisé sur la question du Kosovo

10 mai 2007

Si le dernier rapport de la mission du Conseil de sécurité sur le Kosovo affirme à nouveau que « les positions des parties demeurent très éloignées » sur la proposition d&#39un Kosovo indépendant sous supervision internationale, force est de constater que la question divise le Conseil lui-même, où l&#39Europe et les Etats-Unis souhaitent éviter une déclaration unilatérale d&#39indépendance, tandis que la Russie réclame la poursuite des négociations.

« Les autorités de Belgrade et tous les interlocuteurs serbes du Kosovo se sont déclarés fermement opposés à la proposition de règlement [de l'Envoyé spécial de l'ONU, Martti Ahtisaari] et ont rejeté toute solution qui entraînerait une forme quelconque d'indépendance », rappelle le rapport de la mission du Conseil de sécurité publié et présenté aujourd'hui lors d'une séance publique par son chef, Johan Verbeke, de la Belgique (webcast).

« Tous ont appelé de leurs voeux une solution fondée sur un authentique compromis, qui serait obtenu à l'issue de nouvelles négociations entre les parties, et ont reconnu que le statu quo n'était pas viable », ajoute le rapport.

Mais de l'autre côté, « les représentants des Albanais du Kosovo et des autres communautés non serbes, pour leur part, ont manifesté leur appui clair et sans équivoque à la proposition de règlement pour le Kosovo et à la recommandation concernant le statut futur du Kosovo », « estimant qu'il n'était pas nécessaire de poursuivre les négociations entre les deux parties ».

A ce stade, estime néanmoins le rapport, la récente mission du Conseil de sécurité sur le terrain a permis au Conseil « de recueillir des informations de première main ».

A l'issue de la réunion de ce matin à l'ONU, le président du Conseil de sécurité, l'ambassadeur des Etats-Unis, Zalmay Khalizad, a déclaré « soutenir le rôle moteur de l'Union européenne dans la mise en oeuvre du plan de Martti Ahtisaari, s'il était adopté par le Conseil de sécurité » (webcast).

« La Serbie comme le Kosovo visent l'intégration dans l'Union européenne, mais pour y parvenir, une indépendance supervisée par la communauté internationale est nécessaire », a estimé le représentant des Etats-Unis, qui a précisé qu'il travaillerait à la rédaction d'une résolution dans les prochains jours.

En réponse à une question, Zalmay Khalizad a affirmé « qu'il existait une majorité au sein du Conseil en faveur de l'adoption du plan de l'Envoyé spécial pour le Kosovo ».

« L'état d'esprit est à l'ouverture vis-à-vis du renforcement des dispositions quant au retour des personnes déplacées », a-t-il souligné en référence à un point soulevé par la Russie.

« Notre visite en Europe nous a appris que le maintien du statu quo pourrait conduire à une déclaration unilatérale d'indépendance, ce qui ne serait pas satisfaisant », a dit le représentant américain.

« C'est un choix difficile », a-t-il estimé, rapportant que « si la Fédération de Russie avait exprimé un point de vue clair, elle n'avait pas encore évoqué la possibilité du veto ».

Pour sa part, le Représentant permanent de la Fédération de Russie à l'ONU, Vitaly Churkin, a estimé « qu'avant de prendre une décision sur les propositions de Martti Ahtisaari, il faudrait déterminer si les Normes pour le Kosovo ont été mises en oeuvre » (webcast).

Sur ce point, le rapport du Secrétaire général souligne que « les institutions provisoires d'administration autonome et la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) ont accompli d'importants progrès s'agissant de l'application des normes pour le Kosovo, notamment en établissant des institutions provisoires qui sont opérationnelles et fondées sur les principes de l'appropriation et de la responsabilité », mais que « beaucoup reste encore à faire pour que les normes soient entièrement appliquées ».

« Dans ces conditions » a dit Vitaly Churkin devant la presse, « il n'est pas possible d'avancer, surtout si les parties ne sont pas d'accord, et il faut poursuivre les négociations ».

A la question de savoir si la Russie était prête à faire jouer son veto, Vitaly Churkin a souligné qu'il s'agissait d'une question « très importante » au niveau international.

« C'est la première fois que l'on propose à une région autonome d'accéder à l'indépendance », a-t-il affirmé.

Interrogé par ailleurs sur la question du retour des Serbes du Kosovo déplacés, il a souligné que l'idée selon laquelle ils préfèreraient ne pas revenir au Kosovo était « absurde », et que l'accélération de ces retours, qui ne représentent que 5% des déplacés, était urgente.

Enfin, à la question de savoir si la Russie redoutait les effets du maintien du statu quo, Vitaly Churkin a souligné que son pays était « prêt à accepter le transfert des responsabilités de l'ONU à l'Union européenne, ainsi que certains éléments du plan d'Ahtisaari ».

« Nous ne sommes pas pour la stagnation », a-t-il dit, ajoutant qu'il fallait « lancer le signal selon lequel la violence ne serait pas tolérée ».

 

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