Guinée-Bissau : les tensions politiques et sociales persistent alors que l&#39économie se détériore

22 mars 2007

Le climat politique en Guinée-Bissau est marqué par des différends de plus en plus profonds dans un contexte économique très fragile, affirme le Secrétaire général dans son dernier rapport au Conseil de sécurité.

Le climat politique en Guinée-Bissau est marqué par des différends de plus en plus profonds dans un contexte économique très fragile, affirme le Secrétaire général dans son dernier rapport au Conseil de sécurité.

« L'appui international est certes important, mais le gouvernement doit continuer à montrer la voie s'il veut que les réformes aboutissent », rappelle le document publié aujourd'hui et qui porte essentiellement sur l'évolution de la situation depuis le dernier rapport de Kofi Annan, le précédent Secrétaire général, daté du 6 décembre 2006.

Le rapport fait état de graves dissensions entre « d'une part, les députés qui soutiennent le gouvernement et, d'autre part, les partisans du président de l'Assemblée nationale », des dissensions qui couvent « depuis la chute en novembre 2005 du précédent gouvernement PAIGC dirigé par Carlos Gomes ».

« Le 4 janvier 2007, le commandant Lamine Sanhá, un ancien chef d'état-major de la marine et fidèle du chef de la junte militaire assassiné, Ansumane Mané, s'est fait tirer dessus à l'extérieur de sa maison par des tireurs non identifiés et il est mort le 6 janvier », rappelle le rapport.

« L'ancien Premier Ministre M. Gomes, s'est présenté dans les locaux de l'Organisation des Nations Unies à Bissau pour demander protection après que la force d'intervention rapide de la police eut essayé d'exécuter un mandat d'arrêt décerné à son encontre par le Ministère de l'intérieur », indique-t-il également.

Concernant les relations avec la Guinée voisine, en proie à des troubles violents (dépêche du 13.02.2007), le rapport précise que le président João Bernardo Vieira s'est rendu dans le pays et « a prévenu que la Guinée-Bissau n'était pas en mesure d'accueillir des réfugiés si la crise empirait en Guinée ».

« Il a également qualifié de 'spéculation négative' les informations selon lesquelles des forces bissau-guinéennes avaient été dépêchées en Guinée pour soutenir le président Lansana Conté et souligné qu'une intervention était hors de question car la crise en Guinée résultait de doléances présentées par les syndicats, alors que le pacte conclu entre les deux pays ne concernait que les menaces extérieures ».

« La situation socioéconomique demeure très fragile dans le pays », indique le rapport qui souligne que « la plupart des fonds annoncés lors de la table ronde tenue à Genève en novembre 2006 restent dus ».

« À la mi-décembre, la Banque mondiale a décidé de suspendre son appui à un projet multisectoriel de reconstruction d'infrastructure après être parvenue à la conclusion que l'accord de coentreprise entre le gouvernement et une compagnie d'électricité étrangère était incompatible avec le projet qu'elle avait envisagé », ajoute t-il.

En outre, « une mission du Fonds monétaire international doit se rendre à Bissau pour évaluer les besoins budgétaires pour 2007 ».

Le rapport souligne que « l'accord sur la mise en place d'une assistance d'urgence après un conflit dépend du comblement du déficit budgétaire constaté » et indique que « la Banque africaine de développement a soumis le pays aux sanctions, le gouvernement n'ayant pas effectué un remboursement prévu le 31 janvier ».

Parallèlement, « les tensions sociales ont continué de se raviver puisque les syndicats ont entrepris une série de grèves du secteur public pour protester entre autres contre l'accumulation des arriérés de salaire et l'absence de dialogue entre le gouvernement et ses partenaires sociaux ».

« L'année scolaire a commencé en janvier, avec deux mois de retard, en raison de grèves des enseignants et des étudiants ainsi que d'une insuffisance de crédits budgétaires ».

« Pendant la majeure partie de la période à l'examen, la dynamique créée dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité s'est estompée », regrette aussi le rapport du Secrétaire général, et « les activités envisagées pour sensibiliser le public au processus et mettre en place un plan d'action n'ont pas eu lieu ».

De plus, « le danger du trafic de drogues ne cesse de s'amplifier, comme en témoignent la hausse des saisies ».

Concernant la situation des droits de l'homme en Guinée-Bissau, « le Bureau d'appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix dans le pays (BANUGBIS) est resté en relations avec les autorités au sujet des 12 personnes détenues sans chef d'inculpation depuis mars 2006 à la suite de combats à la frontière nord avec la province sénégalaise de Casamance ».

« L'inquiétude s'accroît au sein des médias à propos des violations de la liberté de la presse », rapporte également l'ONU, et « les médias sont de plus en plus critiqués par les autorités qui leur reprochent d'abuser de la liberté de la presse ».

« Les profonds différends, tant politiques que personnels, qui opposent toujours les principales parties prenantes nationales risquent de compromettre l'indépendance et l'autorité de deux institutions étatiques cruciales, à savoir l'appareil judiciaire et le Parlement », avertit enfin le rapport.

« Il est crucial que le gouvernement continue à s'intéresser de près aux réformes de l'administration publique et du secteur de la sécurité, qui sont des éléments clefs de la stratégie de réduction de la pauvreté et de la promotion de la stabilité et du développement ».

La Guinée-Bissau, pays lusophone entre le Sénégal et la Guinée, a été confrontée en juin 1998 à une guerre civile suite à l'escalade opposant le gouvernement et une junte militaire autoproclamée. L'ONU y est présente par le biais de son Bureau d'appui pour la consolidation de la paix depuis le 3 mars 1999.

 

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