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Pierre Schori tire un bilan désenchanté de ses deux ans en Côte d&#39Ivoire

Pierre Schori tire un bilan désenchanté de ses deux ans en Côte d&#39Ivoire

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Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Côte d&#39Ivoire, Pierre Schori, a présenté aujourd&#39hui un bilan de ses deux ans à la tête de l&#39Opération des Nations Unies en Côte d&#39Ivoire (ONUCI), déplorant l&#39immobilité politique dans le pays et la nécessité d&#39insuffler un sens de l&#39urgence à l&#39ONU même.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Côte d'Ivoire, Pierre Schori, a présenté aujourd'hui un bilan de ses deux ans à la tête de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire ( ONUCI ), déplorant l'immobilité politique dans le pays et la nécessité d'insuffler un sens de l'urgence à l'ONU même.

« Cette expérience de deux ans a été ma première expérience au service de l'ONU, de l'intérieur, après avoir été ambassadeur pour mon pays », a déclaré aujourd'hui lors d'une conférence de presse le Représentant spécial du Secrétaire général, Pierre Schori, qui présentait son rapport final au Conseil de sécurité, à New York (dépêche du 9.02.07).

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« Ca a été une expérience assez choquante et en même temps la plus gratifiante que j'ai connue », a-t-il affirmé.

Citant Cicéron, Pierre Schori s'est interrogé dans son rapport sur le point de savoir « combien de temps les Ivoiriens pourraient continuer à défier la communauté internationale en refusant de s'engager en faveur de la paix ».

En quatre ans, le Conseil de sécurité a adopté 22 résolutions et 20 déclarations présidentielles.

Le Représentant spécial a aussi cité l'exigence du « plus haut niveau d'intégrité pour les fonctionnaires de l'ONU », estimant qu'il faudrait que beaucoup de choses changent de l'intérieur, à commencer par les « réseaux internes » [old boys' networks].

Pierre Schori a estimé que la gestion d'une mission de 10.000 personnes était difficile et qu'il avait consacré 40% de son temps à ces affaires internes.

« J'ai été étonné de voir l'absence du sens de l'urgence face à la situation. Ce n'est pas un travail ordinaire, c'est une noble mission», a-t-il insisté, critiquant « le manque de responsabilité et de discipline ».

Il faut aussi remédier au manque d'attention à la mise en oeuvre des décisions et au manque de respect vis-à-vis de l'égalité des sexes, a-t-il dit.

« Je peux vous dire que la résolution 1325 (2000), qui souligne que les femmes ne doivent pas être seulement considérées comme des victimes des conflits mais aussi des acteurs en faveur de la paix, n'a pas pénétré l'esprit des membres masculins » de la Mission, a-t-il affirmé.

Pierre Schori a plaidé pour la création d'un poste spécifique pour s'occuper de cette question, notamment pour former les troupes des pays contributeurs aux valeurs de base de l'ONU, avant même leur déploiement sur le terrain.

A cet égard, il a souhaité que ce poste soit occupé par un homme, soulignant qu'il n'était pas logique que tous les postes de responsable de l'égalité des sexes soient occupés par des femmes.

Citant par ailleurs Sainte-Beuve, Pierre Schori a souligné que « personne ne peut vivre dans un tour d'Ivoire ». « Cela vaut aussi pour les dirigeants ivoiriens », a-t-il affirmé.

« Les Ivoiriens ont aujourd'hui une chance historique de sortir de leur impasse, alors qu'ils discutent directement avec le président du Burkina Faso », a-t-il ajouté.

« Ne gâchez pas encore cette chance », a-t-il lancé au président Gbagbo et au chef des Forces Nouvelles, Guillaume Soro, « parce qu'après toutes ces résolutions, nous en sommes encore au point zéro du désarmement, des préparatifs des élections et du processus d'identification » des 3 à 4 millions de « sans papiers ».

Pierre Schori a rappelé le sort des 3 à 4 millions de personnes venues des pays voisins de la Côte d'Ivoire, depuis des dizaines d'années, pour se divertir, trouver du travail et vivre, et qui sont maintenant exclues et expropriées au nom du concept nationaliste et artificiel « d'Ivoirité ».

« Comme dans les Balkans, le concept national sert d'arme politique », a-t-il expliqué.

« Or chacun a le droit fondamental à une identification et les obstacles sont bien sûr liés aux élections, puisque sans identification ils sont exclus des élections ».

Le Représentant spécial a salué le rôle constructif de l'Union africaine et de la CEDEAO. « C'est l'UA qui a choisi le Premier ministre lorsque les parties ne pouvaient pas s'accorder », a-t-il souligné, suggérant qu'en cela, elle avait été bien plus loin que l'Union européenne dans l'intervention politique.

Interrogé sur la crise relative aux déchets toxiques, Pierre Schori a déploré la crise humanitaire elle-même mais aussi la gestion des conséquences du déversement de produits toxiques mortels dès l'inhalation, avec la collusion de responsables ivoiriens locaux.

Au moins 10 personnes sont mortes et des dizaines de milliers en ont subi les conséquences médicales.

Les responsables ivoiriens limogés par le Premier ministre, dont le directeur du Port d'Abidjan et celui des douanes, ont été immédiatement rétablis par une ordonnance du président Gbagbo.

Le Représentant spécial a enfin déploré le comportement des médias ivoiriens qui propagent des informations fausses destinées à maintenir la tension.