S&#39appuyant sur les leçons de l&#39Iraq, Kofi Annan met en garde contre une intervention militaire en Iran

19 décembre 2006

« Tout le monde peut tirer des leçons de l&#39Iraq », a affirmé aujourd&#39hui Kofi Annan, dans sa dernière conférence de presse, soulignant que les grandes puissances ont besoin de "l&#39aval du Conseil de sécurité" pour une action militaire et mettant en garde contre une intervention en Iran.

Une intervention militaire en Iran « manquerait de sagesse » et serait « catastrophique », a prévenu Kofi Annan, lors de sa dernière conférence de presse en tant que Secrétaire général, dix jours avant la fin de son mandat.

« J'espère que le Conseil, qui discute de la question, procédera avec précaution et essaiera de faire son possible pour obtenir un règlement pacifique », a-t-il ajouté.

Revenant sur le dossier iraquien, le Secrétaire général a estimé que « tout le monde pouvait tirer des leçons de l'Iraq ». « Ceux qui ont participé à la guerre, mais également ceux qui en ont conçu les plans et ceux qui l'ont appuyée au sein du Conseil mais qui n'ont pas obtenu d'approbation », a-t-il insisté.

« J'espère que la prochaine fois que nous ferons face à une menace grave contre la paix et la sécurité, les puissances en question attendront l'aval du Conseil. Comme je l'ai toujours dit, un pays a le droit de se défendre lorsqu'il est menacé, mais lorsqu'il s'agit d'une menace plus large qui concerne la communauté internationale, il n'y a que le Conseil de sécurité qui dispose de la légitimité nécessaire pour autoriser des actions militaires », a-t-il expliqué.

A propos de l'Iraq, Kofi Annan a aussi plaidé une nouvelle fois pour l'organisation d'une conférence internationale. « Je suis intimement convaincu que, compte tenu des combats qui ont eu lieu, il est maintenant impossible pour les Iraquiens de trouver une solution par eux-mêmes. Il faut une tierce partie », a-t-il estimé.

Devant la presse, le Secrétaire général a par ailleurs rappelé la gravité du conflit israélo-palestinien dont « les conséquences vont bien au-delà de la région où il se produit et touche un grand nombre de personnes ».

« Je suis encouragé de constater que récemment, beaucoup ont dit qu'il était nécessaire de redoubler d'efforts et de faire une nouvelle tentative pour régler cette situation. Mais pour cela, il faut que les Palestiniens puissent se mettre d'abord d'accord entre eux et ensuite, on pourra avancer », a-t-il estimé.

Sur la question nucléaire iranienne et israélienne, Kofi Annan a craint que l'idée d'une « zone exempte d'armes nucléaires » au Moyen-Orient ne soit « un rêve qui s'éloigne de plus en plus ».

« Un grand nombre de gouvernements de la région ont indiqué qu'ils allaient étudier la possibilité de construire des installations nucléaires à des fins énergétiques. Je crains donc que l'on assiste à une concurrence entre tous les pays pour construire ce genre d'infrastructure, mais il faut éviter de se trouver dans ce genre de situation dans la région », a-t-il affirmé.

« C'est pourquoi le travail de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et du Conseil de sécurité dans le domaine de la non-prolifération est particulièrement important », a-t-il affirmé.

Interrogé sur l'émissaire secret nommé pour obtenir la libération des deux soldats israéliens kidnappés par le Hezbollah à partir du Liban, le Secrétaire général a indiqué que « la personne concernée travaille très dur avec les deux parties et se rend sur place presque chaque semaine ».

« Récemment, en raison des événements survenus au Liban, ce médiateur a dû reporter une ou deux visites. Mais j'espère qu'il parviendra à obtenir la libération des deux soldats enlevés. Les deux parties coopèrent avec sérieux. J'espère que les soldats seront libérés d'ici peu », a-t-il ajouté.

Sur les relations entre Israël et la Syrie, alors que ce pays a indiqué être « prêt à négocier », le Secrétaire général a rappelé que « pour négocier, il faut être à deux ».

J'espère que grâce au nouvel intérêt suscité par les événements dans la région, on arrivera à un processus axé sur le volet israélien, palestinien, syrien et libanais, a-t-il affirmé, rappelant les propositions qu'il a faites dans son dernier rapport sur la question (dépêche du 12.12.06).

Sur les relations entre la Syrie et le Liban, Kofi Annan a redit « qu'il faudrait une normalisation des relations diplomatiques entre ces deux pays».

« Cela fait partie du programme d'action que les deux gouvernements ont accepté d'établir, il nous faut donc continuer à faire pression sur eux pour qu'ils le fassent », a-t-il rappelé.

Répondant à une question sur l'Alliance des civilisations, Kofi Annan a rappelé que « certains des conflits auxquels nous assistons montrent que ce n'est pas toujours la religion qui est au c?ur des problèmes ».

« Il s'agit souvent plutôt de différences politiques ou autres qui font que les gens prennent les armes. La raison n'en est pas forcément les croyances, les convictions religieuses. Dans certains cas certes, la religion peut être en cause, mais la plupart du temps, il s'agit plutôt de crises politiques », a-t-il ajouté.

« Dans l'univers mondialisé d'aujourd'hui, nous vivons tous en fait dans la même civilisation », a-t-il insisté.

« Il y a parfois des différences, nous avons tous des identités différentes : on peut être ghanéen, musulman, chrétien. Cette variété existe à travers le monde, mais lorsque l'on voit la direction que prend le monde, il faut insister sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous divise ». « Je crois que c'est la seule chose que l'on peut faire, rien de plus », a-t-il dit.

 

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