A la bibliothèque Truman, Kofi Annan appelle les Américains à suivre la voie du multilatéralisme

11 décembre 2006

Rappelant les cinq leçons qu&#39il a apprises aux Nations Unies, dans un de ses derniers discours prononcé en tant que Secrétaire général, Kofi Annan a appelé aujourd&#39hui les Américains à être à l&#39avant-garde du mouvement pour les droits de l&#39homme jusque dans la lutte contre le terrorisme et à suivre la voie du multilatéralisme en acceptant notamment l&#39élargissement du Conseil de sécurité.

Rappelant les cinq leçons qu'il a apprises aux Nations Unies, dans un de ses derniers discours prononcé en tant que Secrétaire général, Kofi Annan a appelé aujourd'hui les Américains à être à l'avant-garde du mouvement pour les droits de l'homme jusque dans la lutte contre le terrorisme et à suivre la voie du multilatéralisme en acceptant notamment l'élargissement du Conseil de sécurité.

« La première leçon est que dans le monde d'aujourd'hui la sécurité de chacun d'entre nous est liée à celle de tous », a déclaré Kofi Annan dans une allocution prononcée à la bibliothèque présidentielle Harry Truman, située dans la ville d'Independence dans l'Etat du Missouri aux Etats-Unis, trois semaines avant la fin de son deuxième mandat.

« C'est encore beaucoup plus vrai aujourd'hui, dans un monde ouvert, un monde où des armes meurtrières peuvent être obtenues non seulement par des États hors la loi, mais aussi par des groupes extrémistes ; un monde où le SRAS, ou la grippe aviaire, peut franchir des océans, à plus forte raison des frontières nationales, en quelques heures ; un monde où des États faillis au coeur de l'Asie ou de l'Afrique peuvent devenir le refuge de terroristes ; un monde où même le climat change de telle manière que la vie de tous les habitants de la planète en pâtira », a-t-il expliqué.

La deuxième leçon est que « nous pouvons et nous devons mettre la prospérité du monde à la disposition de tous » car « la solidarité mondiale est à la fois nécessaire et possible ».

« Elle est nécessaire parce que, sans une certaine solidarité, aucune société ne connaît de stabilité véritable et personne ne peut vivre dans une prospérité durable. Ce principe est valable pour les sociétés nationales, comme l'ont appris les grandes démocraties industrielles au XXe siècle, mais également pour l'économie de marché mondiale de plus en plus intégrée dans laquelle nous vivons aujourd'hui », a expliqué le Secrétaire général.

« Il n'est pas réaliste de penser que certains peuvent continuer de tirer de grands profits de la mondialisation, tandis que des milliards de leurs frères humains végètent, ou sont jetés, dans une misère absolue », a-t-il insisté.

Troisièmement, a poursuivi Kofi Annan, « la sécurité et la prospérité reposent sur le respect des droits de l'homme et la primauté du droit ».

« C'est la raison pour laquelle, par le passé, l'Amérique a été à l'avant-garde du mouvement mondial pour les droits de l'homme. Mais, pour ce pays, la seule manière de rester en tête sera de se montrer fidèle à ses principes, jusque dans la lutte contre le terrorisme », a-t-il relevé.

« Il faut également que les États respectent les règles tant dans leurs relations mutuelles qu'à l'égard de leurs citoyens [?] Le recours à la force, en particulier à la force militaire, n'est considéré comme légitime par le reste du monde que lorsque celui-ci est convaincu que cette force est employée à bon escient, pour atteindre des objectifs communs, dans le respect des normes acceptées de tous », a-t-il ajouté.

Quatrièmement, a continué le Secrétaire général, « les États sont responsables les uns devant les autres, mais ils le sont aussi devant un large éventail d'acteurs non étatiques ».

« Le cinquième et dernier enseignement découle inévitablement des quatre précédents. Tous ces objectifs, nous ne pouvons les réaliser qu'en agissant ensemble dans le cadre du multilatéralisme et en tirant le meilleur parti de l'instrument unique que Harry Truman et ses contemporains nous ont légué : l'ONU », a-t-il affirmé.

« En fait, c'est seulement par l'intermédiaire des institutions multilatérales que les États peuvent être comptables les uns devant les autres. Il importe donc au plus haut point que ces institutions fonctionnent de façon juste et démocratique et qu'elles permettent aux pauvres et aux faibles d'exercer un peu d'influence sur les riches et les forts », a-t-il expliqué.

Ce principe s'applique, selon Kofi Annan, aux institutions financières internationales telles que la Banque mondiale et le FMI.

« Il s'applique aussi au Conseil de sécurité, dont la composition reflète le monde tel qu'il était en 1945, pas celui d'aujourd'hui », a-t-il ajouté.

« C'est la raison pour laquelle j'ai continué à pousser la réforme du Conseil. Cette réforme met en jeu deux questions distinctes. La première consiste à accueillir de nouveaux membres, sur une base permanente ou pour une longue durée, afin d'élargir la représentation de régions du monde dont la voix n'est pas suffisamment entendue », a-t-il rappelé.

« La seconde question, peut-être plus importante encore que la première, est que tous les membres du Conseil, notamment les grandes puissances qui sont membres permanents, doivent accepter la responsabilité particulière qui accompagne le privilège qu'ils détiennent. Le Conseil de sécurité n'est pas seulement une instance de plus dans laquelle on exprime des intérêts nationaux. C'est en quelque sorte le Comité directeur de notre système de sécurité collective encore embryonnaire », a-t-il affirmé.

Citant le président Truman, le Secrétaire général a conclu en rappelant que « la responsabilité des grands États est de servir les peuples du monde, pas de les dominer ».

(47 minutes)">imageRetransmission de l’allocution[47mins]

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.