Darfour, un conflit mal compris, affirme l'ambassadeur britannique au Conseil de sécurité

15 juin 2006

Rentrant d'une mission au Soudan, le Représentant du Royaume-Uni, Emyr Jones Parry, a estimé aujourd'hui au Conseil de sécurité que le conflit du Darfour était mal compris, expliquant que les termes « gouvernement », « rebelles », « Arabes » et « Africains » étaient souvent des simplifications excessives d'une situation plus complexe sur le terrain.

« Pays le plus grand d'Afrique, le Soudan est fort complexe (...) Au cours de sa visite, la mission a constaté que la communauté internationale n'avait pas parfaitement compris le conflit au Darfour », a déclaré aujourd'hui l'ambassadeur britannique devant le Conseil de sécurité.

imageRetransmission de la séance du Conseil de sécurité [1h47mins]

Emyr Jones Parry présentait le rapport de la mission au Conseil de sécurité au Soudan, au Tchad et au siège de l'Union africaine qu'il a dirigé du 4 au 9 juin.

« Elle s'est rendu compte notamment que les termes 'gouvernement', 'rebelles', 'Arabes' et 'Africains' étaient souvent des simplifications excessives d'une situation plus complexe sur le terrain, où les alliances entre tribus et groupes souvent évoluent », a-t-il précisé.

« Un certain nombre d'interlocuteurs du Conseil ont décrit la situation au Darfour comme une lutte traditionnelle entre bergers et fermiers pour obtenir le contrôle des ressources nationales limitées. Ils ont expliqué la difficulté de gouverner une région aux caractéristiques tribales complexes qui est privée de services publics », a rapporté le Représentant du Royaume-Uni.

« Une solution durable au problème du Darfour ne saurait être trouvée qu'en s'appuyant sur les traditions et les coutumes des populations de la région. De fait, l'appui du gouvernement soudanais à une force de l'Union africaine (UA) plutôt qu'à une force des Nations Unies au Darfour est en partie motivée par sa conviction que les États africains ont un héritage semblable à celui des populations du Darfour », a-t-il estimé.

« Il nous faudra continuer à s'assurer - et à souligner au gouvernement soudanais - que toute force des Nations Unies au Darfour aura une composition et un caractère nettement africains », a-t-il souligné.

L'ambassadeur britannique a ensuite indiqué qu'à Addis-Abeba, la délégation du Conseil de sécurité avait convenu, en plein accord avec l'UA, que « l'ONU devait, à la première occasion, assumer le rôle du maintien de la paix au Darfour ».

« Un tout premier objectif de notre visite et de nos entretiens était de persuader le gouvernement soudanais que c'était là la meilleure solution pour le Darfour et le pays », a-t-il poursuivi.

« A Khartoum, nous avons remarqué qu'il y avait beaucoup d'hostilité à l'égard du déploiement de l'ONU, alimentée en partie par l'inquiétude suscitée par l'adoption de la résolution 1679 (2006) dans le cadre du Chapitre VII. Cette attitude est particulièrement irritante pour le gouvernement, le président et les parlementaires à Khartoum », a-t-il rapporté.

« Pour notre part, nous avons expliqué que le Chapitre VII était une question technique et non pas politique. Un mandat conforme au Chapitre VII est susceptible d'être demandé en vue du déploiement d'une force de l'ONU au Darfour et lui permettre d'apporter la protection nécessaire aux civils et de se protéger elle-même », a-t-il expliqué.

Le Chapitre VII aidera l'ONU à appliquer l'accord de paix au Darfour comme le souhaite le gouvernement. Le fait de mentionner le Chapitre VII signifierait que la mission des Nations Unies au Darfour aurait le même mandat que toutes les opérations de maintien de la paix en Afrique, y compris actuellement en République démocratique du Congo - à laquelle le Conseil a rendu visite après le Soudan - en Côte d'Ivoire et au Libéria », a-t-il poursuivi.

« Il a toujours été probable que le gouvernement soudanais n'accepterait jamais ce transfert pendant la visite. Mais la mission a grandement contribué à expliquer pourquoi nous pensions que cela était dans l'intérêt du Soudan et à les encourager à adopter nos vues », a-t-il encore dit.

« Le processus visant à obtenir un accord de la part du gouvernement soudanais risque d'être délicat, a-t-il prévenu. Mais à la fin de notre visite, la mission a eu l'impression que nous nous étions rapproché d'une probabilité de voir le gouvernement soudanais accepter ce déploiement ».

« Pour ma part, l'argument n'est pas de savoir si nous devons ou pas intervenir au Soudan et au Darfour, mais si nous avons les moyens de faire ce que nous devrions. Ce point de vue a été renforcé par la visite que nous avons effectuée au Tchad », a-t-il estimé.

 

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