Affaire Hariri : des 'progrès considérables' dans l'enquête, affirme Serge Brammertz

14 juin 2006

Présentant aujourd'hui devant le Conseil de sécurité le 4e rapport intérimaire de la Commission d'enquête des Nations Unies sur l'attaque qui a tué Rafic Hariri et 22 autres personnes, Serge Brammertz, chef de l'enquête, a fait état de « progrès considérables » notamment pour établir les conditions de l'explosion d'un engin de près de 1.200 kg de TNT.

imageRetransmission de la séance du Conseil de sécurité[35mins]

« Un travail d'expertise médico-légale critique a été mené sur le lieu du crime et sur les véhicules des convois frappés par l'attentat », a souligné le Chef de l'enquête, indiquant que « 24 projets » étaient en cours, notamment pour examiner les témoins clefs et étudier les moyens de télécommunications dont ils disposaient.

Les résultats préliminaires de l'enquête sont ainsi parvenus à déterminer « qu'une explosion, au sol, est intervenue le 14 février 2005 à 12 :55 :05 précises ».

« Un engin explosif improvisé, placé dans un camion Mitsubishi, a explosé alors que le convoi de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri passait à proximité. L'engin contenait au moins 1.200 kg d'équivalent TNT. La détonation de l'engin a été probablement déclenchée par un individu se tenant à l'intérieur ou juste devant la Mitsubishi », a précisé Serge Brammertz.

Le Chef de l'enquête a estimé que « la responsabilité revendiquée par un individu nommé Ahmed Abu Adass dans un cassette vidéo livrée aux agences d'informations Reuters et Al Jazeera immédiatement après l'attaque » n'était pas crédible.

« Ce crime doit être qualifié d'assassinat ciblé », a-t-il ajouté, indiquant que la vaste quantité d'explosifs devait assurer « une réussite pratiquement garantie », même si le véhicule de Rafic Hariri n'était pas directement atteint.

S'agissant par ailleurs des hypothèses concernant les commanditaires du crime, « compte tenu des différentes fonctions occupées par Rafic Hariri et ses vastes activités publiques et privées, la Commission explorait divers motifs, dont les motivations politiques, une vendetta personnelle, des motifs financiers et la piste d'idéologies extrémistes ou une combinaison de tous ceux là ».

Serge Brammertz a par ailleurs indiqué que l'enquête étudiait aussi les 14 autres attentats commis depuis lors au Liban. « Il y a des liens évidents, de façon analytique, entre les 14 crimes, par la procédure suivie, le modus operandi, comme dans les motifs. Mais l'enquête n'est pas suffisamment avancée pour lier ces crimes », a-t-il souligné.

Il a appelé à un soutien logistique accru de la communauté internationale pour faire des progrès dans ces enquêtes.

Quant au déroulement de l'enquête elle-même, Serge Brammertz a souligné que « la coopération avec la Syrie avait été généralement satisfaisante » et fournie dans un délai raisonnable et « qu'en certains cas des réponses extensives avaient été apportée ».

Il a pu notamment rencontrer le président et le vice-président syrien le 25 avril à Damas.

« La coopération avec les autorités libanaises, les forces militaires et de police, est excellente », a estimé le Chef de l'enquête, soutenant la demande du gouvernement libanais tendant à obtenir une prorogation d'un an de la Commission, afin de lui assurer une meilleure stabilité.

Interrogé à l'issue de la séance du Conseil de sécurité, lors d'une rencontre avec la presse, sur les possibles « suspects », Serge Brammertz a estimé que « révéler des noms » n'était pas l'objectif de la Commission pendant l'enquête ».

« Le tribunal chargé de les traduire en justice aura la tâche de les inculper et éventuellement de les condamner », a-t-il souligné.

Interrogé par ailleurs sur la durée de l'enquête, Serge Brammertz a rappelé que « dans les meilleures conditions, avec les moyens dont dispose un pays européen, cette enquête prendrait au moins deux ans. En l'espèce une prorogation d'un an supplémentaire est donc le minimum », a-t-il conclu.

imageRetransmission du point de presse de Serge Brammertz[11mins]

Lors d'une rencontre avec la presse à l'issue de la séance, le représentant des Etats-Unis, John Bolton, a indiqué qu'il soutenait la demande du chef de la Commission visant à obtenir un renforcement des moyens d'enquête sur les 14 autres crimes.

Interrogé sur la coopération de la Syrie, John Bolton a estimé que si elle avait été qualifiée de « généralement satisfaisante », il ne fallait pas en déduire qu'elle correspondait à la coopération « pleine et entière » demandée par le Conseil de sécurité.

Il a indiqué aussi prendre au sérieux la mise en place d'un programme de protection des témoins.

imageRetransmission du point de presse de John Bolton[9mins]

Lors de son dernier exposé au Conseil de sécurité, Serge Brammertz avait estimé que la Commission d'enquête avait « approfondi sa compréhension du crime, de ses circonstances et de son mode opératoire ». Il estimait aussi avoir « ouvert de nouvelles pistes, approfondi les pistes existantes et éliminé certaines d'entre elles ».

Dans son rapport présenté le 13 décembre dernier, l'ancien chef de la Commission, Detlev Mehlis, affirmait que la Syrie devrait coopérer davantage pour lever tout doute quant à sa volonté de faire connaître la vérité (dépêche du 13.12.05).

Detlev Mehlis avait présenté son premier rapport le 25 octobre dernier (dépêche du 25.10.05 et dépêche du 21.10.05). Ce rapport indiquait « qu'un faisceau d'indices » pointait vers une piste syrienne.

Le Conseil de sécurité avait créé la Commission d'enquête internationale après qu'une enquête préliminaire des Nations Unies ait qualifié l'enquête des services de police libanais de « gravement défectueuse », et ait conclu à la responsabilité première de la Syrie quant au « climat de tension politique précédant l'assassinat ».

 

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