Kofi Annan demande aux dirigeants de s'engager personnellement dans la lutte contre le SIDA

2 juin 2006

Alors que les Etats Membres doivent adopter aujourd'hui une nouvelle déclaration politique sur la lutte contre le SIDA dans le monde, le Secrétaire général a appelé tous les dirigeants à s'engager « personnellement » pour faire face à la pandémie qui a déjà fait 25 millions de morts.

« En l'espace de 25 ans, le SIDA a changé le monde. Il a fait 25 millions de morts. Il est devenu la principale cause de mortalité aussi bien des femmes que des hommes entre 15 et 59 ans. Il a infligé le plus grand revers dans l'histoire du développement humain », a répété aujourd'hui le Secrétaire général, dans un discours prononcé aujourd'hui à la tribune de l'Assemblée générale, au troisième jour du sommet sur les progrès réalisés par la communauté internationale dans la lutte contre la pandémie.

« Autrement dit, le SIDA représente désormais le plus grave des périls auxquels doit faire face notre génération », a-t-il insisté.

« Le monde commence enfin à s'en rendre compte. Depuis la session extraordinaire que l'Assemblée a consacrée au SIDA il y a cinq ans, l'action menée a véritablement pris de l'élan », a-t-il estimé.

A l'issue de la session de 2001, les Etats Membres avaient adopté une Déclaration d'engagement sur le VIH/SIDA. Le bilan de la lutte contre le SIDA dans la mise en oeuvre de ces engagements a été présenté mercredi dans un rapport du Secrétaire général (dépêche du 31.05.06).

« Dans certains pays, le nombre de jeunes qui contractent le VIH/SIDA est plus faible qu'il y a cinq ans. Et sept fois plus de personnes ont accès à un traitement », s'est félicité Kofi Annan dans son allocution.

« Il n'en reste pas moins que l'épidémie a toujours de l'avance sur nous. L'année dernière dans le monde, plus de personnes que jamais ont été contaminées et plus de personnes que jamais sont mortes du sida », a-t-il déploré.

Selon les dernières estimations du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) publiés mardi dans le Rapport 2006 sur l'épidémie mondiale de SIDA, quelque 4,1 millions de personnes ont contracté le virus et 2,8 millions de personnes sont mortes de maladies associées au SIDA en 2005 (dépêche du 30.05.06).

Plus de 38 millions de personnes vivent actuellement avec le VIH dans le monde.

« Si nous n'intensifions pas considérablement la lutte contre le sida, nous n'atteindrons pas l'objectif de développement énoncé dans la Déclaration du Millénaire qui consiste à enrayer la propagation du VIH et du SIDA et à commencer à inverser la tendance d'ici à 2015 », a prévenu le Secrétaire général.

« Nous serons fort loin, à l'horizon 2010, de l'accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et aux mesures d'accompagnement – objectif que nous nous sommes engagés à réaliser au sommet mondial de septembre dernier », a-t-il ajouté.

« Il faut une réforme réelle et positive qui donne un pouvoir plus grand et davantage de confiance aux femmes et aux filles [...]. Il faut que les femmes puissent disposer de ressources plus importantes, que la législation leur soit plus favorable et qu'elles soient mieux représentées partout où se prennent des décisions », a-t-il insisté.

Le droit des femmes est en effet au coeur de la lutte contre le SIDA qui se féminise de plus en plus.

Les femmes et les jeunes filles sont les principales victimes de l'évolution de la pandémie. Avec 17,3 millions de femmes et de jeunes filles contaminées, elles représentent près de la moitié de toutes les personnes vivant avec le virus, avait indiqué Peter Piot, directeur de l'ONUSIDA, dans une conférence de presse donnée hier.

La défense des droits des femmes, notamment en matière de santé reproductive, la mise au point de stratégies de lutte contre le VIH/SIDA orientées vers leurs besoins et leur participation active à la mise en oeuvre de ces stratégies, sont essentielles pour lutter contre le fléau, avait expliqué Mary Robinson, membre de la Coalition mondiale sur les femmes et le SIDA et présidente de l'Irlande.

Pour conclure, le Secrétaire général a demandé aux chefs d'Etat et de gouvernement, aux ministres et hommes politiques qu'ils fassent de la lutte contre le sida une « priorité personnelle – non seulement au cours de cette réunion, ou cette année, ou l'année prochaine – mais tous les ans jusqu'à ce que cette épidémie soit enrayée ».

« S'engager signifie trouver les moyens de tendre la main à tous les groupes – jeunes, prostituées, toxicomanes utilisant des drogues injectables, hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes », avait affirmé hier le Kofi Annan dans un discours prononcé à l'occasion d'un concert à l'ONU marquant les 25 ans du SIDA.

Une nouvelle déclaration politique devrait être adoptée aujourd'hui par les Etats membres. L'inclusion dans la déclaration de la nécessité de l'autonomisation des femmes, de l'utilisation de contraceptifs et la reconnaissance précise des groupes vulnérables – homosexuels, prostituées et toxicomanes – pour lutter contre la pandémie a été au coeur des négociations, a rapporté le président de l'Assemblée générale, Jan Eliasson, hier.

Voir l'ensemble des déclarations de la journée à l'Assemblée générale dans le communiqué de l'ONU.

 

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